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Barthélémy Courmont


Réforme du système de santé américain : le pari risqué d’Obama
par Barthélémy COURMONT (Aujourd’hui la Turquie, novembre 2009)



Les enjeux politiques de la réforme du système américain d’assurance santé, priorité de l’administration Obama, sont multiples. Au coeur des changements proposés par la Maison Blanche figure ainsi une couverture maladie qui permettrait à 45 millions d’Américains non assurés d’avoir accès aux soins. Cela suppose une véritable transformation de la culture américaine sur un sujet qui divise les électeurs : la place du gouvernement dans les questions économiques et sociales. Un changement de philosophie qui oppose vivement les partisans du Big government et ceux qui estiment au contraire que le pouvoir fédéral doit rester en retrait sur de telles questions. L’enjeu est également économique : le projet de Barack Obama est potentiellement coûteux, ce qui pose problème en temps de crise, devant le déficit immense du budget et l’allergie des Américains aux hausses d’impôts.

C’est cependant au niveau politique que les enjeux de ce dossier semblent les plus importants. C’est même un véritable coup de poker pour le président démocrate, dont une partie

de l’avenir politique pourrait dépendre de sa capacité à imposer un projet sur lequel certains de ses prédécesseurs ont essuyé des revers importants, notamment Bill Clinton. Si la Maison Blanche parvenait à faire adopter ce projet, ce serait ainsi une victoire historique pour Obama, qui se trouverait propulsé au rang de Franklin Roosevelt par sa capacité à réformer en profondeur la société américaine.

À l’inverse, sa crédibilité et le caractère historique de son élection seraient disputés s’il essuyait un échec. Obama a donc décidé de présenter lui-même son projet aux membres du Congrès le 9 septembre, et les débats passionnels qui ont suivi le discours illustrent que rien n’est gagné dans un pays

qui reste marqué par les rancoeurs partisanes et où les consignes de vote à l’intérieur des partis politiques s’effacent souvent derrière des considérations locales.

Côté républicain, les oppositions au projet sont souvent cristallisées autour de la crainte de voir le nouveau président installer de manière durable le parti démocrate au pouvoir. Si le projet était accepté, ce serait en effet 45 millions d’électeurs potentiels pour le parti de l’âne, ce que le parti républicain, en pleine crise, ne souhaite évidemment pas cautionner. Si certains élus sont fondamentalement opposés au projet de l’administration, c’est surtout cette crainte liée à son éventuelle adoption qui fédère le Grand Old Party. Ainsi, plus que la raison, c’est vraiment le choix de l’opposition qui parle, et malgré toutes ses explications, la Maison Blanche aura du mal à convaincre ses adversaires républicains.

Côté démocrate, l’unité ne s’impose pas comme une évidence, ce qui pose un problème de plus à l’administration. Les élus des États du Sud, souvent plus conservateurs que leurs confrères siégeant au Congrès, se méfient des propositions trop libérales de la Maison Blanche dont ils peuvent directement faire les frais, à l’occasion des échéances électorales. Et les représentants vont, dès janvier prochain, entrer en campagne en vue des élections de mi-mandat de novembre 2010. Difficile pour eux de se mettre à dos des électeurs dont ils auront besoin s’ils souhaitent conserver leurs sièges et éviter une désillusion à l’occasion du premier grand test électoral d’Obama, et dont les perspectives sont pour l’heure plutôt négatives (la plupart des experts estiment que le parti démocrate pourrait perdre plusieurs sièges à la Chambre des représentants). Ainsi, le président américain doit paradoxalement séduire les élus de son propre parti en plus des élus républicains, sans quoi la réforme risque d’être mise au pilori, et ce malgré une majorité dans les deux chambres du Congrès !

En 1979, l’ancien président Lyndon Johnson expliquait qu’un aspirant à la présidence américaine est souvent convaincu, à tort, qu’il sera aussi puissant que Dieu une fois élu. La réalité, d’expliquer Johnson, est que vous ne pouvez plus compter sur personne dès votre première journée au Bureau Ovale.

Trente ans plus tard, Barack Obama fait l’expérience de cette prophétie. Il dispose certes d’une majorité importante au Congrès, avec près de 60 sénateurs sur 100, chiffre lui permettant a priori de faire adopter ses projets sans grande difficulté. Mais de la théorie à la pratique, il y a un pas dont le jeune président démocrate fait la douloureuse expérience.


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