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Olivier Guillard


Rien ne fonctionne comme il faut au Pakistan
Olivier GUILLARD par Cyriel Martin (Le Point.fr, 19 novembre 2009)



Le Pakistan est à feu et à sang. Jeudi, un nouvel attentat-suicide a fait une vingtaine de morts à Peshawar, dans le nord-ouest du pays. Il s'agit du huitième attentat en onze jours qui frappe cette région frontalière de l'Afghanistan. Une vague terroriste qui, pour l'essentiel, porte la signature du TTP, Mouvement des talibans du Pakistan, lié à Al-Qaeda.

Quelle est la stratégie des terroristes au Pakistan ?

Ils veulent affaiblir le pouvoir en place et ralentir les ardeurs de l'armée, qui a entamé une vaste offensive terrestre et aérienne depuis un mois. Les structures terroristes radicales du type TPP - mais il y en a d'autres - parient sur un pourrissement de la situation en Afghanistan et sur une dégradation de la situation parallèle au Pakistan. L'idée, c'est de reprendre d'une façon directe ou indirecte les rênes des deux pays. Leur avantage, c'est qu'ils n'ont pas de compte à rendre à une quelconque opinion. Ils ont un agenda qui va un peu plus loin que celui de la prochaine élection...

Pourquoi l'État pakistanais n'arrive-t-il pas à les combattre ?

Parce que rien ne fonctionne comme il faut au sommet de l'équipe gouvernementale. Rien ne fonctionne comme il faut entre les militaires et les civils. Aujourd'hui, l'autorité de l'État ne s'étend pas sur tout le territoire pakistanais, loin de là. Certes, il y a un gouvernement civil à la tête du pays qui est démocratiquement élu. Il y a aussi une présidence. Mais tout ceci n'est que du décorum. On sait pertinemment qu'en dépit de ce vernis démocratique, c'est l'armée qui tient les ficelles du pays. Et concrètement, la puissante armée pakistanaise a fait montre de peu d'élan pour s'investir dans les zones tribales pakistanaises, au sud de l'Afghanistan. Elle y est allée en traînant un peu ses rangers, en ne mettant probablement pas tous les moyens pour arriver à une résolution rapide du conflit.

Les États-Unis peuvent-ils jouer un rôle dans ce bourbier ?

Déjà, il apparaît désormais évident que les États-Unis n'ont pas l'intention de s'éterniser dans la région [Hillary Clinton a déclaré le 15 novembre que les USA n'y avaient " pas d'intérêts à long terme "]. Et puis, leur efficacité est limitée. La nouvelle administration américaine a, sous la bannière d'Obama, lancé le concept d'une prise en main conjointe de la crise en Afghanistan et au Pakistan ["l'Aflpak", ndlr], considérant que les deux conflits étaient liés. Ça a à la fois du sens et, en même temps, c'est une approche très grossière.

Pourquoi ?

Parce que la situation des deux pays est différente. Si elle n'est pas plus glorieuse au Pakistan qu'en Afghanistan, on ne peut toutefois pas considérer que le Pakistan est un pays en guerre. On n'a pas une insurrection comme les talibans, qui sont capables de prendre le pouvoir du jour au lendemain, à Islamabad comme à Kaboul. En Afghanistan, on est déjà en train de réfléchir à une association future entre talibans modérés et talibans repentis dans un gouvernement d'unité nationale...


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