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Revue de presse
Pascal Boniface


Prix Nobel pour Obama : parier sur l'avenir
par Pascal BONIFACE (Réalités - Tunisie, 22 octobre 2009)



L’attribution du prix Nobel de la paix à Barack Obama a constitué une immense surprise. Obama vient à peine d'être élu président, il est encore nouveau dans ses fonctions et, à ce stade, n'a pas contribué de façon déterminante à la signature d'accords de paix ou à la résolution de conflits. Pourquoi, dès lors, lui attribuer cette prestigieuse récompense ? On peut voir dans la décision du Comité Nobel, plus que la récompense d'une action réalisée, une prime pour l'avenir, un encouragement à continuer son action.

Le président américain est à la tête du pays le plus important de la planète pour tout ce qui concerne crises et conflits et, selon qu'il mène une action positive ou négative, son impact est immense. Au-delà de la vision d'un monde sans armes nucléaires, qui ne sera réalisé que dans de nombreuses présidences américaines, on peut penser que le Comité Nobel a voulu encourager Barack Obama dans son formidable effort pour s'engager en faveur de la paix au Proche-Orient, qui contraste avec la politique catastrophique de son prédécesseur. C'est donc une sorte de signe d'encouragement qu'on lui donne, au moment où il commence à être en difficulté. On vient le conforter et renforcer sa donne politique afin qu'il ait de nouveau un peu plus de marge de manœuvre pour s'attaquer à ce dossier prioritaire. On peut aussi penser que le Comité Nobel a voulu récompenser celui qui a remplacé George W. Bush.

C'est le troisième américain qui, en peu de temps, reçoit le prix Nobel de la paix - après Jimmy Carter en 2002 et Al Gore en 2007. On peut presque dire que ce sont trois antiprix Nobel de la paix à George W. Bush. Dans les trois cas en effet, c'est bien parce qu'ils se distinguaient de George Bush que ces président, ancien président ou ancien vice-président ont été récompensés : Carter pour ses efforts en faveur de la paix alors que George Bush montrait sa volonté d'aller en guerre contre l'Irak, avec le résultat catastrophique que l'on connaît, Al Gore pour son engagement en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique, alors que George Bush ne voulait pas entendre parler du protocole de Kyoto et d'un effort international commun. Et bien sûr Barack Obama, pour une nouvelle approche diplomatique plus multilatérale, plus ouverte, plus faite de négociations que de confrontations, et avec effectivement une nouvelle façon de concevoir la relation de l'Amérique avec le reste du monde, moins agressive et davantage à l'écoute des autres nations.

C'est bien sûr une récompense purement symbolique, ça ne va pas renforcer les pouvoirs constitutionnels ou stratégiques de Barack Obama. Mais cela vient lui donner une aura nouvelle et conforter son image déjà positive, au moment où il commence à rencontrer ses premières difficultés. Il a subi un échec à Copenhague lorsque sa ville, Chicago, a été éliminée dès le premier tour pour l'attribution des Jeux olympiques de 2016. Les choses ne vont pas très bien non plus en Afghanistan, c'est le moins que l'on puisse dire. Et au Proche-Orient, après des débuts très encourageants, on voit qu'il fait du surplace et qu'il se heurte à la poursuite de la colonisation, à la fin de non recevoir que le gouvernement israélien lui a adressée, et à l'absence d'accord entre les parties palestiniennes. Au moment où il commence à se trouver quelque peu en difficulté, on peut dire que le prix Nobel de la paix est venu lui redonner une sorte de surcroît d'énergie et redorer son blason alors que celui-ci commence à être légèrement terni, tant sur la scène nationale que sur la scène internationale. C'est un facteur d'encouragement qui vient dire au peuple américain : " Vous voyez comme, maintenant, votre président est populaire, contrairement à ce qui se passait auparavant ", et au reste du monde : " Il faut encourager Barack Obama à poursuivre sur la voie de la recherche de la paix ".

C'est aussi, et avant tout, un message à Barack Obama lui-même, lui insufflant :" Continuez, soyez ferme ". Ferme dans la recherche d'une paix juste au Proche-Orient qui nécessitera, en cas de blocage israélien, de passer des paroles aux actes, et donc provoquera des remous politiques aux Etats-Unis. Ferme dans la recherche d'une solution à la crise iranienne, qui évite le recours à la force dont rêvent certains. Ferme dans la volonté de jouer la carte de l'ouverture et du multilatéralisme, au moment où la lune de miel s'achève et les difficultés commencent.

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