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Revue de presse
De l'efficacité des sanctions
par Pascal BONIFACE (Réalités - Tunisie, 20 août 2009)
A l'occasion de la condamnation par la junte birmane à une peine de 18 mois de prison de l'opposante emblématique Aung San Suu Kyi, de nombreux pays, principalement occidentaux, ont réclamé des sanctions contre la Birmanie et le débat sur l'efficacité des sanctions a été relancé. Apres tout la Birmanie est soumise depuis déjà plusieurs années à un certain nombre de sanctions (embargo sur les armes, gel des avoir à l'étranger des dirigeants de la junte, embargo sur les exportations de bois et de pierres précieuses ) sans que leur efficacité soit établie. Aucune sanction jusqu'ici n'a fait plier le régime birman. Est-il dès lors judicieux de persévérer dans cette même voie ?
Les adversaires du système des sanctions mettent en avant qu'elles touchent éventuellement la population du pays concerné mais pas leur dirigeants qui conservent pour eux des ressources raréfiées. Souvent, même l'affaiblissement des approvisionnements rend la population encore plus dépendante du régime qui renforce ses moyens de contrôle. Il peut également s'en servir pour dénoncer un " complot de l'étranger " et faire valoir que les difficultés que rencontre le peuple sont le fait non pas de son incurie mais de la volonté des puissances étrangères de s'attaquer au pays, jouant sur la corde nationaliste. Apres tout, près de 50 ans de sanctions contre Cuba n'ont pas empêché Fidel Castro de se maintenir au pouvoir et de voir défiler en face de lui pas moins de 10 présidents américains.
Les partisans des sanctions mettent en avant l'exemple sud africain, où le pouvoir blanc confronté à un système général de sanctions a cédé et a été contraint de démanteler le régime d'Apartheid. Si le racisme officiel a été mis à bas en Afrique du sud ce n'est pas parce que les blancs ont compris qu'il était immoral de discriminer les noirs, c'est parce qu'ils ont compris qu'il n'était plus possible de le faire. Le maintien de l'Apartheid aurait signifié l'agonie de l'Afrique du sud comme Etat, du fait des sanctions.
En réalité il n' y a pas de vérité universelle mais surtout du cas par cas. Pour être efficace il y a des conditions a remplir.
La première et la principale c'est l'universalité des pays appliquant les sanctions. Si par exemple seuls les pays occidentaux appliquent des sanctions contre la Birmanie et proclament par exemple un embargo pétrolier, le plus probable n'est pas que la Birmanie cesse de vendre du pétrole mais qu'elle change d'acheteurs. Les compagnies chinoises ou asiatiques voire d'autres grandes puissances du sud s'engouffreront dans la brèche et seront ravies de prendre la place de concurrents directs. L'Afrique du sud a été longtemps soumise à des sanctions partielles que ne respectaient pas les Etats-Unis et les pays occidentaux pendant la guerre froide car Pretoria était un allié contre l'URSS. Apres la fin de la guerre froide, Washington s'est converti au régime des sanctions, il n'y avait plus d'échappatoire pour l'Afrique du sud.
Or aujourd'hui c'est un peu l'inverse. Les sanctions sont avant tout réclamées par les pays occidentaux. Ceux-ci sont pris à partie par leurs opinions publiques et par les médias de faire quelque chose contre des situations qui - à tort ou à raison - paraissent insupportables. Les sanctions c'est un moyen d'agir sans trop de risques en évitant le recours aux armes. Le problème est que les pays occidentaux le font trop souvent en pensant qu'ils ont le droit moral de décider de ce qui est bien ou de ce qui est mal et de pouvoir imposer ensuite leur volonté a des pays plus faibles. Dans le sud de la planète,y compris chez les pays émergents, les sanctions sont toujours vues comme la réminiscence d'une époque coloniale et sont vues avec suspicion pour cette raison. Mugabe qui a pourtant ruiné son pays a longtemps joué sur l'opposition à l'ancienne puissance coloniale britannique pour dénoncer les sanctions prises contre le Zimbabwe. On reproche également aux pays occidentaux de ne jamais prôner de sanctions contre leurs alliés.
Alors que faire ? Faut il rester sans rien faire ? Non il y a en effet des cas où des sanctions sont nécessaires pour mettre fin à des situations inadmissibles et dangereuses. Mais il faut alors que les sanctions apparaissent comme une décision prise en fonction de l'intérêt général et non en fonction d'une politique de puissance. Si les pays occidentaux décident de sanctions et invitent ensuite les autres à les suivre, le plus probable est qu'ils reçoivent une fin de non recevoir. Si dès le départ il y a des consultations et un processus collectif, il y a une chance de réussite. Dans un monde en voie de multipolarisation les sanctions doivent être conçues de façon multilatérale et collective et non être vécues comme la continuation d'un ordre unipolaire dépassé.
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