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Revue de presse
Pascal Boniface


L' Afrique du Sud choisit un charismatique Zoulou
par Pascal BONIFACE (Challenges, 7 mai 2009)



Chômage, pauvreté, crise minière et criminalité galopante en toile de fond... Et sur le devant de la scène, Jacob Zuma, président hors norme, qui doit rassurer les Blancs et les investisseurs étrangers.

Le 6 mai, Jacob Zuma, le candidat de l'African National Congress, est devenu le quatrième président d'Afrique du Sud depuis la fin de l'apartheid. Belle revanche pour cette figure de l'ANC qui avait été chassée en 2005 de la vice-présidence par Thabo Mbeki en raison de poursuites judiciaires pour viol et corruption. On le disait politiquement mort, il a fort bien rebondi.

En 2007, il a conquis la présidence de l'ANC contre Mbeki. Si ce dernier manque de charisme, Zuma, lui, en déborde. Sa réputation est, certes, sulfureuse mais les classes défavorisées apprécient ses origines populaires. Seul Mandela jouit d'une plus grande popularité que lui dans le pays. Contrairement à Mandela et Mbeki, qui sont des Xhosas, ethnie issue de la bourgeoisie noire, Zuma est un Zoulou et il vient du peuple.

Il a fait des petits boulots à partir de l'âge de 15 ans et rejoint l'ANC à 17 ans. C'est dans la prison de Robben Island, où il purgeait une peine de dix ans, qu'il a rencontré Mandela, et appris à lire et à écrire. D y a effectué sa formation politique et intellectuelle. Après le démantèlement de l'apartheid, son fait de gloire est d'avoir mis un terme, en 1994, aux affrontements ethniques entre l'ANC et les zoulous.

Populiste et très populaire, Zuma devient vice-président en 1999, après l'élection de Mbeki, que Mandela avait choisi pour lui succéder. Il représente l'aile gauche de l'ANC, et fut même proche du Parti communiste. Personnalité atypique et exubérante, il n'hésite pas à chanter et danser en tenue zouloue lors des cérémonies. Polygame, il a quatre femmes et dix-huit enfants. Mais, à l'international, il veut se donner une image de respectabilité.

Les défis auxquels est confrontée l'Afrique du Sud sont nombreux. Près de 40% de chômeurs (23% officiellement), à peu près autant au-dessous du seuil de pauvreté. Si l'Afrique du Sud réalise 40% du PNB de l'Afrique subsaharienne, la situation économique est inquiétante, et la crise mondiale n'arrange rien, car le secteur minier est en crise. Et la criminalité est galopante : 19000 meurtres et 50 000 viols déclarés par an.

Jacob Zuma sera avant tout jugé sur sa capacité à poursuivre la réforme agraire. En effet, 80% des terres agricoles appartiennent encore aux Blancs. Et Zuma veut abaisser ce chiffre à 30% d'ici à 2015. Sans effrayer.

En attendant, la Coupe du monde de foot, qui se déroulera en Afrique du Sud en juin 2010, pourrait booster le tourisme. L'objectif est d'atteindre les 10 millions de visiteurs par an. Un sacré challenge, notamment en termes d'organisation et de sécurité.

Le président Zuma devra aussi rassurer les investisseurs étrangers de la pertinence du choix sud-africain, et convaincre les Blancs fortunés que leur avenir se conjugue toujours en Afrique du Sud. Le ton de la campagne électorale n'allait pas tout à fait en ce sens, n faudra donc corriger le tir sans désespérer la base, qui est impatiente et avide de mesures sociales.

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