|
Revue de presse
Obama et les laitières latino-américaines
par Jean-Jacques KOURLIANDSKY (Espace Latinos, mars 2009)
Il était une fois un président « américain », plus gentil que tous les autres. Noir, de papa africain, élégant, beau parleur, il a été élu le 4 novembre 2008. Il s’appelle Barak Obama. Celui d’avant, lui, était plus méchant que tous les autres. Il était blanc, anglo-saxon, protestant. Il s’appelait George Bush. Huit ans durant d’un bureau ovale, à Washington, il roulait des gros yeux au-delà du Rio Grande. Le sud proche, dos mouillé, baissait la tête et n’en pensait pas moins. Le sud lointain, l’envoyait sans autre forme de procès au diable vauvert.
Mais finalement les uns et les autres étaient ils si mécontents ? S’il faisait les gros yeux on voyait rarement le gros bâton de l’Oncle Bush. Seuls au fin fond des Arabies, infidèles et laïques de tout poil, ont eu le privilège de recevoir des bombes intelligentes et de peupler le pénitencier ensoleillé d’Abou Ghraib.
Pourtant les pythies des quatre coins des Amériques n’en finissent pas d’annoncer la bonne nouvelle. Allelouia, Allelouia, Dieu enfin a écouté son peuple souffrant. Il a renvoyé le mauvais prophète. Un homme de Bien occupe désormais la bonne place. Il va faire de bonnes choses.
« L’hypythétique » est en effet en haut de la page des quotidiens, des hebdomadaires et autres blogs. Vous allez voir ce que vous allez voir, Entend-on et lit-on depuis novembre dernier. Ceci et cela allait mal, Bush ne comprenait rien, il critiquait sans savoir et rejetait a priori. Il décriait Morales et Chavez. Il suspectait la moralité des Kirchner. Il renforçait l’isolement familial de Cuba. Il emmurait le Mexique. Il expulsait Guatémaltèques et autres Salvadoriens sans autre forme de procès. Tout ça avec Obama, Allelouia, Allelouia, c’est fini. La page est tournée, va se tourner, devrait se tourner, pourrait se tourner. L’attente qui succède au rejet universel, se décline au futur et au conditionnel. « Aujourd’hui », écrit le chroniqueur argentin de Miami Andrés Oppenheimer, « l’Amérique latine est absente de la Maison Blanche ». (..) « Mais » ajoute-t-il, « je ne serais pas surpris si Obama (..) concernant Cuba » prenait des mesures ambitieuses. Jorge Castañeda, éminent universitaire mexicain, ancien ministre de son pays, a lu autre chose dans le marc de café obamien. « Mexico », dit-il, « mériterait une attention immédiate et prioritaire ».
Les chefs d’Etat ont abondé dans le registre des souhaits, des hypothèses optimistes, et autres vœux sur la comète géopolitique et médiatique. Chacun a manifestement vu midi à sa porte. En Argentine, la première Dame, Cristina Kirchner, a qualifié la victoire d’Obama, « d’épopée ». Il, le vainqueur, a su
« interpréter les rêves et les espoirs du peuple américain ». Elle suivi en direct, sur son petit écran, la cérémonie d’investiture. « Obama » a soulevé « d’énormes expectatives » a –t-elle sentencié. « Je suis sûr qu’il va améliorer les relations Bolivie-Etats-Unis », a martelé Evo Morales. Pourquoi ? « Parce qu’il vient des secteurs discriminés et esclavisés ». Lula da Silva a salué la victoire d’Obama, qu’il assortit lui aussi « de l’espoir d’une relation plus forte entre Etats-Unis et Amérique latine ». Michelle Bachelet vu du Chili pense qu’Obama « éveille beaucoup d’espoirs ». « Sans aucun doute », c’est lui Oscar Arias, président du Costa-Rica qui le dit, « l’élection d’Obama va donner un tour nouveau à la politique étrangère (des Etats-Unis) jusque là un peu arrogante ». Raúl Castro, a joué l’aruspice cubain dans cet orchestre de météorologues politiques. « Avoir de bonnes relations serait mutuellement avantageux ». Opinant positivement du bonnet au propos fraternel Fidel, Castro, a écrit, que « d’un point de vue social et humain, c’était le plus avancé et donc « qu’avec Obama on peut parler où il le voudra ». Proposition reprise au mot levé par Raúl qui a précisé, balançant entre d’hypothétiques hypothèses, « on devrait se rencontrer en terrain neutre ». « Il sera moins impérialiste, (..) pour la première fois un noir a été élu président », a commenté Rafael Correa, chef de l’Etat équatorien. Chavez, Hugo, sans pitié verbale avec celui qu’il qualifiait « d’âne républicain », George Bush, a glissé sa langue de fer sous une cuillère de miel. Espérons qu’avec Obama, « les choses changent ».
Résumant l’impression de tous, le secrétaire général de l’OEA, l’Organisation des Etats américains, José Miguel Insulza, a confié sous le sceau de l’indiscrétion, que « des personnes proches du candidat élu, lui avaient dit que le moment était venu d’un nouveau rapport à l’Amérique latine ». En sont-ils bien sûrs ? Les choses vont-elles changer, comme ils l’annoncent ? De Chavez à Kirchner et à Bachelet, le chœur des suppliants a démultiplié une litanie de vœux portée par un usage généralisé du futur et du conditionnel. Ce recours aux temps de l’hypothèse ne mange pas de pain. Il a le mérite d’afficher la couleur de l’attente. Tout en reflétant la réalité d’une campagne présidentielle riche en promesses générales et généreuses, n’engageant à pas grand-chose. Le 23 mai 2008 le sénateur-candidat avait abattu des cartes latino-américaines, tout à la fois flamboyantes dans l’expression, et obscures quant à leur sens concret. « Il est temps » avait –il annoncé, « de fonder une nouvelle alliance des Amériques ». Le temps est venu », avait-il poursuivi sur le même registre, « après les huit ans de politique désastreuse de George Bush, d’avancer vers la démocratie directe, avec amis comme ennemis (..) Les Etats-Unis seront une nouvelle fois le phare de l’espoir et la main qui aide ». Comprenne qui pourra. Worths, Worths..Diverses explications de texte ont été données pour éclairer les lanternes ainsi éblouies et aveuglées par le Verbe. Pendant des mois le candidat Obama a laissé dire X ou Y, proche, voire conseiller spécial et parfois particulier. Les uns et les autres se sont répandus en annonces jamais démenties mais pas plus avalisées, aussi claires et contraignantes que l’original. Le 25 août 2008 pendant la Convention démocrate par exemple,
Daniel Restrepo, démocrate, de père colombien et de mère espagnole, a confié aux medias latino-américains sa conviction intime. « Ce qui est bon pour les peuples d’Amérique, l’est aussi pour les Etats-Unis (..) Obama, selon ce porte-voix de talent, « veut le dialogue, rompant ainsi avec la tradition de ces dernières années, où Washington voulait d’en haut imposer un modèle ».
Barack Obama comme la plupart des politiques occidentaux a été élu en racontant une belle histoire. Après huit ans de Bush va-t-en guerre, l’opinion, l’américaine d’abord et celle des ailleurs ensuite, avait l’espoir d’un horizon plus serein. Le conte de fée a été au rendez-vous. Il était attendu. Il a fait chou blanc. Et après ? Que va faire le nouveau président magicien ? Mystère et boule de gomme. Paradoxe de la démocratie du XXIème siècle le programme des dirigeants élus se fabrique une fois au pouvoir. Alors on s’accroche à ce qu’on peut. Espoir, et symboles, mis en spectacle médiatiques, sont désormais les vertus de nos démocraties.
Deux certitudes malgré tout. Thomas Shannon, sous-secrétaire d’Etat de George Bush pour l’hémisphère occidental (l’Amérique latine), est satisfait du bilan. En huit ans « aucun autre gouvernement », que celui de G. Bush, « a fait autant pour l’hémisphère occidental. (..) Dix pays ont signé des accords de libre-échange avec les Etats-Unis. Nous terminons renforcés et non frustrés». Barack Obama a envoyé en février 2009 un premier signal à l’Amérique latine. Thomas Shannon, a été confirmé dans ses fonctions.
Sous-secrétaire d’Etat avec G. Bush, il l’est désormais aussi avec Barak Obama. Comme dit le fabuliste, dans « la laitière et le pot au lait », « chacun songe en veillant, il n’est rien de plus doux ; Une flatteuse erreur emporte alors nos âmes ; Tout le bien du monde est à nous ; Quel esprit ne bat la campagne ; Qui ne fait châteaux en Espagne » ..et en Amérique latine sans doute
|
Contact presse
|