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Revue de presse
La disgrâce fait l’eurodéputé UMP
par Bastien NIVET (Libération, 4 février 2009)
On ne change pas une attitude qui perd. En invitant cordialement les membres du gouvernement dont ils ne veulent plus (Rama Yade, Rachida Dati), à être élues au Parlement européen pour prix de leur départ du gouvernement, l'UMP et l'entourage du Président de la République confirment une tradition de mépris, de légèreté et de désinvolture regrettable des partis politiques français à l'égard des élections européennes.
A Paris comme à Bruxelles, analystes, fonctionnaires et députés européens n'ont de cesse de dénoncer cette pratique, en soulignant qu'à de très rares exceptions près, elle explique en partie que la participation et le rôle des députés français au parlement européen soit le maillon le plus faible de l'influence héxagonale dans le jeu politique et décisionnel européen. L'absentéisme et le manque d'implication de certains eurodéputés français dans les travaux quotidiens du Parlement comme en séance pleinière, ne permettent pas à la France d'optimiser sa présence dans la seule composante véritablement démocratique d'un système institutionnel européen qui ne l'est pas toujours par ailleurs. Il existe aujourd'hui une double urgence, politique et démocratique, à renoncer à cela.
Urgence politique tout d'abord. Les élargissements successifs de l'Union européenne réduisent de facto la proportion des élus français au Parlement, alors même que les pouvoirs de celui-ci croissent tendanciellement de façon continue: les représentants français envoyés à Strasbourg et Bruxelles doivent donc faire preuve d'une activité et d'une efficacité magnifiée, faire " plus " et " mieux " tout en étant proportionnellement moins nombreux. Une telle optimisation de la représentation française au Parlement européen ne sera possible que le jour où seules figureront en position éligible sur les listes présentées par les partis politiques des personnalités faisant acte d'un véritable engagement à remplir le mandat qu'elles briguent. Des personnalités devenant, en vertu de leur implication dans les travaux du Parlement, des eurodéputés reconnus, respectés et écoutés par leurs pairs et les autres responsables européens, et non des noms prestigieux sur des sièges vides. La tradition française tendant à considérer un mandat européen comme un intérim, suite à une défaite aux législatives et en attendant une éventuelle réelection, ou en cas d'éloignement du gouvernement pour cause d'opposition prolongée ou de disgrâce, semble malheureusement se confirmer.
L'urgence politique rejoint ici l'urgence démocratique. Les limites démocratiques des institutions européennes ont suffisamment été soulignées et fait l'objet de débats vigoureux pour que ne soit pas bradée la voix des citoyens dans l'Union qu'incarne la désignation des eurodéputés. Pour que la valeur de ces élections européennes ne soit pas bafouée dès l'élaboration de listes présentant des candidat(e)s pour lesquel(le)s un mandat européen ne représente pas un désir politique réel mais un cadeau empoisonné ou un lot de consolation. C'est insulter à la fois l'Union européenne et les électeurs que de laisser se confirmer l'idée très répandue en France selon laquelle le Parlement européen et, plus largement, les institutions européennes, sont un ailleurs démocratique et politique sans intérêt réel. Un îlot distant, mélange d'alcatraz et de Saint-Hélène où sont envoyés vilains petits canards et gloires déchues de la vie politique française. Les décisions prises aujourd'hui au Parlement européen auront au moins autant d'importance sur la vie des français et des européens dans les années à venir que celles qui sont prises au Palais Bourbon. Cette enceinte est un lieu unique au monde d'expression et de prise de décision politique multinationales. Avoir la posibilité d'y être envoyé par un vote des citoyens français devrait être considéré comme un immense privilège et non un déshonneur. Ne pas être convaincu de cela et figurer malgré tout en position éligible sur l'une des listes présentées par les partis politiques français, c'est faire insulte aux citoyens français autant qu'à celles et ceux qui se sont battus et continuent de se battre pour qu'émerge une Europe politique et démocratique, maîtresse de son destin et au service de ses citoyens. C'est dilapider à l'avance toute chance d'être crédible lorsqu'il s'agira, à nouveau, de tenter de convaincre des électeurs parfois récalcitrant que les élections européennes sont un rendez-vous important et que leur voix compte dans l'Union européenne.
Nous attendons pour à ce titre avec un mélange de délectation anticipée et d'amertume le moment où, dans quelques mois, une ministre disgraciée qui ne voulait pas y aller tentera de convaincre ses concitoyens que le Parlement européen est une enceinte démocratique de la plus haute importance, qu'y siéger est un honneur, et s'abstenir de voter pour désigner ses représantants une atteinte à la responsabilité politique et démocratique.
Bastien Nivet est chercheur associé à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS).
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