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Revue de presse
La Syrie est avertie qu'elle risque gros à trop fermer les yeux
Didier BILLION par Sarah Halifa-Legrand (NouvelObs.com, 27 octobre 2008)
Pourquoi les Américains ont-ils décidé de mener un raid - le premier d'une telle ampleur - sur le sol syrien, dimanche 26 octobre ?
Le raid aurait ciblé un groupe de "terroristes" lié à Al-Qaïda sur le sol syrien. Or, depuis plusieurs années, c'est un sujet récurrent de désaccord entre les Etats-Unis - et dans une moindre mesure le gouvernement irakien - et la Syrie. Les Américains reprochent à Damas de laisser passer des groupes "terroristes" en territoire irakien via sa frontière avec l'Irak. A plusieurs reprises, Washington a demandé à Damas de mieux contrôler sa frontière. Damas a toujours répondu qu'il faisait ce qu'il pouvait. Et la Syrie a effectivement montré quelques preuves de bonne volonté en menant quelques arrestations. Cette fois, il semblerait que les Etats-Unis, ayant repéré le groupe armé en question, l'a pris pour cible et l'a éliminé. Ce qui pose problème sur le plan du droit international. Car les Américains ont agi au mépris du droit de la Syrie à protéger ses frontières. Il y a sans doute des passages, à travers la frontière entre les deux pays, mais on ne peut pas accepter que les Américains passent outre les frontières d'un pays qui plus est n'est pas en guerre contre eux, qu'ils nient, quand ça les arrange, l'existence de frontières.
Ce qui est intéressant, c'est qu'on assiste à une configuration similaire au Pakistan. A la différence près que les Etats-Unis ont prévenu qu'ils s'arrogeaient le droit de poursuivre les "talibans" sur le sol du Pakistan, qui a aussitôt protesté. Alors que pour le cas de la Syrie, à aucun moment George W. Bush ou son entourage n'ont évoqué ce droit de poursuivre ceux qu'ils appellent les "combattants étrangers" sur le territoire syrien. Washington avait juste émis des menaces.
Si la Syrie a amorcé son retour sur la scène politique internationale, elle semble toutefois jouer un double jeu. Autrement dit, à quel jeu joue Damas ?
Il ne faut pas être manichéen, la Syrie ne peut pas porter tout la responsabilité. Elle n'est pas derrière tous les groupes armés. Mais si on peut lui reconnaître que ses frontières sont difficiles à contrôler, on sait aussi que Damas est tout de même au courant d'au moins une bonne partie des déplacements qui ont lieu sur son sol. Donc, cela signifie que la Syrie ferme un peu les yeux. D'autant qu'il est incontestable que le pouvoir syrien a intérêt à affaiblir les Etats-Unis, et qu'il ne voit donc pas d'un mauvais œil toute déstabilisation de la puissance américaine en Irak, tout ce qui peut y troubler la portée de l'occupation. C'est un jeu compliqué.
Damas a réagi au raid américain en dénonçant une escalade "dangereuse". Peut-on véritablement craindre de telles conséquences de cette incursion ?
Ce genre de jeu est toujours dangereux, de la part d'un Etat quel qu'il soit, et surtout quand c'est vis-à-vis d'un Etat avec lequel il n'est pas en guerre déclarée. Pour première conséquence, c'est un coin supplémentaire enfoncé dans le droit international. En outre, les Etats-Unis se déconsidèrent encore un peu plus dans la région. Mais si la Syrie est montée au créneau en dénonçant violemment le raid américain, elle n'est cependant pas en situation d'initier une riposte contre les Etats-Unis, car l'équation stratégique est en totale défaveur de la Syrie. La situation est donc grave, mais elle ne va pas pour autant embraser la région. Il s'agit cependant d'un sérieux et concret avertissement contre la Syrie. En 2007, il y avait déjà eu le bombardement par l'aviation israélienne d'un site nucléaire sur le sol syrien. C'était déjà un avertissement clair. Là, de nouveau, la Syrie est avertie qu'elle risque gros à trop fermer les yeux et à ne pas vouloir baisser la tête. En deuxième lecture, c'est aussi un jeu de billard : via la Syrie, qui a un partenariat avec l'Iran, c'est aussi un avertissement contre Téhéran.
Le fait que cet avertissement intervienne au moment où Bachar al-Assad revient sur la scène internationale - on se souvient qu'il a été invité par la France en juillet dernier - révèle notamment une grande divergence entre les Etats-Unis et la France, les premiers étant contre toute concession à l'égard de la Syrie.
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