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Les relations russo-vénézueliennes
par Jean-Jacques KOURLIANDSKY (Courrier de Russie, 20 octobre 2008)
Diplomé en sciences politiques et docteur en histoire, Jean-Jacques Kourliandsky est chargé de recherche à l'Institut de Relations Internationales et Strategiques (IRIS) sur les questions ibériques - Amérique Latine et Espagne.
On a beaucoup vu Hugo Chavez ces derniers temps en Russie…Sur quoi repose la nouvelle « amitié » russo-vénézuelienne ?
Hugo Chavez Frias, président du Venezuela est un nationaliste. Les Etats-Unis ont pris la place aujourd'hui de l'adversaire des origines, l'Espagne. Selon l'adage simpliste, mais toujours vérifié, selon lequel l'ennemi, ou l'adversaire de mon ennemi, est mon ami, Hugo Chavez a cherché à se rapprocher des gouvernements hostiles aux Etats-Unis d'Amérique du nord. La Russie était du nombre. Elle a été sollicitée dés 2001. D'autres considérations, d'intérêt énergétique mutuel expliquent aussi ce rapprochement en lui donnant une assise durable. Le Venezuela, comme la Russie, est un grand producteur de pétrole et de gaz. Le maintien de prix favorables aux producteurs que sont Russie et Venezuela relève de l'évidence stratégique.
On peut imaginer que la Russie partage ce double objectif. Le gaz et le pétrole lui ont permis de retrouver une dynamique économique et de recomposer un projet national. Cette restructuration, après plusieurs années de désordres internes et de perte d'influence, lui donne la capacité de récupérer le rôle d'acteur international majeur qui était hier celui de l'Union soviétique. La crise géorgienne lui a sans doute offert l'opportunité d'exprimer cette ambition aux Etats-Unis, à l'OTAN et à l'Union européenne. La démonstration a été prolongée outre atlantique, par des gesticulations militaires au Venezuela, mineures d'un point de vue militaire, mais lui donnant une lisibilité immédiate et spectaculaire. Afin d'éviter toute équivoque sur l'analyse de l'affirmation internationale russe, c'est le Venezuela, et non Cuba, allié historique de l'URSS, qui a été ciblé pour signaler le retour dans l'hémisphère occidental.
A part le Venezuela, on a vu la Russie se rapprocher de plusieurs pays du continent alors qu’elle avait quasiment abandonné ce terrain dans les années 1990…
Tout Etat cherchant à jouer les premiers rôles dans le concert des nations doit faire acte de présence partout. La Russie n'échappe pas à cette loi de l'influence universelle. L'influence n'est pas nécessairement militaire dans le monde d'aujourd'hui dominé par le commerce, la finance et la recherche de ressources primaires. La Russie valorise ses atouts dans cette course. Ils sont multiformes, diplomatiques, énergétiques, industriels. La Russie propose ainsi ses matériels militaires, robustes et de coût plus abordable aux gouvernements d'Amérique latine, leur offrant ainsi une alternative aux propositions plus onéreuses des Etats-Unis, ou de la France. La Colombie la Bolivie et le Pérou ont ainsi acheté des hélicoptères russes. La Russie participe à l’appel d'offre de l'armée de l'air brésilienne qui souhaite renouveler sa flotte d'avions de chasse. La technologie nucléaire intéresse de plus en plus de pays.
L’influence de la Russie en Amerique Latine depasserait donc le seul anti-americanisme ?
Les chemins de l'influence sont multiples. La Russie peut par exemple utiliser aujourd'hui l'arme de l'orthodoxie religieuse. Des lieux de culte ont été ouverts en Amérique latine ou réactivés. Le commerce, les coopérations concernant les industries d'armements, donnent la possibilité de construire des réseaux. Les convergences fondées sur la contention d'un adversaire commun, en l'occurrence ici les Etats-Unis, facilitent et encouragent les contacts et les coopérations. Le groupe BRIC a été construit avec cette intentionnalité. On peut imaginer à l'avenir d'autres rencontres, bilatérales ou plus collectives. Elles ne passent pas nécessairement par le réseau des anciens alliés de l'URSS. Bien qu'il présente l'avantage de compter un certain nombre de cadres connaissant la Russie et sa langue. La Russie se prépare à saisir d'éventuelles opportunités. Elle dispose d'institutions et de chercheurs qui assurent une veille fine et intelligente des réalités contemporaines de l'Amérique latine.
Le projet d’une OTAN sud-americaine dont la Russie serait l’une des chefs de file a deja ete evoquee dans la presse. Est-ce une idee serieuse ?
L'éventuelle création d'un OTAN sud-américaine est une idée d'origine vénézuélienne pour faire face à un adversaire désigné, les Etats-Unis. Ce n'est pas l'option qui a été privilégiée avec la création en mai dernier à Brasilia de l'UNASUL (Union des nations d'Amérique du sud). Le Brésil a convaincu ses voisins d'inventer non pas un système de défense commun, mais un conseil de sécurité d'Amérique du sud, destiné à prévenir les conflits, à aider à les résoudre, entre sud-américains, avec les armes de la diplomatie. Cette institution a démontré sa nécessité et gagné une légitimité en se saisissant avec succès au mois de septembre du dossier de la crise bolivienne. Mais sa logique est autochtone, antérieure à la crise georgienne. La présence de la Russie, pas plus que celle de tout autre pays n'est ni souhaitée, ni sollicitée.
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