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François-Bernard Huyghe
OBSERVATOIRE DES ÉLECTIONS AMÉRICAINESObservatoire des élections américaines

Elections US : la messe est-elle dite ?
par François-Bernard HUYGHE (IRIS, 9 octobre 2008)



Un moment dopé par l'effet Palin ralliant l'aile droite du parti et exploitant les réflexes populistes, la campagne de McCain semble s'enliser lentement. Pas franchement mauvais dans les deux débats qu'il a mené contre son adversaire, le candidat républicain n'est pas non plus assez brillant pour espérer un retournement spectaculaire grâce à cet exercice. Il a peu de chances de réussir dans le dernier débat, prévu ce 15 octobre. Il n'a réussi jusqu’à présent ni à mettre en évidence l'inexpérience ou les contradictions d'Obama, ni à le faire apparaître comme un produit des médias, sorte de star narcissique, énervante et creuse, comme l’indiquait l'orientation générale de la campagne républicaine. Et comme il laisse les coups bas à sa colistière (telle une allusion à une très douteuse complaisance d'Obama pour les terroristes, basée sur une vague fréquentation d'un ancien gauchiste dit " weather man "), McCain se trouve un peu limité dans son jeu.

Au contraire, les sondages, même chez les électeurs peu politisés montrent qu'Obama non seulement "gagne" le débat - ce qui ne veut pas dire grand chose dans l’absolu- mais qu'il semble acquérir une crédibilité qui lui faisait défaut dans l'opinion. Si Obama le séduisant rassure de surcroît et si McCain semble manquer de l’autorité du « commander in chief », on voit mal ce qui pourrait le sauver.

La tendance est ainsi plus qu'inquiétante pour les républicains : l'important n'est pas tant que les sondages généraux donnent l'avantage aux démocrates en nette remontée mais bien qu'il soit en mesure d'emporter des Etats clefs. Floride, Caroline du Sud, Virginie, Ohio, Indiana, Missouri, Colorado, Nevada, Iowa et Nouveau-Mexique semblent a priori passer d'un camp dans l'autre. Cette avancée bien répartie donnerait à Obama un avantage irrattrapable en nombre de grands électeurs.

Il est vrai que McCain n'a pas la tâche facile. Dans ce pays où il y a un énorme taux d'abstention, la campagne s'oriente à ce stade surtout sur la conquête des indécis. Or comment expliquer à cet électorat :

- pourquoi le candidat républicain qui se félicitait il y a quelques jours de la solidité de l'économie américaine est obligé de souligner la gravité de la situation

- pourquoi il est contraint d'approuver, comme son adversaire, des mesures interventionnistes dignes du New Deal, quitte d'ailleurs à décevoir l'aile la plus libérale du parti républicain

- comment il va distinguer ses propositions du bilan catastrophique de l'équipe Bush en matière d'économie et ne pas apparaître comme Bush III

- qu’il peut être autant que son adversaire qui le répète à satiété le candidat des classes moyennes

- et surtout, comment il va faire la différence avec son adversaire dont il devient quand même difficile de dénoncer l'incompétence et la superficialité en économie, après avoir mené une politique patriotique d’union nationale avec lui.

Et pour ceux qui trouvent les raisonnements précédents trop compliqués, il y a un argument qui fait mouche : les années Clinton étaient les années du "enrichissez-vous"! À tort ou à raison l'opinion a tendance à créditer les démocrates de plus d'efficacité en matière d'économie. Rappelons-nous que c'est l'argument " It's the economy, stupid " (« c'est l'économie, crétin ») qui expliquait l'échec de Bush père : l'homme qui avait gagné la première guerre du Golfe et qui croyait surfer sur la vague idéologique reaganienne se croyait hors de portée de ce petit jeune de babyboomer inexpérimenté presque gauchisant, un certain Clinton. Or, ce qui est valable pour Bush N°1, qui partait en principe vainqueur, devrait être encore plus juste pour McCain, qui commençait il y a quelques mois en position défavorable.

Qu'est-ce qui pourrait renverser la tendance ? L'agressivité des attaques des républicains ? Un coup bas médiatique ? Une crise internationale qui rallierait les électeurs au parti de la sécurité, les républicains ? Tout ceci a été tenté et a échoué. La "com" ? Même s'il est un battant, McCain n'est pas un Reagan qui avait effectivement commencé à devancer Carter après un brillante prestation télévisée.

Ajoutons un dernier élément qui joue en faveur d'Obama : l'argent. Là encore, c'est une première. Si jusque-là les républicains étaient les champions de la collecte (sur une tendance de fond au renchérissement astronomique des campagnes électorales, notamment en raison du nombre et de la cherté des spots télévisés). Cette fois, les démocrates les ont battus et auprès des contributeurs traditionnels et sur Internet où se trouvent souvent les petits dons. Ainsi, Obama peut faire pour 20 millions de dollars de spots télévisés dans la première semaine d'octobre, écrasant son concurrent, qui, pauvre miséreux, ne peut s'offrir que pour sept millions de dollars de publicité.

La messe est-elle dite ? Les élections américaines sont riches en surprise et nul ne sait quel peut être le réflexe de dernière minute des indécis. Mais le moins que l’on puisse dire est que McCain doit prier très fort pour un miracle.


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