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L'échec du plan Paulson à la Chambre des représentants : douloureux révélateur des tensions futures
par Barthélémy COURMONT (IRIS, 2 octobre 2008)
L’échec surprise de l’adoption du plan de sauvetage du secteur bancaire américain, plus connu sous le nom de plan Paulson, le 29 septembre à la Chambre des représentants, a provoqué d’importants remous sur les places financières internationales, et une véritable crise politique à Washington. Adopté deux jours plus tard au Sénat, il reste suspendu à un nouveau vote de la Chambre basse. Pour autant, et au-delà des difficultés à parvenir à un accord, cet échec est révélateur du bras de fer qui pourrait opposer la Maison-Blanche et le Congrès à partir de janvier prochain. La raison : le retour presque incontournable du big government, et les réactions d’hostilité des mouvements conservateurs.
Des réformes nécessaires, mais difficilement populaires
Le changement tant annoncé dans cette campagne présidentielle, par les deux candidats, sera douloureux. D’ailleurs, ni Barack Obama, ni John McCain, n’ont nié à l’occasion de leur premier débat télévisé que les réformes dans le secteur économique et social seront coûteuses et difficiles, même si elles sont nécessaires, les deux candidats s’inscrivant ainsi dans une logique de rupture avec l’administration sortante. Des mesures qui seront donc forcément impopulaires. Ainsi, le plan de sauvetage du secteur financier n’est que le premier volet d’un vaste plan d’interventionnisme de l’Etat dans l’économie américaine. Parallèlement, les observateurs le reconnaissent de façon unanime, le chômage va augmenter, la consommation reculer, et la confiance continuer de sombrer. Bref, plus personne ne nie aujourd’hui que les Etats-Unis sont en crise, que cette crise sera longue et difficile, et que les mesures adoptées par la future administration devront être importantes. Certains parlent d’un nécessaire New Deal, en référence à la politique économique et sociale de Franklin Roosevelt pour répondre à la crise économique des années 30.
Big government contre libertés individuelles
Dans un agenda chargé et marqué de la nécessité du changement, la vraie ligne de tensions politiques à laquelle devra se préparer la future administration sera celle qui opposera les partisans d’un interventionnisme plus marqué des autorités fédérales, incarnés par l’Exécutif, et les tenants des libertés individuelles, farouches opposants à un Etat trop providence, représentés notamment au Congrès, mais aussi dans les administrations locales (notamment les gouverneurs). Les Républicains seront en première ligne, comme l’a prouvé leur positionnement le 29 septembre (plus des deux tiers des représentants républicains ont voté contre un plan proposé par une administration républicaine !). En d’autres termes, les derniers défenseurs de la révolution conservatrice de Ronald Reagan contre ceux qui, au sein de l’Exécutif, chercheront à provoquer une nouvelle révolution économique et sociale. Les sujets sur lesquels les tensions seront perceptibles ne manquent pas : plan de sauvetage de l’économie bien sûr, mais aussi politique énergétique, réforme de la couverture d’assurance maladie, réforme du système fiscal, et politique environnementale. Des sujets sur lesquels, qu’elle le veuille ou non, la future administration sera forcée d’incarner le changement. McCain et Obama en ont conscience.
Le Congrès, future tête de proue du conservatisme américain ?
Et si le Congrès redevenait le lieu de la contestation conservatrice ? Au milieu des années 90, après deux ans de présidence Bill Clinton, les élections mi-mandat de 1994 avaient vu déferler une véritable vague conservatrice, qui s’empara des deux chambres du Congrès, et imposa au président démocrate un gridlock (sorte de cohabitation entre un Exécutif d’une couleur politique et un Congrès de l’autre) jusqu’à la fin de son second mandat.
Comme il semble désormais acquis, quel que soit le vainqueur le 4 novembre prochain, que la future administration tournera la page du conservatisme pour proposer une nouvelle vision de l’Amérique, c’est au Congrès que ce mouvement pourrait se pérenniser. Et comme aucun des deux candidats n’incarne ce conservatisme, la lutte semble inévitable. Certes, quel que soit le vainqueur, un sénateur occupera la Maison-Blanche (et même deux en cas de victoire du tandem Obama-Biden), ce qui pourrait augurer de meilleures relations entre les deux pouvoirs. Mais ne nous y trompons cependant pas : au-delà de l’entente cordiale, les membres du Congrès ne manqueront pas une occasion pour mettre en avant leurs prérogatives, et imposer le débat à l’administration. Cela sera encore plus net dans le cas d’un nouveau gridlock, qui n’est pas à exclure, dans un sens comme dans l’autre, même si les Démocrates disposent d’un avantage dans l’autre élection du 4 novembre, celle qui renouvellera la Chambre des représentants et un tiers du Sénat. Quoi qu’il en soit, et le rejet du plan Paulson n’en est qu’une illustration, la présidence impériale qui prévalait au lendemain des attentats du 11 septembre est désormais de l’histoire ancienne, et le Congrès marque son retour sur le devant de la scène.
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