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Catherine Durandin


Vulnérable Ukraine : quel avenir ?
par Catherine DURANDIN (Contre-feux.com, 22 septembre 2008)



Russes et Américains ont des visions antagonistes quant au sort futur de l’Ukraine, indépendante depuis 1991, et déchirée : le vice président Cheney a confirmé le soutien de Washington à l’intégration de l’Ukraine et de la Géorgie dans l’OTAN. Ce n’est pas un scoop : dès avril dernier au sommet de l’OTAN à Bucarest, G.W.Bush avançait cette proposition.

Moscou est aux antipodes. Le 12 septembre, le président Medvedev souligne à nouveau le danger que représenterait l’intégration de l’Ukraine et de la Géorgie dans l’OTAN : "N’oubliez pas les leçons du 8 août " a-t-il déclaré (c’est-à-dire l’intervention militaire russe en Ossétie et Géorgie). L’UE, présente aux côtés de l’ONU, de l’OSCE et des Russes en Géorgie, a-t-elle un projet pour l’Ukraine ? Quelles sont les offres de Bruxelles à Kiev ? La réponse était attendue à Paris, le 9 septembre...

A sa voisine instable…

L’Ukraine, puissance régionale en Mer noire, avec plus de 46 millions d’habitants, connaît depuis plus de cinq ans une croissance économique forte, associée à des fragilités structurelles : la croissance est de plus de 5%, portée par la consommation intérieure et le crédit, par l’augmentation des investissements directs étrangers. Mais, les tendances inflationnistes persistent (plus de 15% en 2007), et le déficit de la balance commerciale se creuse : les importations d’énergie, du gaz russe coûtent cher, les exportations de métaux ne comblent pas ce différentiel. La crise de fin 2006 déclenchée par Moscou, qui a coupé l’approvisionnement en gaz naturel et imposé à Kiev un prix d’achat au niveau du marché, a démontré brutalement la dépendance de l’Ukraine.

Présenter l’Ukraine comme une sorte de future victime de l’expansion russe est erroné

Présenter l’Ukraine comme une sorte de future victime de l’expansion russe et du maniement par Moscou de l’arme énergétique, est erroné : l’Ukraine est profondément divisée entre une sympathie culturelle et historique pour la Russie et une identité européenne, entre une institution orthodoxe et une appartenance à l’église uniate qui relève de l’autorité du Vatican. L’Ukraine est à la fois proche de la Pologne et de la Russie ! Une ville de l’Est du pays comme Donetsk est complètement pro russe, les rives occidentales du Dniepr regardent vers l’Ouest. A l’heure actuelle, les Ukrainiens, opposés à Moscou cherchent à établir leur propre église orthodoxe indépendante, ce que le patriarche de Russie considère comme une tragédie !

Enfin, il y a cette péninsule de Crimée, gagnée par Catherine II contre les Turcs, cette riviera de villégiature pour les nobles russes d’avant 1917, et la base de Sébastopol où la flotte russe a élu domicile, il y a plus de deux siècles ! Avec le virage politique pro occidental de la présidence de la république à Kiev, en 2004, Sébastopol s’est trouvée au centre des tensions entre l’Ukraine et la Russie. Les Russes se sentent menacés : ils louent la base à l’Ukraine jusqu’en 2017, mais le bail sera-t-il renouvelé ? Suspens : tout dépendra de la couleur rouge ou orange de la direction politique à Kiev.

En pleine crise géorgienne, l’Ukraine a franchi un pas : le président Viktor Iouchtchenko a décidé d’empêcher les navires russes, impliqués dans les opérations militaires en Ossétie et en Géorgie, de rentrer à Sébastopol.

L’UE offre un accord prudent d’association…

L’UE s’est montrée très "soft", attachée à ne pas heurter Moscou

Présent à Paris le 9 septembre, pour faire avancer le dossier de coopération UE avec son pays, Viktor Iouchtchenko, qui s’est lancé ces dernières semaines dans une politique audacieuse vis-à-vis de Moscou, a reçu les encouragements de l’UE : un accord d’association pour 2009, dans la ligne des décisions du conseil de coopération UE / Ukraine du 18 juin 2007, à Luxembourg. L’accord offre "une impulsion décisive aux aspirations européennes de l’Ukraine", mais ne va pas au-delà. Le président Nicolas Sarkozy a déclaré que l’Union ne l’a pas autorisé à faire plus…

Pas d’engagement pour une intégration à terme de l’Ukraine dans l’UE, en dépit du resserrement des liens économiques et politiques. Iouchtchenko se retrouve dans une position délicate : sa première ministre Timoshenko se rapproche des partisans d’une forte coopération avec la Russie et s’est dressée contre la volonté de contrôle de la flotte russe par Iouchtchenko. L’UE s’est montrée très "soft", attachée à ne pas heurter Moscou.

Les Ukrainiens choisiront…

Soyons clairs : l’UE adresse à l’Ukraine le discours obligé, tenu récemment aux Bulgares et Roumains qui sont, eux, intégrés dans l’UE depuis le 1er janvier 2007 : faites des efforts encore et luttez contre la corruption. Et puis ? L’UE déçoit ses partisans en Ukraine et au-delà, ses partisans en République de Moldavie.

L’UE est divisée, la Roumanie voisine de l’Ukraine entretient des rapports très difficiles avec Kiev, en dépit d’un traité de bon voisinage de 1997 : il s’agit de décider du partage des fonds maritimes. Les Polonais soutiennent les aspirations pro européennes de Kiev. La Russie est ferme : elle ne lâchera pas la base de Sébastopol ; la mémoire - rappelons le malheur russe lors de la guerre de Crimée de 1855 et le siège de Sébastopol - est associée à l’impératif militaire. Les Russes ne disposent pas d’autre base maritime en Mer Noire qui ouvre l’espace méditerranéen…

Outre-Atlantique, l’establishment républicain et quelques personnalités démocrates, telle que Z. Brzezinski voient en l’Ukraine le dernier bastion de l’Occident et offrent une intégration OTAN à Kiev : l’opinion ukrainienne n’est pas majoritairement favorable à cette proposition. Elle tranchera.

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