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Revue de presse
Les puissances émergentes entraînées par le tsunami financier ou facteur de régulation de la crise ?
par Philippe HUGON (IRIS, 17 septembre 2008)
La crise financière est mondiale même si elle est partie des Etats-Unis. Le marché des subprimes a été un révélateur de la déconnexion entre la sphère réelle et financière de l’économie, de la fragilité d’un système financier caractérisé par une généralisation des produits dérivés, des mécanismes de crédit de plus en plus sophistiqués et risqués et par des pratiques non régulées par des autorités. Le surendettement américain des ménages, de l’Etat et des entreprises, avait dopé la croissance américaine avant que l’overdose n’entraîne un risque de dépression. La crise financière peut rétroagir sur l’économie réelle par des anticipations pessimistes, un surenchérissement et une rareté du crédit (credit crunch). Les banques centrales (FED) et le Trésor américain hésitent entre la socialisation des pertes par contrôle, nationalisation et injection de liquidités (comme avec Freddie Mac et Fannie Mac, géants du refinancement hypothécaire, et AIG, géant de l’assurance), et la sanction du marché (cas de Lehman Brothers), pouvant conduire à des effets domino.
Dans une économie globalisée, le nuage du Tchernobyl financier a évidemment traversé les frontières américaines par un effet papillon. Toutes les places financières ont chuté. Les banques européennes, mais également celles des pays émergents, possèdent des dettes américaines titrisées. La banque centrale de Chine détient 380 milliards de $ de Fannie Mae et Freddie Mac. Le spectre de la crise de 1929 est dans tous les esprits même si le krach est rampant, si les banques centrales peuvent réinjecter des liquidités, les Etats jouer un rôle de rachat et si l’émergence de nouvelles puissances notamment d’Asie et de pays pétroliers a modifié la donne tant sur le plan financier (importance des réserves de change.), que réel (taux de croissance de l’ordre de 8%).
Les pays émergents pourront-ils résister et jouer un rôle de locomotive ou, au contraire, seront-ils emportés dans le tsunami financier ? On a observé depuis un an un relatif découplage des économies émergentes d’Amérique latine ou d’Asie par rapport à la conjoncture américaine et une contagion limitée de la crise financière rampante. Les raisons tiennent essentiellement au rôle de la demande intérieure dans ces pays. Bien qu’ouvertes, ces économies sont devenues moins sensibles aux chocs commerciaux internationaux. En revanche le canal financier conduisait à différencier deux types d’économies émergentes. Celles qui sont peu impactées (Asie émergente, Moyen-Orient dont le solde courant est largement positif) et les pays plus vulnérables endettés et dont le solde courant est négatif (Amérique Latine, PECO)*. Il faut évidemment prendre en compte, au-delà de la globalisation financière et de l’ouverture commerciale, de l’internationalisation de la production portée par les oligopoles transnationaux. Aussi, les pays émergents financent les pays développés. Les fonds souverains (entre 2000 et 3000 milliards de $), et les investissements privés des pays émergents, tendent à contrôler les actifs des pays du Nord.
A un monde unipolaire dominé par le premier monde tend à céder la place à un monde multipolaire où le second monde émergent joue un rôle central. Mais les marchés américains et européens sont les débouchés des produits chinois. Le solde commercial chinois s’est détérioré mais ses réserves de change ont augmenté par retour de capitaux à court terme. L’enjeu est celui de la régulation d’un capitalisme financier devenu fou mais également des politiques incluant les « émergents ».
*CEPII, L’économie mondiale 2009
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