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Revue de presse
Catherine Durandin


Que veut Moscou ?
par Catherine DURANDIN (Contre-feux.com, 16 septembre 2008)



Le pouvoir russe souffle le chaud et le froid. Le 11 septembre dernier, en mémoire des attentats qui ont frappé le sol américain il y a sept ans, le président Medvedev déclare solennellement : "La Russie est prête à une coopération coordonnée avec les Etats-Unis et d’autres Etats pour combattre le terrorisme". Il ajoute, pour être bien entendu : "Travailler avec la Russie est plus utile que de développer des relations avec des régimes pourris (sic)". L’allusion vise le soutien de Washington au régime du président Saakashvili à Tbilissi.

La veille, le chef du comité Défense à la Douma (Assemblée) et d’autres personnalités militaires faisaient savoir que la Russie allaient installer des "armes intelligentes" dans l’enclave de Kaliningrad car les systèmes de défense américains installés en Pologne, et bientôt en République tchèque, menacent directement la Russie. Il y a des semaines que le gouvernement russe affiche qu’il réagira, par la voie militaire éventuellement, contre ces installations… Que croire et comment comprendre ce jeu de yoyo ?

Le temps de la coopération…

La solidarité anti terroriste est amorcée dès septembre 2001

Septembre 2001 : Vladimir Poutine est le premier chef d’état à joindre au téléphone George W. Bush pour l’assurer de ses condoléances et de son soutien contre le terrorisme. Colin Powell dépêche immédiatement son ami Richard Armitage à Moscou pour négocier l’appui des Russes dans l’opération qui se met en place contre le régime des Talibans à Kaboul en Afghanistan. La solidarité anti terroriste est amorcée...

Mais en 2005, Sofia et Bucarest signent avec Washington des accords pour l’installation de bases américaines, sur leur sol. Alors, la Russie surveille avec inquiétude les avancées de l’influence et de la présence américaine en Mer Noire. La pire insulte faite à la Russie va bientôt être le projet d’installation d’un système de Défense Anti Missile en Pologne et en République Tchèque, deux ex membres du Pacte de Varsovie, acceptés dans l’OTAN lors du sommet de Madrid en juillet 1997.

Le Système de Défense Anti Missile : un chiffon rouge pour Moscou…

Pour un russe, tout retour à une logique anti missile est perçue comme agression

La logique de défense anti missile remonte au début des années 1970 dans l’histoire de la guerre froide et s’inscrivait dans une vision de dissuasion. En 1972, Soviétiques et Américains, sous la présidence de Nixon, s’étaient accordés sur un nombre de sites anti missiles respectivement pour freiner la course aux armements : l’installation d’un bouclier impliquant en rétorsion la construction d’un glaive… Réduire le nombre des sites anti missiles revenait à contrôler la multiplication des glaives c’est-à-dire des missiles. En 1983, le président Reagan relance la course aux armements en lançant un vaste projet de défense anti missile spatiale, (ce fut l’IDS, Initiative de Défense Stratégique dite "guerre des Etoiles"). Pour un russe, tout retour à une logique anti missile est perçue comme agression : la "guerre des Etoiles" a été l’un des facteurs d’épuisement de l’URSS dans les années 1985-1989.

Le Système de Défense Anti Missile : une arme de la guerre anti terroriste pour Washington…

Les arguments de Washington qui justifient cette implantation en Pologne et République Tchèque sont supposés balayer les craintes russes : ces systèmes sont conçus pour détruire des missiles éventuels lancés d’Iran ou de Corée du Nord – ces fameux "Rogue states". Ce système implique des radars situés en Alaska et en Californie et des intercepteurs de missiles qui seront déployés de nouveau en Alaska et Californie. Les Etats-Unis ont signé, après 18 mois de négociations difficiles, un accord avec Varsovie, le 20 août dernier : Washington envisage de placer 10 intercepteurs de missiles sur une base polonaise proche de la Baltique. L’opinion polonaise était très réticente quant à cette aventure : c’est l’ampleur de la réaction de Moscou à l’intervention Géorgienne en Ossétie qui a réanimé le vieux réflexe anti russe des Polonais qui, à plus de 65%, se disent favorables à cet accord.

En dépit des affirmations de Varsovie via le président Kaczynski et de Washington soulignant le caractère défensif de ce site, Moscou qui a multiplié les propos de colère, poursuit dans le registre menaçant, usant du vocabulaire de la "punition"…

Rupture ou nouveau dialogue entre Moscou et Washington ?

En dépit de la ténacité de Moscou dans la crise géorgienne et des menaces concernant la Pologne, la Russie semble simplement développer une politique de sphères d’influence, rationnellement conçue : Moscou entend mettre un terme à l’extension de l’OTAN, à l’américanisation de la mer Noire et, grondant contre Varsovie, dissuade Bucarest ou Sofia d’accepter une dotation américaine en sites anti missiles.

Moscou a profité d’une double fenêtre d’opportunité : le temps de l’élection présidentielle aux Etats-Unis, et celui de l’aggravation de la situation en Afghanistan et au Pakistan. Le Pentagone n’a pas réagi par la voie militaire en Géorgie. En dépit de la crise géorgienne et de la crise des missiles, Washington conserve une priorité : la guerre en Afghanistan et le défi posé par la Chine à moyen et long terme. Ainsi, Medvedev peut jouer - jeu dangereux ? - le bon prince, plein de compassion…

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