Accueil > Revue de presse
Revue de presse
Laure Delcour


L’Europe sort le carton jaune contre la Russie
Laure DELCOUR par Jean-Noël Cuénod (La Tribune de Genève, 2 septembre 2008)



Pas de sanctions contre la Russie. Mais l’Union européenne a sorti son carton jaune. A l’issue du Sommet extraordinaire de Bruxelles, les 27 pays de l’Union ont décidé, hier, de différer les discussions entre l’Europe et Moscou en vue de conclure un nouveau partenariat stratégique et ce, jusqu’au retrait complet des troupes russes de la Géorgie.

Spécialiste française des rapports russo-européens et directrice de recherche à l’IRIS (Institut des relations internationales et stratégiques), Laure Delcour nous explique pourquoi l’Union européenne marche sur des œufs vers la Russie.

Cet avertissement de Bruxelles à Moscou peut-il être assimilé à une sanction ?

Il ne s’agit pas du tout de cela. J’y vois plutôt un signe donné aux Russes pour qu’ils appliquent le cessez-le-feu en six points élaborés par le président Nicolas Sarkozy (ndlr: la France préside actuellement l’Union).

Ne pouvait-on pas attendre une réponse encore plus musclée de l’Europe vis-à-vis de la Russie?

La présidence française de l’Union européenne (UE) ainsi que Javier Solana, haut représentant pour la politique étrangère de l’Union, ont exclu de l’ordre du jour les sanctions contre la Russie. D’ailleurs, ce genre de mesures n’est guère prisé par l’Union européenne, d’autant plus que dans le passé, elles n’ont donné aucun résultat positif. Que ce soit en 1995 ou en 2000 lors des deux conflits tchétchènes. Dans les deux cas, ces sanctions n’ont abouti qu’à un raidissement de la Russie sans que sa politique ne soit infléchie d’un iota. D’ores et déjà, le président Sarkozy a demandé au gouvernement polonais qu’il renonce à réclamer des mesures de rétorsion contre les Russes. Ce sommet a plutôt permis de remettre à plat les relations entre Bruxelles et Moscou. En outre, la présidence française a œuvré pour dégager une position commune, malgré les divergences entre Etats membres de l’UE.

A ce propos… Entre, d’une part, la France et l’Allemagne qui jouent l’apaisement et, d’autre part, la Pologne et la Grande-Bretagne qui prônent la fermeté, les points de vue paraissent fort contradictoires…

Ces divergences ne sont pas nouvelles. La Russie met régulièrement à mal l’unité européenne en matière de politique étrangère. Cela dit, Nicolas Sarkozy paraît assez bien placé pour concilier les deux camps. Contrairement à Jacques Chirac qui est apparu comme un «donneur de leçons» à l’égard des membres de l’Union provenant de l’Europe centrale et orientale, l’actuel président a su nouer de bonnes relations avec ces nouveaux venus. Il a donc l’oreille de leurs gouvernements.

De quelle marge de manœuvre l’Union européenne dispose-t-elle vis-à-vis de la Russie?

Cette marge demeure étroite. Moscou a clairement averti l’Europe qu’en cas de sanctions, elle se réservait le droit de recourir à des mesures similaires, ou de revoir sa politique d’exportation de l’énergie vers l’Europe. Or, l’Union ne peut pas se priver de ces ressources essentielles à son économie. La présidence française va sans doute privilégier la poursuite du dialogue avec la Russie, tout en condamnant la reconnaissance par le Kremlin de l’indépendance ossète et abkhaze et en conditionnant ses rapports avec Moscou à l’évolution de la politique russe vis-à-vis de la Géorgie. C’est la seule issue que je vois pour l’instant.

Contact presse
Gwenaëlle SAUZET
Responsable de la communication
carcanague@iris-france.org
01 53 27 60 87