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Revue de presse
Histoire d'eau
par Habib TAWA (Afrique Asie, septembre 2008)
Essai Dans un brillant ouvrage, Barah Mikaïl éclaire les enjeux, les menaces et les options qui accompagnent les besoins accrus du liquide vital dans le monde.
A partir du moment où une société se raffine, complexifie ses productions et multiplie le nombre de ceux qui en vivent, ses besoins augmentent et la quantité de ressources qui lui sont nécessaires s'accroît. Dès lors, certains produits, qui jusqu'alors paraissaient à la portée de tout un chacun, perdent leur disponibilité, deviennent plus rares, acquièrent une valeur marchande et se transforment en sources de valeur, si ce n'est de conflits. Ce fut le cas à plusieurs reprises dans l'histoire de l'humanité, lorsque des biens que l'on estimait abondants, parfois inutiles, sont devenus précieux. C'est désormais le cas de l'eau.
Implications cruciales
Un bilan condensé et assez complet des problèmes que posent la répartition et l'exploitation de l'eau, considérée comme un enjeu stratégique, nous est proposé par un spécialiste, attaché à l'Institut des relations internationales et stratégiques (Iris). En quelques pages denses, au contenu équilibré et à l'érudition solide, Barah Mikaïl aborde et dissèque avec rigueur les multiples facettes de ce sujet aux implications cruciales. Un seul regret: qu'une telle concentration de données, qui se renvoient les unes aux autres dans le corps d'un texte très élaboré, soit déparée par l'absence du moindre index. Un outil de travail de ce niveau l'exigeait. Les fausses économies des éditeurs français continueront de leur coûter cher...
Mais d'où proviennent ces crises autour de l'eau ? Avec simplicité, Barah Mikaïl nous propose une explication d'ensemble, qu'il détaille et illustre au fur et à mesure de son analyse. Au départ, le précieux liquide n'est pas uniformément réparti à la surface du globe, partageant la planète entre zones d'abondance et régions de pénurie et, parfois, de totale déshérence. De plus ses bénéficiaires naturels ne sont pas toujours ses principaux exploitants. Ce double déséquilibre discrimine les régions humides, bien irriguées ou bien arrosées, et les zones arides, voire désertiques. Il distingue aussi certaines contrées couvertes de cours d'eau en amont, et jusqu'ici peu enclines à les exploiter, de leurs voisines en aval qui ne vivent que par la mise en valeur de ce flot, dont elles ne maîtrisent pas la source. Ces inégalités structurelles sont accentuées par la gestion souvent irrationnelle des ressources disponibles, gaspillées sans discernement.
Pour éviter ces crises qui s'annoncent ou prennent déjà de l'ampleur, de nombreuses voies ont déjà été explorées : rationaliser les pratiques pour éliminer les usages abusifs et parfois contre-productifs, recycler les eaux usées, dessaler l'eau de mer. Etant donné que chacune de ces solutions a un prix, un dilemme financier est toujours présent. Le coût des options alternatives reste en filigrane dans les conflits de l'eau. En même temps, les intérêts immédiats des bénéficiaires de situations acquises s'opposent à ceux qui estiment leurs « droits » bafoués. Or, ainsi que l'illustre brillamment notre auteur, les statuts juridiques sont flous et souvent contradictoires. D'où la difficulté de dire le droit et, étant donné l'importance des enjeux, la tentation de recourir à la force. Dans ce contexte, il est urgent de parer tant aux risques provenant de la pénurie qu'aux dangers de conflits. Les organisations internationales, en particulier celles qui s'attachent aux intérêts communs des pays d'une même région, peuvent aider à résorber les menaces et à élaborer des compromis raisonnables.
L'ouvrage s'achève sur un lumineux panorama des principales configurations hydrauliques dans le monde, ce qui en précise les aspects géopolitiques. Celte lecture interpelle. Elle révèle qu'aucune partie du monde n'échappe à l'obligation de résoudre sa propre équation de l'eau, y compris l'Europe et l'Amérique du Nord. Alors ? L'eau sera-t-elle une source de conflits ou de déséquilibres dans les années à venir? Il ressort clairement des propos de Barah Mikaïl que les problèmes qu'elle suscite s'avèrent moins dangereux dès qu'on les aborde que lorsqu'on s'en détourne. A chaque époque son problème. La nôtre affronte celui de l'eau. On peut donc légitimement se demander si, dans un avenir plus lointain, l'air que nous respirons ne deviendra pas, lui aussi, une denrée rare.»
L'Eau, source de menaces, Barah Mikaïl, Éd. Iris et Dalloz. Paris, 153 p., 18 euros.
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