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L’étau se resserre sur Ahmadinejad
par Thierry COVILLE (Risques Internationaux, 15 mai 2008)
L’économie iranienne continue d’offrir un visage paradoxal, mais assez classique dans les pays pétroliers. La croissance reste soutenue. Dans son rapport de mai 2008 sur l’Asie centrale et le Moyen-Orient, le FMI prévoit une hausse du PIB de 5,8 % en 2008, comme en 2007. Le montant des réserves de change officielles devrait atteindre $ 97,6 mds en 2008 (sans compter les réserves du "Fonds de Stabilisation Pétrolier"). La dette extérieure de l’Iran resterait faible à hauteur de 5,6 % du PIB en 2008. Par ailleurs, la balance courante afficherait un surplus de 11,4 % du PIB en 2008.
Pourtant, ces bons résultats macroéconomiques (qui contrastent, d’ailleurs, avec le discours sur l’impact des sanctions) n’empêchent pas le mécontentement de monter en Iran. La hausse des prix, lors du mois iranien de farvardin (21 mars-20 avril) a atteint 24,5 % pour l’alimentation, cette inflation étant, pour partie, le résultat d’une très forte croissance de la masse monétaire (la progression de l’agrégat M2 a été proche de 40 % durant ces derniers mois). Dans ce contexte, le gouvernement vient de prendre un certain nombre de mesures pour tenter d'éviter que la montée des cours mondiaux des denrées alimentaires (et les possibles conséquences de la sécheresse actuelle sur la production agricole en Iran même) n’aggrave ces tensions inflationnistes. Des distributions de riz à prix "gouvernemental" vont être effectuées à destination de près de 6,5 millions de personnes comprenant les fonctionnaires, les militaires et les personnes prises en charge par le Comité "Emdâd" (une fondation liée au Guide) soit des groupes sociaux globalement proches du régime. D’autre part, les taxes à l’exportation sur le riz et l’orge vont être augmentées…
Les importations, pour leur part, ont très fortement progressé durant le premier mois de l’année 2008 (21 mars – 20 avril) atteignant 2,9 mds, soit une hausse de 11,7 % en glissement annuel. Une telle poussée des importations, qui avaient déjà progressé de 10,7 % en 2007 (selon le FMI) est en train de complètement détruire le tissu productif iranien. En fait, le gouvernement est en train d'accroître les importations pour essayer de calmer les tensions sur les prix. Or, le consensus est général pour estimer que l’inflation est, d’abord et avant tout, causée par une trop forte injection de pétrodollars. Et les dégâts économiques et sociaux d’une telle politique seront difficiles à effacer (cf. l'encadré en marge de la page suivante). Cette dégradation des secteurs productifs alimente évidemment les tensions politiques internes. Le ministre du commerce a été convoqué par le parlement. Il lui est notamment reproché d’avoir trop favorisé les importations et d’avoir baissé les tarifs douaniers pour le sucre, le riz et les téléphones portables. Or le parlement a le pouvoir de renvoyer un ministre.
Ces tensions vont, en outre, s’accentuer quand le nouveau parlement, beaucoup moins favorable au président, va commencer à siéger fin mai. D’ailleurs, le vice-président de l’ancien parlement, récemment réélu, Mohammad Reza Bahonar vient de déclarer que la principale responsabilité des députés est, maintenant, de réformer la politique budgétaire. L'actuel parlement, qui veut sans doute finir en beauté, vient d’interdire toute aide gouvernementale au paiement des dots de mariage. Et Laridjani, qui s’annonce comme l’un des hommes forts chez les conservateurs, vient d’annoncer que le nouveau parlement chercherait à travailler avec toutes les élites du pays, sous-entendant du même coup que son isolement est sans doute un des problèmes majeurs du gouvernement actuel …
La presse économique continue, elle aussi, à tirer à boulets rouges sur le programme économique du gouvernement. Et, fait nouveau, les religieux ne mâchent pas leurs mots ! Ahmadinejad ayant récemment déclaré que l’Iran était inspiré par l’Imam Zaman (chez les chiites, l’Imam Zama est le "12eme Imam", celui qui doit revenir sur terre à la fin du monde), Ghomam- Reza Mesbahi Moghadam, un religieux proche des conservateurs et des milieux d’affaires, lui a aussitôt rétorqué que l’Imam Zaman n’accepterait sûrement pas 20 % d’inflation ! Pour l’instant, le gouvernement iranien a plutôt répondu par le mépris à toutes ces critiques, sans modifier d’un iota sa politique. Il vient ainsi de rentrer en conflit ouvert avec l’actuel parlement, pourtant bien docile, parce que ce dernier cherchait à établir plus de transparence dans le projet de budget 2008/2009. Néanmoins, ces tensions accrues devraient essentiellement concerner le camp conservateur. On ne prête donc, en Iran, que peu d’attention aux protestations des candidats réformateurs aux dernières législatives, lorsque, par exemple, ils s'interrogent publiquement sur la hausse inexpliquée du nombre des électeurs par rapport à la population réelle… La volée d'insultes qui s’est récemment abattue sur Khatami, qui avait critiqué explicitement la politique d’exportation de la révolution, est aussi une manière de rappeler qu’il y a toujours des "lignes rouges" à ne pas dépasser en Iran.
Dans ce contexte, la prochaine désignation du nouveau chef du parlement va être une indication de ce qui attend Ahmadinejad. L’élection éventuelle de Laridjani, l’un des nouveaux hommes forts des conservateurs, serait, ainsi, une "offensive" directe contre Ahmadinejad.
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