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Pascal Boniface


Obama et McCain, deux visions du monde
par Pascal BONIFACE (Challenges, 24 avril 2008)



Les candidats démocrates divergent radicalement en matière de politique étrangère. Le premier préférerait dialoguer avec les “ennemis”, le second prône l’action militaire.

Le 4 novembre, les Américains auront un vrai choix a effectuer. John McCain et Barack Obama ne se distinguent pas seulement par leur parti, leur âge ou leur couleur. Ils ont aussi une vision très différente des relations que l'Amérique doit entretenir avec le reste du monde. S'ils se rejoignent sur la nécessité de restaurer l'image dégradée de leur pays, leurs remèdes sont opposés.

Le démocrate Barack Obama, l'un des rares à avoir dénoncé la perspective d'une guerre en Irak, plaide pour un retrait rapide des GI. Il ne veut laisser qu'une force résiduelle estimant que le maintien d'une présence militaire américaine massive incite les Irakiens à ne pas s'attaquer à leurs problèmes politiques internes.

Le républicain John McCain, lui, est favorable à un renforcement de la présence militaire américaine afin de gagner définitivement la guerre. Ancien combattant du Vietnam, il ne veut pas d'une nouvelle capitulation. Il compte augmenter un budget militaire qui représente déjà 50% des dépenses mondiales de défense. Il plaide pour une " alliance des démocraties ", qui pourrait agir militairement en s'exonérant des contraintes onusiennes où Russes et Chinois ont un droit de veto. Il est pour une une option militaire contre l'Iran. Il fait de l'extrémisme musulman l'ennemi principal des Etats-Unis, et entend le combattre surtout par des moyens militaires. Il ne prétend pas vouloir exporter la démocratie, contrairement aux néo-conservateurs, il veut juste affirmer les intérêts de Washington, y compris par la force. John McCain ne veut pas non plus renoncer au principe de guerre " préventive ", mis à l'honneur par George W. Bush.

Barack Obama, n'exclut pas le principe de l'option militaire contre l'Iran. Mais, il se dit prêt à dialoguer avec Téhéran. Il estime qu'il ne doit pas y avoir de tabou consistant à refuser les contacts avec des adversaires potentiels. Le refus du dialogue a selon lui renforcé les extrémistes comme le président Ahmadinejad. Il estime ainsi que la priorité stratégique pour Washington se situe au Pakistan et en Afghanistan, où se mène la guerre contre Al-Qaïda. Barack Obama a la vision d'un monde en profonde mutation où l'emploi de la force ne résout pas tous les problèmes, mais peut parfois les aggraver. Il pense que les Etats-Unis doivent davantage jouer sur leur pouvoir de séduction que sur leur capacité de contrainte.

Les deux candidats se sont, en revanche, déclarés tous deux amis d'Israël, faisant de la sécurité de ce pays une priorité. Ils refusent la négociation avec le Hamas, tant que ce dernier n'aura pas reconnu Israël. Mais McCain est le choix de Tel Aviv, qui craint que Obama ne se montre trop réticent à l'usage de la force.

S'il était élu, Obama ne pourrait sans doute pas mener une politique aussi multilatéraliste qu'il le souhaite. Il devra faire face notamment aux résistances du Congrès. McCain, lui, sera plus libre d'appliquer son programme. Ce qui n'est pas rassurant, bien au contraire.


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