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Et si des primaires interminables profitaient aux Démocrates ?
par Barthélémy COURMONT (IRIS, 31 mars 2008)
Depuis la victoire assurée de John McCain dans les Primaires républicaines, de nombreuses analyses « pro démocrates » s’inquiètent de voir des primaires trop longues et trop agressives dans le parti de l’âne profiter au candidat républicain, qui a déjà les yeux tournés vers le 4 novembre. Il est vrai que John McCain, débarrassé de toute concurrence, peut désormais s’atteler à recomposer son parti, qui n’est pas sorti particulièrement divisé de primaires somme toute faciles. Il est vrai aussi qu’à trop se déchirer, les deux candidats démocrates encore en course pourraient diviser de manière inquiétante leur électorat, et certains sondages se sont risqués à mesurer dans quelle proportion les voix d’Hillary Clinton se reporteraient sur Barack Obama en cas de victoire de ce dernier, et vice-versa. Et les résultats indiquent qu’une partie des électeurs déçus du résultat des primaires de leur parti pourraient se jeter dans les bras de McCain. De quoi effrayer ceux qui pensent, du côté démocrate, que cette élection leur est acquise, après huit ans de présidence républicaine. Les médias sont branchés sur la même écoute, et pour tous c’est un fait acquis : plus les primaires démocrates seront longues et engagées, plus McCain en bénéficiera.
Les responsables politiques démocrates se montrent désormais eux-aussi inquiets de ces luttes fratricides qui selon eux n’ont que trop duré. Ainsi, le très influent sénateur Patrick Leahy invitait récemment Hillary Clinton à jeter l’éponge, partant du principe que ses chances sont minces, et qu’elle risque de faire perdre son parti à vouloir ainsi s’acharner à rester en course. Ce à quoi la candidate a répondu que se retirer serait manquer de respect aux électeurs des Etats qui ne se sont pas encore exprimés. Et de rappeler dans le même temps que malgré le blocage actuel, il faudra trouver tôt ou tard trouver une solution pour la Floride et le Michigan, comme pour sous-entendre qu’elle sera bien présente à la convention nationale de Denver en août prochain, et qu’elle n’a pas l’intention de se retirer entre-temps, à moins bien sûr qu’Obama n’enchaîne des victoires qui la prive de toute chance. Mais comme les sondages restent très serrés, l’ancienne first-lady estime, à tort ou à raison, qu’elle conserve toutes ses chances. Toujours est-il que de plus en plus de voix s’élèvent pour se plaindre de ces primaires interminables, et pour réclamer que le moins bien placé des deux candidats, en l’occurrence Madame Clinton, admette sa défaite. Ironie du sort, c’est Barack Obama lui-même qui est venu au secours de son adversaire, pour rappeler qu’elle peut toujours rester en course, et que la victoire n’est pas encore acquise.
Mais pourquoi considérer que des primaires trop longues pour les Démocrates seraient immanquablement bénéfiques aux Républicains ? Le soutien d’Obama à Clinton ne relèverait-il pas finalement d’une habile stratégie visant à poursuivre les primaires pour mieux focaliser l‘attention, et mettre ainsi du candidat républicain au deuxième plan. John McCain fut d’ailleurs le premier à s’inquiéter, au lendemain de la proclamation de sa victoire, de s’effacer derrière Obama et Clinton, et de ne plus mobiliser l’attention des médias. Malgré une tournée à l‘étranger remarquée (en France notamment), et qui lui permit s’affiner sa stature de chef d’Etat, le candidat républicain va rapidement se retrouver, à l’approche des prochaines primaires, dans le rôle du spectateur d’une élection à laquelle il dispose de l’avantage d’être déjà « qualifié » pour le tour décisif, mais dans laquelle il convient de rester en permanence sous les feux des projecteurs, au risque de ne « plus exister ». Certains candidats que l’on pensait bien placés ont fait les frais de cette mise à l’écart, parfois malgré eux. On pense notamment à Rudolf Giuliani, qui à force de se voir dans le fauteuil du candidat républicain, à « oublié » de faire campagne dans les premiers Etats s’exprimant, et a ainsi disparu de la campagne un temps suffisamment long pour voir les électeurs se détourner de lui, et lui préférer des candidats plus visibles, comme McCain ou l’étonnant Huckabee. John McCain sait désormais que si l’écueil des primaires est passé, le plus grand risque pour lui est de perdre l’attention des médias, et donc des Américains et des bailleurs de fonds, dont il aura besoin pour s’assurer une campagne réussie. Le sénateur d’Arizona ne peut se permettre d’attendre son adversaire tandis que celui-ci (ou celle-là) continue de monopoliser les médias, et donc de prendre un avantage en vue du scrutin de novembre. Il n’a ainsi de cesse de critiquer ses adversaires, en particulier le mieux placé, Barack Obama, comme pour rappeler qu’il est toujours bien là, et que cette élection présidentielle américaine ne se résume pas à un affrontement entre Démocrates. Certes, le candidat républicain dispose de solides chances de remporter l’élection en novembre, et il serait erroné de le voir hors course trop rapidement. Mais s’il ne se montre pas lui aussi omniprésent dans les prochains mois, ses chances n’en seront qu’amoindries. Il le sait, et c’est la raison pour laquelle il cherche à tout prix à se mêler aux joutes que se livrent Barack Obama et Hillary Clinton, faisant de cette campagne un étonnant ménage à trois mélangeant primaires et lutte plus traditionnelle Républicains-Démocrates. Décidément, cette campagne n’est vraiment pas comme les autres !
Comme pour confirmer le constat que les Démocrates ne sont pas si inquiets de ces primaires interminables, Obama se montre visiblement confiant sur la capacité des Démocrates à se retrouver au lendemain de la désignation officielle de l’un d’entre eux pour affronter McCain en novembre. Et il pourrait faire preuve sur ce point de clairvoyance. La mobilisation exceptionnelle de l’électorat dans les primaires et caucus démocrates semble indiquer que les Démocrates se passionnent pour le duel Obama-Clinton, et que ces longues primaires, loin de diviser les forces, pourraient au contraire en s’éternisant capter l’attention, et favoriser les Démocrates en novembre. Si un vainqueur était désigné trop rapidement, la tension retomberait d’un cran, et il faudrait tout recommencer après les conventions.
Quant aux sondages, rien n’indique que des électeurs encore enthousiastes derrière leur champion, et aujourd’hui prêts par dépit à rejeter son principal adversaire par vengeance, réagiront de la même manière le jour où on leur demandera de choisir entre quatre ans de présidence démocrate ou une nouvelle administration républicaine ! En d’autres termes, ces sondages n’ont absolument aucune valeur, et sont aussi déplacés que ceux qui donnaient, en décembre 2007, Hillary Clinton et Rudolf Giuliani largeur vainqueur de leurs primaires respectives. En d’autres termes aussi, rien n’est décidément acquis d’avance dans cette élection présidentielle, et penser en mars que des primaires trop longues pour les Démocrates profiteront immanquablement aux Républicains revient soit à lire dans les astres, soit à tirer des conclusions trop hâtives. Au choix !
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