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Ne pas utiliser le boycott à tort et à travers
Pascal BONIFACE par Frédéric Augendre (Le Parisien, 27 mars 2008)
Le camp du boycott des JO gagne-t-il du terrain ?
Ce sont des gens très isolés. Amnesty International, Human Rights Watch ne proposent pas le boycott. Le dalaï-lama non plus. Ceux qui le prônent, et se veulent plus tibétains que les Tibétains, se limitent à quelques intellectuels. Les organisations des droits de l'homme, pour leur part, veulent utiliser les Jeux comme un levier.
Cela changera-t-il au fur et à mesure que les Jeux se rapprocheront ?
Le boycott, c'est la menace ultime, l'arme atomique, on ne peut pas l'utiliser à tort et à travers. Il faut l'employer pour des faits plus que graves : vitaux. Il ne faut donc pas l'exclure, si la situation devenait extrêmement grave au Tibet (lire également en page 8), mais il ne faut pas le brandir de façon automatique. Ceux qui le mettent en avant le font pour des raisons stratégiques, parce qu'ils considèrent la Chine comme une menace pour le monde occidental. C'est le cas de la droite dure américaine et de certains milieux politiques. Il y a aussi ceux qui adoptent une posture.
Et si le boycott était juste une position morale ?
Dans ce cas, il faudrait refuser les Jeux à la Chine, mais aussi l'exclure du CIO, et organiser des Jeux « démocratiques ». Mais alors, peut-on donner les Jeux aux Etats-Unis qui ont déclaré la guerre à l'Irak ? Chacun a des reproches à formuler à l'autre, même si ces deux pays ne sont pas comparables : les Américains votent librement. C'est le même débat que de vouloir accepter à l'ONU les seules démocraties. On ne fréquente que les gens fréquentables, mais qui décide qui est fréquentable ? On finit par ne plus fréquenter personne. Oui, le monde n'est pas parfait. Mais plutôt que s'en retrancher, il faut le rendre meilleur.
« Les caméras éclairent les manquements à la démocratie »
Les Jeux ne sont-ils pas un instrument de propagande pour le régime chinois ?
Evidemment, et c'est vrai pour tous les régimes : la Coupe du monde de football a été un formidable vecteur de publicité pour l'Allemagne. Mais les gens ne sont pas si bêtes, ils ne vont pas penser que la Chine est soudain devenue démocratique parce qu'elle accueille les Jeux.
L'organisation des Jeux ne va-t-elle pas aggraver la répression en Chine ?
Lorsque vous recevez, vous souhaitez donner le meilleur effet à vos visiteurs, et la Chine peut être tentée de se durcir. Sauf que cela ne marche pas, la preuve avec le Tibet. Les caméras du monde entier éclairent les manquements à la démocratie.
Les opposants ne seront-ils pas plus bâillonnés que jamais ?
C'est leur quotidien ; sinon, la Chine ne serait pas la Chine. Il ont des coups de chauffe, il y en aura peut-être dans la préparation des Jeux. Mais les Jeux imposent surtout une certaine obligation de transparence.
Le boycott de l'Afrique du Sud n'avait-il pas accéléré la fin de l'apartheid ?
Le boycott du rugby puis l'exclusion du CIO ont été des claques pour le régime de l'apartheid. Cela a jeté l'opprobre sur l'Afrique du Sud, bafoué l'estime que ses dirigeants avaient d'eux-mêmes. Mais ce qui a fait tomber l'apartheid, c'est le boycott économique qui menait le pays à la catastrophe. Un boycott ne fonctionne que s'il est total. J'attends celui qui proposera le boycott économique de la Chine. Et il n'aurait aucun effet, la Chine se replierait seulement sur elle-même. Ce n'est pas une petite nation comme l'Afrique du Sud.
En somme, le mot d'ordre de boycott vous paraît inopérant.
C'est toujours le boycott de ceux qui ne vont pas aux Jeux. S'ils veulent boycotter, ils n'auront qu'à ne pas allumer la télé. Je comprendrais la position morale du sportif qui dirait « en mon âme et conscience, je ne vais pas à Pékin ». A ceux (NDLR : non sportifs) qui disent boycott, je réponds « Dans quelle discipline concourrez-vous ? » Les partisans du boycott parlent et décident pour les Tibétains, pour les opposants chinois, pour les sportifs, qui ne leur ont rien demandé.
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