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Jean-Pierre Maulny


« Nicolas Sarkozy revient à la doctrine nucléaire de Mitterrand »
Jean-Pierre MAULNY par Vincent Glad (20 Minutes, 21 mars 2008)



Nicolas Sarkozy, recentré depuis peu sur les questions régaliennes, a prononcé vendredi à Cherbourg son premier grand discours sur les questions de défense. Après les audaces de l’ère Chirac en matière de dissuasion nucléaire, le président de la République revient à une doctrine plus classique chère à François Mitterrand.

Il a notamment annoncé une initiative diplomatique de désarmement, une réduction des forces dissuasives françaises tout en restant flou sur les «intérêts vitaux» du pays. Analyse des différentes propositions et déclarations de Sarkozy avec Jean-Pierre Maulny, directeur adjoint de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).

Réduction d’un tiers de la composante aéroportée de la force de dissuasion nucléaire française

«Cela veut dire que la France renoncerait à un tiers de ses Mirage 2000-N et des futurs Rafale équipés de missile air-sol à moyenne portée. Cette annonce ne remet pas en cause la dissuasion nucléaire suffisante qui est assez ample et cela permet de faire de considérables économies. En outre, cela peut être perçu comme un geste de bonne volonté de la France dans le cadre du Traité de non-prolifération nucléaire, mis en danger aujourd’hui. François Mitterrand avait pris une mesure similaire au début des années 90, Sarkozy s’inscrit dans son sillage.»

Ouverture de négociations sur un traité interdisant les missiles sol-sol de portée courte et intermédiaire

«En fait, Sarkozy propose de rendre universel le traité sur les Forces nucléaires intermédiaires (FNI) signé en 1987 par les Etats-Unis et la Russie. En proposant cela, il vise notamment l’Iran qui dispose de ce genre d’armement.»

Négocier un traité d'interdiction de production de matières fissiles pour les armes nucléaires et un moratoire immédiat sur cette production

«Nicolas Sarkozy veut négocier un texte qui interdirait l’enrichissement d’uranium. Cela n’a rien de nouveau: depuis plusieurs années, la communauté internationale discute de l’élaboration d’un traité “Cut-off” qui interdirait la production de matière fissile pour des armes. Mais il est très difficile de se mettre d’accord sur cette question qui désavantage les pays proliférants au profit des grands pays qui ont déjà des stocks.»

Demander que tous les pays ratifient le traité d’interdictions des essais nucléaires

«La Chine et les Etats-Unis ont signé mais n’ont pas ratifié ce traité. Une ratification générale du traité favoriserait les pays proliférants, limitant la puissance de feu des grands pays. C’est donc une contrepartie aux deux propositions précédentes.»

Sarkozy évoque les «intérêts vitaux» de la France, sans les expliciter

«En 2006, Jacques Chirac avait prononcé un discours d’importance où il élargissait les intérêts vitaux de la France à la garantie des approvisionnements énergétiques et à la défense des pays alliés. La démarche a été jugée contre-productive: il vaut mieux rester dans le flou et ne pas préciser quand on va riposter car l’incertitude créée chez l’agresseur le dissuade d’attaquer. D’autre part, la dissuasion en matière énergétique est inapplicable: que faire si un navire-citerne français est coulé dans le Pacifique? Faut-il riposter par une attaque nucléaire? La protection des pays alliés, invoquée par Chirac, posait aussi problème. L’opinion publique allemande, très anti-nucléaire, ne voulait pas se retrouver sous le parapluie nucléaire français.»

Sarkozy déclare que la dissuasion s’applique aux Etats

«Là encore, il revient sur l’héritage de Jacques Chirac qui expliquait que la riposte française pourrait s’appliquer à des Etats ayant recours à des moyens terroristes. Cette formulation était problématique: faut-il répliquer après tout attentat sur le territoire national? Comment prouver formellement les liens entre un Etat et une organisation terroriste? Nicolas Sarkozy revient sur cette ambiguïté en précisant que la dissuasion ne s’applique qu’aux Etats et donc pas aux organisations terroristes. Un vrai retour en arrière.»


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