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Présidence française de l’Union européenne – acte I
par Béligh NABLI (IRIS, 17 mars 2008)
Chaque Présidence (du Conseil) de l’Union européenne est un évènement politico-institutionnel national et européen. La dernière expérience de la France en la matière remonte à 2000 (du 1er juillet au 31 décembre). Elle constitua un temps fort de la construction européenne, avec la conclusion de deux textes essentiels. La Présidence française de l’Union - assurée alors en pleine période de cohabitation entre le Président Jacques Chirac et le Premier ministre Lionel Jospin - avait en effet été le théâtre de laborieuses négociations intergouvernementales ponctuées par la signature du traité de Nice, globalement décevant mais toujours en vigueur. Aussi, la Présidence française fut-elle marquée par la proclamation solennelle de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne. Il s’agit là d’un texte symboliquement fort, incarnant les nouvelles ambitions politiques et constitutionnelles de l’Union. Le prochain exercice s’inscrit dans un contexte différent, mais tout aussi intense.
Au second semestre 2008, la France assurera donc sa douzième Présidence (du Conseil) de l’Union européenne. Elle coïncide avec un mouvement de relance du processus d’intégration européenne censé se matérialiser par l’entrée en vigueur d’un nouveau traité, certes moins ambitieux que la défunte Constitution, mais porteur d’avancées institutionnelles et matérielles non négligeables. A ce titre, la Présidence française de l’UE interviendra à une date charnière. Cette situation implique que la France devra proposer à ses partenaires des instruments juridiques trouvant leur fondement dans les dispositions actuelles du traité sur l’Union européenne et du traité instituant la Communauté européenne, tout en se projetant vers l’avenir en tenant compte des nouvelles modalités d’intervention prévues par le traité de Lisbonne. L’Union européenne n’est pas pour autant sortie de sa crise existentielle.
Conscient de l’enjeu et animé par un volontarisme politique indéniable, le Président français, Nicolas Sarkozy, se targue d’être le catalyseur de la relance de l’Europe. Pourtant, l’espace politique national et les règles du jeu institutionnel français ne se confondent pas avec celles qui règnent au sein d’une Union élargie à 27 États. Le « Monarque républicain » français, même en charge de la Présidence de l’UE, n’a pas les moyens de « régner » sur l’Europe. De surcroît, si le Président de la République définit la politique européenne de la France, durant six mois, il devra concilier cette fonction diplomatique traditionnelle avec les obligations qui incombent à toute Présidence de l’UE. En d’autres termes, Nicolas Sarkozy devra défendre les intérêts de la France, sans ignorer l’intérêt général de l’Union. Celle-ci n’est pas la « chose » de la France : il s’agit d’un champ d’action élargi à 27 acteurs étatiques, et dont les peuples ne veulent plus être exclus. Au-delà de la question du prétendu leadership français, le moteur franco-allemand, lui-même, pour ne pas tomber en désuétude ou dans la mythologie européenne, doit être repensé sur des bases nouvelles. Plus largement, la Présidence française de l’Union ne doit pas être préparée et conçue de manière autarcique : Paris doit travailler avec Bruxelles et les autres capitales nationales, et ce dans l’intérêt des peuples de l’Europe. L’unilatéralisme n’est donc pas de mise. Pour être ambitieuse, toute Présidence doit aussi savoir rester modeste. Pour l’avoir oublié, Silvio Berlusconi, alors Président du Conseil italien en charge de la Présidence de l’Union, a échoué dans sa tentative maladroite et désordonnée de rallier la Pologne et l’Espagne au projet de Constitution européenne (1er semestre 2003).
L’avertissement ne doit pas annihiler la force de proposition et d’orientation de la Présidence française. Au contraire, l’un des défis majeurs auquel elle sera confrontée résidera dans sa capacité de concevoir et de promouvoir une vision de la France dans l’Europe et de faire porter la voix de l’Europe dans le monde. État fondateur des Communautés et de l’Union européennes, la France n’a cessé de projeter dans la construction européenne son ambition d’agir sur le monde. Derrière la Présidence de l’UE se profile ainsi une ambition nationale, une vision de la France dans le monde, où l’avenir de l’Union et de la France sont étroitement liés. Lors de la Conférence annuelle des ambassadeurs, lundi 27 août 2007, Nicolas Sarkozy a manifesté sa volonté de « replacer la France au cœur de l’Europe » et sa conception de la participation de la France à la construction européenne : « il n’y a pas de France forte sans l’Europe, et il n’y a pas d’Europe puissante sans la France (…). L’émergence d’une Europe forte, acteur majeur sur la scène internationale, peut contribuer de façon décisive à la reconstruction de cet ordre mondial plus juste, plus efficace que réclament nos peuples » (1) . Certes, cette approche n’est pas propre à la France. Toutefois, il convient de prendre garde contre la tentation d’une instrumentalisation de la présidence de l’UE, dans le sens d’une valorisation/promotion de la France, de ses priorités et de sa propre conception de la construction européenne. Dans le même ordre d’idée, un autre écueil devra être évité : la personnalisation de la présidence française.
(1) Le Monde, « M. Sarkozy joue la carte Barroso pour une Europe plus volontariste », 1er septembre 2007.
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