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La participation sera un indicateur de la légitimité du pouvoir
Thierry COVILLE par P.B. (L’Humanité, 14 mars 2008)
Y'a-t-il un enjeu réel dans ces élections législatives ?
Il y a un enjeu dans le sens où existe dans le pays un mécontentement vis-à-vis de la politique menée par le gouvernement actuel. Pour le camp des conservateurs proche du président Ahmadinejad, il convient d’essayer de ne pas subir une défaite lors de ces élections. Ce qui préoccupe le plus les gens sont les problèmes économiques. En Iran l’inflation atteint en moyenne 20 % par an. Elle est encore plus élevée en ce qui concerne les logements. Le taux de chômage est fort, notamment chez les jeunes. Il y a un très fort mécontentement au sein de la population. Ensuite, selon certains groupes il y a des griefs spécifiques. Par exemple il y a une répression très forte de l’opposition, une partie du secteur privé n’est pas contente estimant que la politique radicale entraîne un isolement politique et économique. Mais globalement c’est la situation économique qui est en avant.
Est-ce que face à cela il y a un gouvernement homogène ? Est-ce que le clan conservateur est homogène ? Et, d’ailleurs, faut-il encore parler de conservateurs et de réformateurs ?
Il y a une signification dans la mesure où il y a une lutte qui a été réelle entre les deux camps conservateur et réformateur. Mais maintenant c’est un peu plus compliqué. Pour ces élections, les conservateurs modérés ou pragmatiques, proches de Hachémi Rafsandjani (l’ancien président iranien et candidat malheureux contre Ahmadinejad en 2005 - NDLR), se sont alliés aux réformateurs qui eux sont proches de l’ancien président Khatami. Et même à l’intérieur du camp de ceux qui soutiennent Ahmadinejad vous avez même une liste de gens qui se disent indépendants. Vous avez raison, il y a plusieurs camps chez les conservateurs qui tentent de distancier leurs positions vis-à-vis du gouvernement qu’ils savent très impopulaire.
Ces élections ont-elles une signification dans la mesure où les candidats sont déjà sélectionnés ?
Il faudra regarder le taux de participation qui sera un élément très important. S’il y a un taux de participation qui approche les 60 %, ce sera un succès pour le régime. À la télévision iranienne il y a des appels incessants pour la participation électorale. Le guide de la révolution, Ali Khamenei, vient d’intervenir dans ce sens. Le régime ne s’y trompe pas, la participation sera un élément de sa légitimité. Ensuite, il semble que les listes des réformateurs ou des conservateurs modérés ne pourraient avoir qu’au maximum 50 % des sièges s’ils sont élus. Il n’empêche. Si la plupart des candidats réformateurs sont très largement élus ou que les candidats proches du gouvernement sont battus, ce sera un signal envoyé au pouvoir.
Est-ce qu’il y a toujours une révolution en cours en Iran ?
Ce que j’ai écrit dans mon livre (1) est toujours d’actualité. Il y a une société qui s’est modernisée et qui attend une évolution du système politique - c’est pour cela que le taux de participation sera important - et un régime dont une partie a compris qu’il fallait tenir compte de ces évolutions sociales. Mais il y a encore une bataille avec les éléments qui sont toujours partisans d’une affirmation d’une politique un peu plus idéologique.
(1) Iran, la révolution invisible. Éditions La Découverte.
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