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Barthélémy Courmont
OBSERVATOIRE DES ÉLECTIONS AMÉRICAINESObservatoire des élections américaines

Quel ticket pour les Démocrates ?
par Barthélémy COURMONT (IRIS, 10 mars 2008)



Après la victoire assez nette de Barack Obama au Wyoming, certes anecdotique en nombre de délégués (le Wyoming étant l’un des Etats les moins peuplés), et avant le Mississippi, l’activité politique du weekend au sein du parti démocrate s’est portée sur les perspectives d’un ticket, à l’heure où les Républicains ont déjà le regard porté sur le 4 novembre, tandis que les deux candidats démocrates continuent leur campagne difficile et souvent (trop) agressive. Il faut dire en effet qu’après le Mississippi, la Pennsylvanie sera le prochain Etat à se prononcer, mais le 22 avril, soit dans plus d’un mois. La course aux Primaires va donc connaître une pause, et c’est sur d’autres terrains que les candidats vont devoir s’affronter, avec en ligne de mire les super délégués.

Le camp Clinton s’est montré très actif sur la question du ticket présidentiel, en invitant Obama à rejoindre la campagne de la sénatrice de New York et accepter d’être candidat à la vice-présidence. Bill Clinton, pourtant en retrait ces dernières semaines après avoir été critiqué pour ses interventions trop marquées, et contre-productives, dans la campagne de son épouse, est remonté au créneau, avec comme slogan le rassemblement de toutes les forces du parti en vue de vaincre John McCain. Pour l’ancien président, les Démocrates disposent d’une opportunité historique de reprendre la Maison-Blanche, à condition de se montrer unis. C’est ainsi qu’il a proposé à Obama de composer un ticket, dans lequel ce dernier accepterait le second rôle.

Problème, et pas des moindres, le sénateur de l’Illinois est toujours, assez nettement, en tête en nombre de délégués, et si les résultats d’Hillary Clinton le 4 mars ont été encourageants, ils ne lui permettent pas de revenir à hauteur de son rival. L’écart est resté sensiblement le même (une centaine de délégués d’avance pour Obama, selon différentes sources), ce qui nous invite à penser qu’Obama est paradoxalement aujourd’hui plus que le 3 mars proche d’une victoire finale. A condition bien entendu de maintenir un bon score dans les Etats restant à s’exprimer (et le Wyoming n’était que la première étape), de séduire les super délégués, et éventuellement de faire un bon score dans d’hypothétiques nouveaux scrutins organisés en Floride et dans le Michigan. Mais mathématiquement, il suffirait tout simplement au sénateur de l’Illinois de faire match nul avec sa rivale dans les derniers Etats, ou même d’arriver juste derrière elle en maintenant une marge étroite (comme au Texas), pour s’assurer le nombre de délégués suffisant. Bref, là où Obama peut encore se permettre d’attendre que la campagne se passe, Clinton doit développer les stratagèmes les plus habiles pour rattraper son retard, et la main tendue en est une des facettes.

Car il ne faut pas se faire d’illusion : à ce stade des Primaires, Hillary Clinton est en grande difficulté, et le résultat du 4 mars n’est que l’arbre qui cache la forêt. Le potentiel des derniers Etats ne devrait pas, sauf catastrophe pour le camp Obama, lui permettre de refaire son retard, et ce n’est donc que grâce à l’appui des super délégués qu’elle pourra éventuellement remporter l’investiture. En envoyant un message de « responsabilisation » à son adversaire, la sénatrice de New York s’adresse surtout à ces super délégués, en se présentant comme la réunificatrice du parti.

Pari difficile pour Hillary Clinton cependant. Les tractations en vue de composer un ticket se font généralement au moment où l’un des candidats dispose d’une avance suffisamment importante pour lui assurer l’investiture. Il peut alors se lancer dans un effort de réunification du parti, en vue d’aborder l’élection générale. Mais comme il reste encore des électeurs à convaincre, et des super délégués à séduire, la main tendue de Madame Clinton pourrait être perçue par certains comme une manœuvre politique désespérée, et ainsi se retourner contre elle. Il est en effet assez rare, voire totalement inédit, de voir un candidat en deuxième position et en difficulté, comme nous l’avons rappelé, proposer à celui qui est en tête de se rallier à sa candidature ! Certains cadres du parti démocrate ralliés à Obama, notamment John Kerry, n’ont ainsi pas manqué de moquer les manœuvres du clan Clinton.

Mais il y a néanmoins, chez les Démocrates, urgence à trouver des moyens de s’entendre. Howard Dean a lui aussi donné le ton, en invitant les deux candidats à se responsabiliser, et surtout celui ou celle qui arrivera finalement en seconde position à accepter la défaite, et se rallier au vainqueur. Mais sans évidemment préciser dans quel ordre. Bref, la perspective d’un ticket Obama-Clinton, ou Clinton-Obama semble de plus en plus concrète, mais elle reste encore au stade des manœuvres politiques, et il faudra attendre d’autres résultats pour que l’un des deux candidats se résigne à accepter sa défaite, et dans la foulée se rallier à la candidature concurrente. Et à ce petit jeu, aucun des deux candidats ne semble à l’heure actuelle disposé à renoncer à l’investiture.


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