Institut de Relations Internationales et Stratégiques - Accueil
english version  

 
FLUX RSS Flux RSS

 
imprimer la page  envoyer cet article à un ami   
Pascal Boniface


Poutine est, lui, prophète en son pays
par Pascal BONIFACE (Challenges, 6 mars 2008)



Sous l’ex-président, les revenus ont augmenté de 7% par an, et la Russie a retrouvé le respect dû à une grande puissance. En tant que consommateurs et patriotes, les Russes apprécient.

Les Russes viennent de désigner leur nouveau président, Dmitri Medvedev. Mais l'homme fort du régime restera Vladimir Poutine. Il a, après huit ans de pouvoir, un taux de popularité de 70% en Russie. Cela contraste fortement avec son image négative dans les médias occidentaux.

Aux yeux des Russes, Poutine est l'homme du redressement de leur pays. Le PNB avait été divisé par deux entre 1991 et 2000, sous Boris Eltsine. Un tel désastre économique ne se rencontre habituellement qu'en temps de guerre. Sur la scène internationale, la Russie était devenue un pays qui ne comptait plus. Depuis l'arrivée de Poutine, les revenus des citoyens russes ont augmenté de plus de 7% par an. On assiste à un fort développement de la classe moyenne qui représente entre 20 et 30% de la population, et dont la consommation fait tourner l'économie. Il n'y a plus, comme il y a dix ans, soit des oligarques très riches, soit des Russes très pauvres. L'objectif est d'amener ce pourcentage de classes moyennes à 70% de la population. La dette publique a été remboursée par anticipation.

Enfin, avec Poutine, la Russie est de nouveau respectée à l'étranger et parfois redoutée. Elle a fait un retour en force sur le plan diplomatique et est redevenue une grande puissance.

De nombreux Russes voient dans la démocratie à la mode occidentale un risque de bouleversements inutiles et dangereux. Ils associent les " libéraux occidentaux " aux tourments économiques des années 1990. Boris Eltsine, si bien vu à l'étranger, est tenu pour responsable de la ruine du pays.

Tout n'est cependant pas rose pour la Russie. Elle doit d'abord faire face à un grave défi démographique. Il y avait 148 millions d'habitants en 1992, il y en a 143 millions en 2006. Selon les tendances actuelles, la Russie pourrait compter 126 millions d'habitants en 2025. Poutine a utilisé le terme de " catastrophe démographique ". Cette année, pour la première fois, le nombre de naissances a été supérieur à l'année précédente. L'espérance de vie est de 59 ans pour les hommes, 72 ans pour les femmes, chiffres essentiellement dus à l'alcoolisme. La corruption y est très forte : la Russie est désormais au 143ème rang sur 179 dans le classement de Transparency International.

A l'horizon 2020, Poutine veut ainsi bâtir un secteur productif concurrentiel de niveau mondial et sortir de l'économie de rente basée sur les matières premières énergétiques. Il faut pour cela mettre l'accent sur l'éducation (un point fort, y compris dans la période soviétique), la santé, le logement, le soutien à la famille.

Poutine est donc perçu comme l'homme du redressement, par rapport à la faillite Eltsine, par ailleurs loin d'avoir été un démocrate. Si le Russe comme citoyen aurait motif à se plaindre (mais ce n'était pas mieux avant), comme consommateur et patriote, il ne peut que se réjouir. C'est pourquoi Poutine, si contesté dans les pays occidentaux, est si populaire en Russie.


Institut de Relations Internationales et Stratégiques
2 bis, rue Mercoeur - 75011 PARIS
Tél. : 33 (0) 1 53 27 60 60 – Fax : 33 (0) 1 53 27 60 70
contact@iris-france.org