Institut de Relations Internationales et Stratégiques - Accueil
english version  

 
FLUX RSS Flux RSS

 
imprimer la page  envoyer cet article à un ami   
Olivier Guillard


Ce n'est pas l'équation idéale mais c'est la moins mauvaise
Olivier GUILLARD par Alexandra Nawawi (20 Minutes, 19 février 2008)



La défaite du camp de Pervez Musharraf est-elle une bonne nouvelle pour la démocratie ?

Les deux partis victorieux, celui de la dynastie Bhutto et celui de l'ancien Premier ministre Nawaz Sharif, incarnent le renouveau démocratique du Pakistan. Ils portent véritablement l'appel populaire à la fin de l'administration militaire, qui a régi le pays durant près de 40 ans. Mais la meilleure nouvelle pour la démocratie est la bonne tenue des élections, malgré le climat très tendu dans lequel elles se sont déroulées. Les résultats sont conformes aux sondages d'avant vote et le taux de participation a été conforme à la moyenne. Il s'établit autour de 40%.

Quels sont les principaux enseignements de ce scrutin ?

Il faut tout d'abord noter la contre-performance du parti islamiste, le Muttahida Majlis-e-Amal (MMA), qui passe de 50 à 3 sièges dans la nouvelle assemblée. Ce résultat montre bien que la société pakistanaise ne tourne pas le dos à la modernité et refuse l'islamisation. C'est un signal fort qui retentira au-delà des frontières du Pakistan. Il faut ensuite remarquer que les craintes de trucage ont été démenties. Cela prouve qu'on devrait se remettre dans le bon sens.

Qu'est-ce qui rapproche les deux partis victorieux ?

Ces deux partis ont beaucoup de désaccords: l'idéologie, la base populaire sur laquelle ils s'appuient… De plus ils ont des positions diamétralement opposées à l'endroit de Musharraf. Le parti de la dynastie Bhutto a fait savoir qu'il pourrait travailler avec l'équipe du président, tandis que celui de Nawaz Sharif s'interdit toute coalition de ce genre. C'est une sorte de mariage contre-nature qui devrait se mettre en place. Ce n'est pas l'équation idéale, mais c'est la moins mauvaise.

Leurs victoires va-t-elle permettre de mettre un terme à la crise politique que traverse le Pakistan depuis deux ans ?

Le Pakistan affronte de multiples problèmes: développement de la violence, crise économique qui engendre une grave paupérisation de la société et une famine importante, inflation considérable… Ces problèmes ne vont pas s'évanouir après les élections, mais leur résolution devra prendre en compte une nouvelle équation du pouvoir. Ces grands dossiers seront gérés non plus par l'autorité seule du président Musharraf, mais de manière conjointe par la présidence, l'armée et le gouvernement, légitime aux yeux du peuple.


Institut de Relations Internationales et Stratégiques
2 bis, rue Mercoeur - 75011 PARIS
Tél. : 33 (0) 1 53 27 60 60 – Fax : 33 (0) 1 53 27 60 70
contact@iris-france.org