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Revue de presse
Laure Delcour


La Russie après Poutine : les défis de la modernisation et de l’innovation
par Laure DELCOUR (IRIS, 13 février 2008)



Dans un discours prononcé le 8 février devant le Conseil d’Etat, Vladimir Poutine a dressé un bilan positif de ses deux mandats au Kremlin, tout en soulignant les efforts qu’il reste à accomplir et en esquissant les priorités pour la Russie au cours de la prochaine décennie. La voie semble ainsi toute tracée pour son successeur, qui aura pour tâche de consolider la modernisation de l’économie, l’amélioration de la qualité de vie et la place de la Russie sur la scène internationale.

Stabilité, unité et confiance retrouvées : ce sont là les accomplissements des huit années écoulées, selon Vladimir Poutine. Le président russe a rappelé à quel point la Russie dont il a hérité de Boris Eltsine était un Etat faible et désorganisé.

La ligne directrice de la présidence Poutine est sans conteste la restauration de l’intégrité territoriale du pays. Selon l’actuel chef de l’Etat, la Russie de la fin des années 1990 s’apparentait à une mosaïque de territoires, dont certains s’étaient déclarés souverains ou avaient adopté des lois contraires à celles de la Fédération. La « verticale du pouvoir » est aujourd’hui rétablie, les compétences entre le centre et les sujets de la Fédération clairement délimitées, alors que de nouvelles compétences ont été dévolues aux régions en matière économique et social. La seconde réussite présentée par Vladimir Poutine est d’ordre économique. La Russie de 2008 est un pays en pleine croissance (8,1% en 2007), ouvert sur le monde, un pays où l’on investit. Enfin, la Russie de 2008 est de retour sur la scène internationale « en tant qu’Etat fort, avec lequel il faut compter », capable de protéger les intérêts de ses citoyens comme de ses entreprises.

De ce tableau indubitablement positif, Vladimir Poutine gomme plusieurs traits noirs. La restauration de l’ordre constitutionnel et la préservation de l’unité territoriale ont pour corollaires un renforcement de la concentration des pouvoirs et une diminution des libertés. La suppression de l’élection des gouverneurs, désormais choisis sur une liste de candidats désignés par le Président, est passée sous silence, de même que les exactions commises en Tchétchénie. La présentation de l’avant/après Poutine dans la république caucasienne est particulièrement édifiante : la Tchétchénie séparatiste, terroriste, porteuse de risques de contagion pour l’ensemble du Caucase du Nord a fait place à une région en plein redressement économique, qui a tenu des élections parlementaires et présidentielles « démocratiques ». De même, l’évolution politique de la Russie ne fait pas l’objet d’un examen approfondi dans la mesure où elle est, dans le discours présidentiel, justifiée par l’intérêt national. Selon Vladimir Poutine, une démocratie importée de l’Occident ne conduirait qu’à l’affaiblissement de la Russie et au morcellement du paysage politique. La démocratie à la russe doit au contraire être centrée sur quelques grands partis, pour correspondre à la fois à la culture politique russe et à l’impératif d’unité nationale. Enfin, Vladimir Poutine ne s’interroge pas sur la nature du « capital de politique étrangère » accumulé par la Russie en huit ans, qui lui permet aujourd’hui de défendre ses intérêts sur la scène internationale. La logique d’opposition à l’Occident qui guide la diplomatie russe, son incapacité à apparaître comme une force de proposition, ses difficultés à développer des partenariats durables sont pourtant des facteurs inquiétants pour l’influence internationale de la Russie, qui à terme nuisent aux intérêts nationaux.

Dans ce contexte, l’approche « résolument auto-critique » de Vladimir Poutine se résume à une analyse des déséquilibres qui persistent dans l’économie et la société russes. Pour ces défis socio-économiques, le Président développe en revanche une approche globale et de long terme. La faible productivité, la place de l’énergie dans la croissance russe, mais aussi la situation démographique, les inégalités sociales, sont identifiés comme autant de facteurs de risque à terme. Pour Vladimir Poutine, l’effort de modernisation de la Russie passe par des réformes systémiques dans deux secteurs-clés délaissés pendant les années 1990, l’éducation et la santé. C’est en développant son « potentiel humain » que la Russie pourra relever le défi majeur auquel elle est confrontée, celui de l’innovation. Vladimir Poutine laisse cependant à ses successeurs le soin de déterminer comment : c’est à Dmitri Medvedev et à son futur Premier ministre qu’échoit la tâche d’élaborer un concept de développement économique et social jusqu’en 2020 et le plan d’action correspondant.

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