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Quel avenir pour les relations Russie-Ukraine ?
par Laure DELCOUR (IRIS, 11 février 2008)
Les récentes déclarations de Gazprom menaçant l’Ukraine d’interrompre une partie de ses livraisons de gaz remémorent les tensions de l’hiver 2006, en même temps qu’elles semblent annoncer une nouvelle détérioration des relations entre Moscou et Kiev. Pourtant, plusieurs éléments jouent en faveur d’un apaisement entre les deux pays.
Le retour au pouvoir de Ioulia Timochenko n’a certes pas été accueilli de façon enthousiaste par la Russie, qui s’est pourtant gardée d’intervenir, échaudée par l’échec cuisant qu’a représenté la révolution orange pour sa politique étrangère. L’annonce par le Premier ministre ukrainien d’une prochaine révision à la hausse des tarifs de transit pour le gaz russe augurait de négociations énergétiques difficiles entre Moscou et Kiev. Alors que 80% du gaz russe transite par l’Ukraine, l’objectif, selon le ministre ukrainien de l’Energie Iouri Boïko, est de faire coïncider la fourchette des prix avec les intérêts économiques du pays. C’est dans ce contexte que Gazprom a exigé de l’Ukraine le paiement d’arriérés de dettes (estimé par le groupe à 1,5 milliard de dollars) correspondant au gaz russe livré pour pallier l’insuffisance des approvisionnements originaires d’Asie centrale. Ces menaces alimentent les rivalités intra-ukrainiennes entre le Président et son Premier ministre, Viktor Iouchtchenko considérant les déclarations de Gazprom comme une riposte aux annonces « populistes » de Ioulia Timochenko.
Alors que la situation de l’hiver 2006 semble se répéter, plusieurs éléments jouent en faveur d’un apaisement entre Kiev et Moscou. Du côté ukrainien, le premier motif de satisfaction est l’arrestation à Moscou, le 24 janvier, du parrain Semion Mogilevich, soupçonné de liens avec l’opaque société RosUkrEnergo qui détient un monopole pour les livraisons de gaz à Kiev. En même temps qu’elle indiquait revoir les tarifs du transit gazier, Ioulia Timochenko a d’ailleurs réitéré son intention d’éliminer les sociétés jouant un rôle intermédiaire, auxquelles elle s’est toujours montrée hostile. Du côté russe, l’annonce de la tenue du référendum sur l’éventuelle adhésion de l’Ukraine à l’OTAN a sans doute été accueillie avec soulagement. Ce recours au vote populaire était inscrit dans le programme de coalition élaboré par le Bloc Ioulia Timochenko-Notre Ukraine-Autodéfense. Sa confirmation par le Premier ministre apparaît comme un geste en direction de Moscou, pour qui l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN est inacceptable ; l’hostilité d’une bonne partie de la population ukrainienne à ce projet en éloigne en effet la perspective.
Les visites à Moscou du président Iouchtchenko ce lundi, puis celle de Ioulia Timochenko le 21 février, devraient clarifier les règles du jeu énergétique et poser les jalons des relations russo-ukrainiennes pour l’après-Poutine. Dans ce contexte, l’adhésion de l’Ukraine à l’OMC – avant la Russie – est un élément essentiel, qui confère à Kiev une marge de manœuvre supplémentaire dans ses relations commerciales avec Moscou. Il est toutefois peu probable que l’Ukraine entre en conflit avec la Russie en multipliant les exigences quant à l’adhésion de cette dernière à l’OMC ou en la bloquant purement et simplement. Au contraire, selon le président Iouchtchenko, l’Ukraine fera en sorte que la Russie entre à l’OMC le plus tôt possible. Kiev pourrait ainsi utiliser les procédures de l’OMC pour régler ses contentieux bilatéraux avec la Russie, une fois que celle-ci aura rejoint l’organisation. Alors que les deux pays ont engagé le processus d’adhésion à peu près au même moment, Kiev semble ainsi disposer d’un nouveau levier d’influence, certes limité, dans la mesure où l’OMC ne traite pas le dossier énergétique, mais dont l’impact symbolique n’est pas négligeable.
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