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Barthélémy Courmont
OBSERVATOIRE DES ÉLECTIONS AMÉRICAINESObservatoire des élections américaines

Le fantôme de JFK
par Barthélémy COURMONT (IRIS, 28 janvier 2008)



Difficile d’être un candidat démocrate aux Etats-Unis. Les Primaires sont souvent l’occasion d’une lutte à bâtons rompus avec des concurrents de poids ; le scrutin final, contre le vainqueur du camp républicain, est une bataille souvent difficile qui, au cours des quatre dernières décennies, a trop souvent été perdue. Mais ces difficultés semblent s’effacer devant le poids de l’histoire. Aux Etats-Unis, quand on pense au parti démocrate, on ne peut négliger Woodrow Wilson ou Franklin Delano Roosevelt, le seul président à avoir été élu à quatre reprises, certes dans un contexte international très particulier. Il est aussi, et surtout, le plus grand réformateur que ce pays a connu au XXème siècle, et sa politique du New Deal, instaurée pour répondre aux effets de la crise de 1929, est encore considérée comme une référence de premier plan, et son auteur un président d’exception. Un homme cependant est parvenu à s’imposer comme un homme du changement, et son destin a marqué à jamais l’histoire des Etats-Unis : John Fitzgerald Kennedy.

Premier président catholique dans un pays à majorité protestante, Kennedy marqua des générations entières d’Américains par son charisme et le message d’espoir qu’il portait lors de la campagne de 1960, puis une fois président. 45 ans après sa mort, les Démocrates continuent de le citer comme référence à ce à quoi devrait ressembler le parfait candidat du parti de l’âne. En fait, cette fascination, qu’elle soit légitime ou non, ne s’est jamais éteinte. Tous les candidats démocrates à l’investiture suprême, ou presque, eurent droit à des comparaisons avec Kennedy. On pense notamment à Jimmy Carter, président de 1977 à 1981, qui ne parvint pas dans l’esprit de beaucoup à ressusciter le fantôme de son prédécesseur. On pense à Michael Dukakis, candidat malheureux contre George W. Bush en 1988, présenté à l’époque comme un candidat « différent », de par ses origines grecques et donc, à la manière de Kennedy, non WASP. Plus près de nous, on pense bien sûr à John Kerry, qui serait devenu en cas de victoire le deuxième président, après Kennedy, de confession catholique. On note au passage que ces comparaisons eurent souvent des effets négatifs pour les candidats démocrates.

Mais ceux qui parvinrent à passer le cap de l’élection ne furent pas en reste. Ou plutôt celui, car depuis Kennedy, le seul candidat démocrate revendiquant son héritage (Johnson entrant difficilement dans cette catégorie), à avoir été réélu (test suprême), ne fut autre que Bill Clinton. Candidat non expérimenté lors de sa première élection en 1992 (comme Kennedy en 1960), opposé à un candidat particulièrement expérimenté, George Bush, ancien vice-président de Reagan et président sortant (Kennedy était opposé à Nixon, vice-président en exercice), jeune et dynamique, proposant une sorte de contrat pour l’Amérique, les comparaisons ne manquent pas.

Cette élection 2008, avec des candidats aussi charismatiques que particuliers côté démocrate, est à nouveau l’occasion de ressusciter le fantôme de JFK, les principaux candidats n’hésitant pas à revendiquer son héritage, et leurs équipes de campagne à faire des comparaisons. Les médias ne sont pas en reste. Comme s’il fallait, à chaque nouvelle campagne présidentielle, trouver le nouveau Kennedy dans le camp démocrate, celui qui serait capable, par sa seule présence à la Maison-Blanche, de changer en profondeur la façon de gouverner. Ce thème du changement, par lequel les Démocrates aiment se définir, est particulièrement présent dans cette campagne. On pense à Hillary Clinton, et l’idée selon laquelle une femme à la Maison-Blanche apporterait le changement. On pense aussi à Barack Obama, qui en a d’ailleurs fait son slogan de campagne. Celui qui, en cas de victoire, serait le premier président noir des Etats-Unis, n’hésite pas à jouer sur son éloquence, son charisme, et rappelle à ses supporters Kennedy, allant même jusqu’à trouver dans le « clan » Kennedy, traditionnellement attaché aux Clinton, des adeptes de plus en plus tentés par le phénomène Obama.

La fille de l’ancien président, Caroline Kennedy, a ainsi apporté son soutien à Obama, en référence à son père, dont elle retrouve certaines caractéristiques cher le récent vainqueur de la Caroline du Sud. Quand on sait qu’elle officie au New York Times, quotidien qui s’est plutôt positionné en faveur d’Hillary Clinton, sénatrice de New York, cet engagement n’est pas anodin. Elle a écrit dans le New York Times à ce sujet que « Je n’ai jamais eu un président qui m’a inspiré de la façon dont les gens m’ont dit que mon père les avait inspiré. Mais pour la première fois, je pense avoir trouvé l’homme qui pourrait être ce président - pas seulement pour moi mais pour une nouvelle génération d’Américains ».

Mais c’est surtout le choix de Ted Kennedy, dernier frère de JFK et sénateur du Massachusetts (et l’un des sénateurs les plus influents), de se rallier à Obama qui pourrait faire des vagues. On sait en effet qu’il avait dans un premier temps apporté son soutien à Madame Clinton, et il s’agit donc du premier revirement de poids dans cette campagne. A moins de dix jours du Super Tuesday, il pourrait avoir une importance cruciale, notamment dans des Etats où Obama semblait distancé par Hillary Clinton. On trouve cependant encore, dans le « clan », des soutiens à la sénatrice de New York, preuve s’il en est de la difficulté des Démocrates, et plus encore de ceux qui revendiquent l’héritage de JFK, à trouver leurs marques.

Cette difficulté à exister en tant que candidat démocrate en référence constante à JFK est décidément aussi constante que la référence à l’ancien président, qui s’invite une nouvelle fois dans les primaires du parti de l’âne. Et de se demander qui JFK lui-même soutiendrait s’il était encore en vie.


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