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Guerres, exodes, coups d’état : les zones de conflits sont partout en Afrique. le football reflète, a sa façon, toutes ces tensions
Pascal BONIFACE par Alexis Billebault (Sport & Vie, janvier-février 2008)
Le géopolitologue Pascal Boniface est le fondateur de l'IRIS. Il a publié récemment 50 idées reçues sur l'Etat du monde aux éditions Armand Colin. C'est aussi un passionné de football.
Les matchs entre le Togo et le Mali se sont soldés par de véritables chasses à l'homme. Pire encore que ce que l'on peut voir en Europe.
Pire, je ne sais pas… Rappelez-vous simplement le match entre le PSG et Tel Aviv en novembre 2006. La différence se trouve plutôt dans la prise en charge du problème. Et dans ce cas précis, je ne comprends pas la mansuétude des autorités. Des supporters maliens ont été tabassés sur la pelouse et en ville. Qu'est-ce qu'on propose ? Le Togo ne pourra pas disputer ses trois prochaines rencontres d'éliminatoires de la Coupe du Monde 2010 à domicile. C'est tout ! Je trouve cela scandaleux. Sous prétexte que cela se passe en Afrique et qu'il faut être compréhensif, on passe l'éponge sur des événements qui auraient pu être dramatiques. Le pouvoir n'a rien fait pour prévenir ces incidents et pas grand chose pour les faire cesser.
Serait-ce parce que le football est souvent utilisé comme outil de propagande ?
C'est vrai, mais ce n'est pas seulement en Afrique. On peut trouver des exemples partout. A commencer par la France. Que s'est-il passé de si différent lors de la Coupe du Monde de rugby ? On a vu Nicolas Sarkozy qui assistait aux matchs en compagnie de plusieurs ministres. Et évidemment, ils espéraient tous tirer un profit politique d'une bonne campagne de la France. Mais ce sont là des paris risqués. En cas de défaite, surtout. Et même en cas de victoire. On peut être fervent supporter de son pays sans adhérer forcément à la politique du gouvernement. En Afrique comme ailleurs. Le Togo s'est qualifié pour la Coupe du Monde 2006, mais de là à ce que la population signe un blanc-seing au Président Faure Gnassingbé…
Parfois, cette compromission des pouvoirs sportifs et politiques aboutit à des extrêmes. On a vu des joueurs se faire jeter en prison pour un mauvais match.
Le football n'est rien d'autre que le reflet de la société. Les cas que vous évoquez concernent des pays dont les régimes étaient répressifs. Il n'y a pas qu'en Afrique que des cas similaires ont été signalés. Ouddaï Hussein, l'un des fils de Saddam, n'avait pas supporté une défaite de l'équipe irakienne. Et il avait obligé les joueurs à s'entraîner avec un ballon en pierre ! Si un régime est répressif avec son peuple, il est logique qu'il le soit aussi avec son équipe de football.
Lors du conflit en Côte d'Ivoire, les belligérants ont plusieurs fois tenté de récupérer les joueurs de l'équipe nationale, lesquels n'ont jamais cédé. Qu'en pensez-vous ?
Je pense que, pour le coup, les internationaux ivoiriens, chrétiens ou musulmans, ont adopté un comportement très intelligent. Ils répondaient à ces tentatives de récupération par un argument simple, en demandant aux parties en guerre de se rapprocher et de faire la paix. J'ai en mémoire l'appel de Didier Drogba au soir de la qualification pour la Coupe du Monde 2006 lors d'un match au Soudan, et qui avait profité de la présence d'une caméra pour demander un retour à la paix. Les joueurs ont profité de leur aura pour faire passer le message.
Mais ce ne sont pas eux qui ont permis à la Côte d'Ivoire de retrouver une stabilité relative ?
Non, ce serait faux de l'affirmer. Tout comme il serait faux de dire que le football n'a joué aucun rôle dans le processus de réconciliation nationale. En juin, Drogba avait oeuvré pour que le match entre la Côte d'Ivoire et Madagascar (5-0) ait lieu à Bouaké, la ville des rebelles. Ils ont donc eu une influence, j'en suis persuadé.
Comment analysez-vous le fait que la plupart des sélections nationales soient confiées à des entraîneurs étrangers ?
S'il y a autant de sélectionneurs étrangers en Afrique, c'est essentiellement pour deux raisons. D'abord, parce que les techniciens européens sont en général mieux formés sur le vieux continent, ce qui rassure les fédérations africaines. De plus, on se doute qu'un étranger sera forcément moins sensible aux aspects ethniques ou culturels que ne pourrait l'être un entraîneur local.
En 1992, la Yougoslavie avait été exclue de l'Euro en Suède en raison de la guerre dans la Balkans. Le Soudan, qui s'est qualifié pour le CAN, devrait-il subir le même sort ?
On pourrait se faire plaisir en demandant son exclusion. Mais cela changerait-il quelque chose à la situation au Darfour? La tendance actuelle est au boycott. C'est devenu un réflexe pavlovien de parler de boycott ou d'exclusion. Celle-ci pourrait se justifier si le Soudan refusait de s'asseoir à la table des négociations. Or, ce n'est pas le cas.
On entend souvent que la CAN est ce qu'il y a de mieux pour améliorer l'image de l'Afrique. N'est-ce pas un peu réducteur ?
Bien sûr. La CAN, devenue très médiatique, est la preuve que l'Afrique peut organiser de grands évènements, qu'elle peut accueillir des milliers de visiteurs, que ses infrastructures hôtelières fonctionnent, etc. Cela se vérifiera avec la Coupe du Monde 2010, qui a été attribuée à l'Afrique du Sud, également pour des raisons politiques, il ne faut pas le nier. Quand Nelson Mandela, l'un des hommes les plus populaires au monde, se fait l'ambassadeur d'un tel dossier, les chances de succès grandissent. Pourtant, il n'y a pas que le football qui puisse donner une bonne image de ce continent. Des pays se sont ouverts à la démocratie et certaines économies sont en pleine croissance.
En même temps, la Coupe du Monde 2010 en Afrique du Sud inquiète, puisqu'elle se déroulera dans l'un des pays les plus criminogènes de la planète…
Il faut bien sûr en tenir compte, mais les Etats-Unis eux aussi ne sont pas le pays le plus sûr du monde, pourtant ils ont organisé le Mondial en 1994 sans problèmes. L'Etat fera le nécessaire. Et les Sud-Africains, dans un élan de nationalisme, ne voudront pas laisser une mauvaise image au reste du monde. L'Afrique toute entière sera derrière le pays organisateur.
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