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Les perspectives de ralentissement économique mettent l’économie au cœur de la campagne des Primaires
par Charlotte LEPRI (IRIS, 22 janvier 20087)
Depuis quelques semaines déjà, un certain consensus a fait jour aux Etats-Unis sur l’état de l’économie américaine, dont le ralentissement est particulièrement imputé à la crise des crédits hypothécaires. En revanche, en pleine année électorale, les plans pour stimuler l’économie américaine se multiplient, les différents candidats, conscients que l’élection se jouera en grande partie sur leur capacité à faire face aux enjeux économiques, cherchant tous à proposer la solution miracle.
Preuve de l’affrontement des candidats sur ce sujet, le débat télévisé démocrate du 21 janvier a été très tendu entre Barack Obama et Hillary Clinton sur les questions économiques.
Pour Hillary Clinton, le gouvernement doit jouer un rôle plus important au niveau économique pour faire face aux excès du marché. Elle se distingue ainsi de la politique de l’Administration actuelle, mais également de ce qu’avait fait Bill Clinton lorsqu’il était Président – il avait réduit les déficits et multiplié les accords commerciaux. Aujourd’hui, ouvertement plus à gauche, Hillary Clinton met l’accent sur les inégalités et le rôle de l’Etat, critiquant les effets néfastes du marché sur les classes moyennes américaines. Souhaitant un meilleur équilibre entre le pouvoir étatique et le pouvoir financier, le programme économique de l’ancienne First Lady tend à vouloir limiter les réductions fiscales pour les foyers gagnant plus de 250 000$ par an pour en faire bénéficier les foyers les plus défavorisés, renforcer le contrôle sur les marchés financiers et soutenir les créations d’emplois dans des domaines innovants. Le plan de Hillary Clinton comprend également des aides d’urgence en termes de logement.
Barack Obama, dont le flou artistique autour de son programme avait été critiqué, précise aujourd’hui ses plans pour relancer l’économie américaine. C’est pourtant dans le domaine économique que son manque d’expérience, souvent dénoncé par ses concurrents, risque de lui porter le plus préjudice. Privilégiant une relance de long terme via des réductions d’impôts, le plan de Barack Obama ressemble, peu ou prou, à celui de ses concurrents démocrates, tout en étant un peu moins « progressiste ». Il ne fait par exemple aucune allusion au développement d’énergie alternatives, contrairement à Hillary Clinton et John Edwards, et ne cible pas les réductions d’impôts uniquement sur les ménages les plus défavorisés, préférant une réduction plus globale. Barack Obama reproche en effet à ses concurrents d’axer trop fortement leur plan sur des dépenses et pas assez sur les réductions d’impôts, préférant pour sa part mélanger les deux dans le but que les Américains bénéficient le plus rapidement possible de la relance.
Toutefois, il ne faut pas oublier que John Edwards fut l’un des premiers à proposer un plan de relance économique, qui s’articule entre autres sur une aide aux chômeurs et des investissements publics pour les énergies alternatives.
Chez les Républicains, John McCain, aujourd’hui favori suite à ses victoires dans le New Hampshire et en Caroline du Sud (ce dernier Etat conservateur n’étant pas acquis d’avance à un McCain plutôt modéré), risque d’être une victime collatérale du malaise économique aux Etats-Unis. Admettant lui-même peu s’y connaître en économie, il propose un plan sur le long terme visant à baisser les taxes sur les entreprises et à réduire les dépenses du gouvernement : « progrowth, less taxes, and less spending ». Il se démarque ainsi de nombreux candidats, en ne cherchant pas à proposer un plan de relance rapide et temporaire (comme celui proposé par George Bush et appelé de ses vœux par Ben Bernanke, directeur de la FED). Au contraire, il souhaite que le plan temporaire de George Bush devienne permanent.
Rudy Giuliani a également proposé un plan de réduction des taxes sur les entreprises. Des réductions fiscales massives seraient, selon lui, la solution aux problèmes auxquels les Etats-Unis font face.
Mitt Romney, quant à lui, a proposé d’éliminer les taxes sur les intérêts et les dividendes pour les foyers gagnant moins de 200 000$. Il n’a pas encore proposé son propre plan, mais son statut d’entrepreneur lui donne une certaine crédibilité en matière économique. Les craintes de récession lui offrent même la chance de pouvoir marquer sa différence face aux autres candidats républicains peu à l’aise sur les questions économiques. Toutefois, les quelques propositions qu’il a faites jusqu’à maintenant n’offrent rien de plus par rapport à celles de ses concurrents.
Si tous les Américains se sont pas directement touchés par la crise des subprimes, le sentiment d’insécurité économique grandit, avec le taux de chômage qui augmente (l’augmentation de 0,6 point est la première hausse de cette importance en 60 ans) et la consommation qui diminue. A première vue, les Démocrates devraient bénéficier des reproches adressés à l’Administration Bush concernant son incapacité à empêcher le ralentissement économique. Mais le vote sanction à l’égard de l’Administration Bush est difficilement envisageable, car aucun candidat républicain n’endosse le bilan de George W. Bush, certains candidats cherchant même à s’en démarquer clairement.
Une chose est sûre, une récession ne prendra personne au dépourvu.
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