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Pascal Boniface


La guerre n’est pas urgente
Pascal BONIFACE par Yves Durand (Le Courrier de l’Ouest, 7 janvier 2008)



Dans votre dernier livre, vous vous attaquez aux idées reçues. Celles-ci touchent la politique, l'environnement, la place des femmes dans la société. Comment se forme une idée reçue ?

Généralement, les idées reçues ont toujours un fond de vérité. A partir d'éléments vrais, on crée une théorie ou un système qui est de l'ordre du préjugé ou de l'information inexacte. Il faut gratter, soulever le tapis pour voir qu'il y a des inexactitudes et, parfois, volonté de tromper le public.

A vos yeux, quelle est la menace majeure, actuellement ?

Il y avait une menace dont on peut penser qu'elle s'éloigne, c'est une éventuelle guerre contre l'Iran, pour l'empêcher d'aller vers l'arme nucléaire. Il y a en revanche une menace qui n'est pas immédiate mais dont on voit qu'elle est la plus importante pour l'avenir du monde, c'est le réchauffement climatique, C'est un enjeu stratégique, la menace la plus grave qui pèse sur la sécurité de l'humanité. Elle est pour après-demain, dans 15-20 ans, une échéance extrêmement proche en réalité, Ce n'est donc pas un problème pour nos enfants seulement, c'est un problème pour nous-mêmes.

Et dans les relations internationales ?

Il reste d'autres problèmes: le Proche-Orient, avec le poids des espoirs déçus en Palestine si la situation ne s'améliore pas rapidement ; le Liban, toujours extrêmement fragile, au bord du gouffre... L'Afghanistan où la situation se dégrade. C'est la première guerre que l'OTAN pourrait perdre. Et l'Irak qui n'est pas stabilisé.

Que retiendrez-vous de 2007 sur le plan international ?

Quelques bonnes nouvelles sont survenues sur la scène internationale. La plus importante à mes yeux est raccord entre les deux gouvernements coréens sur la dénucléarisation de la Corée du Nord. On peut donc lutter contre la prolifération des armes de destruction massive sans mener nécessairement une opération militaire.

La deuxième bonne nouvelle concerne l'Iran. On sait maintenant que le pays a arrêté son programme nucléaire en 2003 et que même s'il le reprenait aujourd'hui, il ne pourrait pas avoir une arme atomique avant 2015. Contrairement à ce que disaient certains pseudo-spécialistes, et George Bush lui-même, la guerre n'est pas une urgence. Il vaut mieux éviter d'avoir un Iran nucléaire, chacun s'accorde sur la question. Le fait de lancer des frappes aé- riennes n'est pas une priorité. Il y a du temps pour la négociation. Troisième bonne nouvelle, mais moins nette, c'est le sommet d'Annapolis où Israéliens et Palestiniens se sont parlés, mais on peut craindre que cet accord ne débouche pas à court terme.

Une question d'actualité : fallait-il recevoir le président Kadhafi en France ? Sa visite est jugée catastrophique...

Sa visite a été catastrophique pour la France parce qu'on a invité quelqu'un et qu'on l'a insulté en même temps. Le vrai triomphateur, c' est Kadhafi qui a joué là dessus, qui a fait des promesses et ne les tiendra peut-être pas. On est perdant des deux côtés. 2008 sera-t-elle une année clé, où et pourquoi ?

Le grand enjeu sera l'élection américaine. Tous les candidats disent qu'ils ont pour objectif de réparer les relations avec le monde extérieur. C'est reconnaître qu'elles sont fortement dégradées depuis l'arrivée de Georges Bush au pouvoir. De tous, Barack Obama me paraît le plus sensible culturellement, personnellement au monde extérieur. Et le plus à même de donner une dynamique radicalement différente.

Entre majorité et opposition en France, où se situe la principale différence en matière de politique étrangère ?

S'il y a un clivage, il dépasse celui qui sépare j la droite et la gauche. Dans chaque famille politique, des gens estiment que la France doit avoir une politique autonome et définir ses propres priorités. D'autres pensent que la priorité, c'est la solidarité occidentale et le rapprochement avec la locomotive américaine.

L'entrée au gouvernement de Bernard Kouchner et de Jean-Pierre Jouyet a-t-elle infléchi la politique française à I'extérieur ?

Si Nicolas Sarkozy les a appelés, c'est qu'il se sentait en mesure de travailler avec eux. En politique étrangère, il y a rarement des ruptures, on l'a vu avec Mitterrand et Chirac. Un nouveau président ne peut pas changer nos frontières et notre histoire, nos intérêts nationaux. Chacun à un style propre, Nicolas Sarkozy peut-être plus que d'autres, mais les intérêts nationaux restent si ce n'est immuables, du moins stables.

Pour vous, qui aura été le meilleur ministre des Affaires étrangères de ces dernières vingt ou trente années ?

Au cours des trente dernières années, les deux meilleurs ont été Alain Juppé à droite et Hubert Védrine à gauche; c'est un sentiment partagé au Quai d'Orsay et à l'étranger.

Vous avez milité au PS avant d'en démissionner. Avez-vous été tenté d'y revenir comme conseiller aux affaires internationales ?

Certainement pas! J'ai été échaudé par cette expérience. L'état des partis politiques rend très difficile pour un intellectuel de travailler avec eux. Je me sens plus libre de mes mouvements aujourd'hui.

Vous avez écrit un livre sur le foot et la mondialisation. Vous venez de signer aussi une chronique en faveur d'un Mondial en Israël et en Palestine, en 2018. La Coupe du monde peut-elle contribuer à la paix ou bien ne peut-elle découler que de la paix ?

C'est une illusion de penser que le sport, à lui seul, pourrait résoudre des problèmes de nature stratégique qui le dépassent; c'est aussi une erreur de penser qu'il ne peut rien faire. Il constitue un instrument qu'on peut utiliser, dans un effort commun, pour avancer.


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