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Barthélémy Courmont
OBSERVATOIRE DES ÉLECTIONS AMÉRICAINESObservatoire des élections américaines

L’Iowa au sprint ou en jogging
par Barthélémy COURMONT (IRIS, 2 janvier 2008)



Depuis plusieurs mois déjà, la date du 3 janvier 2008 apparaît comme cruciale dans le calendrier électoral américain. Ce jour-là, les Primaires seront officiellement lancées avec l’organisation des caucus dans l’Iowa. Au cours des dernières semaines, l’attention de tous les analystes politiques s’est portée sur cet Etat, tandis que les candidats y multipliaient tous les apparitions. Tous ? Pas tout à fait.

Certains candidats estiment que leur résultat dans cet Etat peu peuplé du nord des Etats-Unis servira de référence pour leur campagne des Primaires, et que seul un bon score leur permettra de rester dans la course. Il est vrai que, traditionnellement, les candidats qui entament le mieux le long processus de désignation partisane bénéficient d’un avantage, et que le ton est ainsi souvent donné dès les premiers Etats. John Kerry, assez discret au début de la campagne des Primaires en 2004, était ainsi parvenu, un peu à la surprise générale (le grand « favori » de l’époque, Howard Dean, étant assez nettement distancé), à s’imposer dès les premiers votes, et sa légitimité de candidat solide s’en trouva confortée. Dans les semaines qui suivaient, il s’imposait quasiment partout, éliminant ses adversaires l’un après l’autre.

Les Démocrates ont indiscutablement choisi de s’inspirer de l’exemple de John Kerry. A commencer par John Edwards, son co-listier (et préalablement « vaincu ») de 2004, qui y a installé un bureau de campagne dès l’annonce de sa candidature, et s’y est tellement rendu que les mauvaises langues estiment qu’il connaît désormais mieux les plaines de l’Iowa que la Caroline du Nord, Etat dont il est originaire. Résultat, l’ancien sénateur pourrait créer la surprise et arriver en tête dans l’Iowa, ce qui aurait pour effet de le replacer dans la course à l’investiture.

Mais il lui faudra pour cela battre au sprint deux autres candidats eux aussi décidés à marquer des points dès le début des Primaires : Hillary Clinton et Barack Obama. Les deux candidats démocrates, en tête au niveau national, voient dans l’Iowa un test grandeur nature de leur capacité à rassembler les électeurs. Un sprint qui ne sera pas final, tant les deux candidats s’apprêtent à multiplier les courses dans d’autres Etats, avec en ligne de mire le « super Tuesday » du 5 février, le moment de vérité, celui qui pourrait sceller de manière quasi définitive le sort des Primaires. En attendant ce « super sprint », l’Iowa est donc une sorte de sprint de bonification, ou d’essai, mais gare à ceux qui y perdront des points.

Chez les Républicains, Mike Huckabee et Mitt Romney se sont très nettement détachés de leurs poursuivants, et se disputeront sauf énorme surprise le sprint final dans cet Etat. Assez surprenant compte tenu du fait qu’il s’agit de candidats a priori secondaires dans la course à l’investiture. Mais pour eux, l’Iowa est crucial en ce qu’il permettra à l’un ou à l’autre de s’imposer, peut-être durablement, et d’asseoir une crédibilité nationale. La course est lancée.

La stratégie de Rudolf Giuliani est radicalement opposée à ce sprint, et pourrait même être qualifiée de marathon. Sans faire mention des rumeurs qui font de son incapacité physique (comme son hospitalisation récente l’aurait prouvé) à accélérer la campagne la raison pour laquelle il choisirait plutôt de rester en retrait, force est de constater que sa stratégie à échelle nationale, assez rare dans le cadre des élections américaines, est un pari risqué. L’ancien maire de New York, qui était au début de la campagne le plus connu de tous les candidats, avec Hillary Clinton, n’a quasiment pas fait campagne dans l’Iowa et dans le New Hampshire (qui se prononcera le 8 janvier), et se trouve très nettement distancé dans les sondages d’opinions qui se sont multipliés dans ces deux Etats au cours des dernières semaines.

La course de la tortue que mène Giuliani n’est cependant pas totalement anodine. Pour lui, remporter l’Iowa ou le New Hampshire n’est pas une obligation, tant il bénéficie d’une popularité importante à l’échelle du pays. Son responsable de campagne, Wayne Semprini, estime ainsi que la course d’endurance lui est permise, contrairement à ses adversaires qui ne peuvent se permettre d’échouer, au risque de disparaître prématurément. Et d’ajouter « Ne soyez pas étonné qu’il surprenne quelques personnes dans la dernière ligne droite ». Le lièvre et la tortue dans les plaines enneigées de l’Iowa.

Parmi les autres candidats qui devraient faire des scores très modestes dans l’Iowa et dans le New Hampshire, mais dont il serait précipité d’entrevoir l’échec, John McCain a lui aussi, après un passage à vide, choisi de mener une campagne nationale, quitte à laisser certains de ses adversaires en découdre dans les premiers Etats. Cette stratégie lui a permis de revenir dans la course à l’investiture, mais il s’agit là aussi d’un pari assez risqué.

Enfin, dernier marathonien annoncé, le maire actuel de New York, Michael Bloomberg, ancien républicain désormais indépendant, pourrait finalement choisir de courir vers la présidence, comme l’annonce le New York Times. Sous étiquette indépendant, et donc sans avoir besoin de passer par les Primaires pour éliminer d’autres candidats. Un marathon en solitaire en quelque sorte, si sa candidature se confirme.

PRIMAIRES ET CAUCUS : QUELLES DISTINCTIONS ?

Tandis que les adhérents d’un parti (et dans certains cas les non-adhérents) votent directement pour le candidat de leur choix dans une élection primaire, un caucus est une réunion interne d'un parti. Les adhérents se rassemblent dans plusieurs lieux dans tout l’Etat pour discuter, débattre, et éventuellement exprimer leur préférence pour un candidat. Par rapport aux choix exprimés, des représentants qui soutiennent tel ou tel candidat se réunissent par la suite aux réunions locales où ils votent également pour envoyer des délégués à la convention nationale du parti pour l’investiture. Des caucus ont lieu dans 14 états, alors que 36 états votent par élection primaire.


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