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Revue de presse
Laure Delcour


Poutine a rendu leur fierté aux Russes
Laure DELCOUR par Fabrice Aubert (LCI.fr, 3 décembre 2007)



Le scrutin est-il de fait un référendum pour mesurer la popularité de Poutine avant son départ du Kremlin, et donc sa marge de manœuvre pour rester influent ensuite ?

Non, ce n'est pas un référendum. Pour deux raisons principales. Tout d'abord, la cote de popularité de Poutine a toujours été très élevée -aux alentours de 70%- depuis son arrivée au pouvoir en 1999. Surtout, les enjeux de ces législatives sont en fait très minces par rapport à la prochaine présidentielle. La victoire de Russie unie (ndlr : le parti de Poutine dont il est tête de liste), sûre et certaine, s'annonce large avec plus de 65% des voix. De même, Poutine ne se représentant pas, il aura donc un successeur et n'a donc pas besoin de ce scrutin pour asseoir son pouvoir. Et l'on sait enfin qu'il continuera à influencer la vie politique après son départ du Kremlin.

Pourquoi la population russe plébiscite-t-elle Poutine à ce point ?

Les médias et les régimes occidentaux donnent une présentation partielle de la situation en Russie. Cela ne permet pas de voir les raisons évidentes du soutien des Russes à Poutine. Tout d'abord, une explication économique. Depuis l'arrivée de Poutine, la croissance est d'environ 6% par an. Même si elle repose, il est vrai, sur l'énergie et la hausse du prix du pétrole, elle a permis une nette augmentation du niveau de vie de la population. Ensuite, sur la scène internationale, Poutine a permis de restaurer la place de la Russie dans le monde en effaçant l'image d'un pays affaibli qui lui collait à la peau sous la présidence de Boris Eltsine. Pour les Russes, il a donc remis le pays en ordre et leur a rendu leur fierté et leur dignité.

La faiblesse de l'opposition rend également la victoire de Russie unie facile. Pourquoi se retrouve-t-elle dans cette situation?

L'opposition politique a été laminée par les élections de 2003 puis par le durcissement du cadre législatif qui a réduit sa liberté d'expression. Les changements apportés à la loi électorale ont rendu plus difficile l'enregistrement des partis. La loi contre l'extrémisme propose une définition très large de ce phénomène, incluant la diffamation des responsables politiques. En raison de ce durcissement, l'opposition ne peut plus s'exprimer par la voie de partis politiques traditionnels. Elle est contrainte de prendre la forme de mouvements publics plus lâches et hétéroclites. C'est par exemple le cas de L'Autre Russie (ndlr : la formation de Gary Kasparov), qui rassemble un éventail allant des nationaux-bolcheviques aux libéraux, mais qui est incapable de s'entendre sur un socle politique commun et clair.

Tête de liste de son parti à ces législatives, que pourra faire Poutine en mars pour garder son influence ?

L'éventail est large. Il peut choisir une position très visible, comme par exemple occuper le poste de Premier ministre, comme l'idée en a été émise. Pour l'instant, ce n'est qu'une option. Il peut aussi prendre la direction d'une grande entreprise. Ou, au contraire, choisir une position moins visible d'où il pourra tirer les ficelles grâce à ses nombreux contacts tissés depuis des années. Il choisira lui-même. Cela ne m'étonnerait pas qu'il prenne l'option la moins visible.

Plus globalement, la Russie est-elle une vraie démocratie aux regards des critères occidentaux ?

Il convient de noter que la France et le Royaume-Uni, ainsi que l'Allemagne, ont mis plusieurs siècles à devenir les démocraties que l'on connaît aujourd'hui. Sur ce sujet, il vaut donc mieux éviter de donner les leçons.

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