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Barah Mikaïl


L’union méditerranéenne, un horizon bien lointain
par Barah MIKAÏL (Aujourd’hui la Turquie, décembre 2007)



Le projet d'Union méditerranéenne annoncé par Nicolas Sarkozy reflète certes un profond attachement de sa part à participer à l'amélioration des perspectives politique, économique et sociale concernant aujourd'hui les pays de la rive Sud de la Méditerranée. Sans quoi, il n'y aurait probablement pas fait autant référence à l'époque, déjà, où il était encore candidat à l'élection présidentielle française, ce dont témoigne notamment le célèbre discours de Toulon du 7 février 2007. Dans le même temps, si Nicolas Sarkozy prenait par là, et à juste titre, acte du fait que le processus de Barcelone inauguré en 1995 avait révélé bien des limites dans ses applications, on ne peut que constater aujourd'hui que les ambitions qu'il entretient sur la question demeurent assez floues. Le discours de Tanger du 23 octobre 2007 ne dit, en substance, rien d'autre, la prochaine étape concrète amenée à esquisser, au moins sur le plan théorique, les fondements d'une Union méditerranéenne ne devant intervenir qu'en juin 2008. Soit à l'occasion d'un sommet qui devrait réunir en France " l'ensemble des pays riverains de la Méditerranée ", à un moment où Paris aura tout juste pris la présidence de l'Union européenne pour une durée de six mois.

On ne sait pas encore si l'ensemble de ces pays répondront à l'invitation française. Néanmoins, ce point précis reste secondaire pour l'heure, tant les perspectives réellement à même d'être retenues passent plutôt par la nature du positionnement des principaux intéressés face à un projet confiné aux seuls tiroirs de l'Élysée. Les réactions au discours de Tanger auront prouvé une fois encore que les " pays riverains de la Méditerranée ", et très particulièrement les pays européens, ne se sentaient pas de raisons de s'engager dans une voie dont le président français serait seul à dicter la marche, et la réunion ministérielle Euromed de Lisbonne du 6 novembre 2007 aura suffi en soi à souligner les limites prévalant face à ce projet ambitieux. Côté européen, les temps sont ainsi à l'approche prudente, la tonalité globale allant vers la promotion d'un soutien à l'idée de la France à condition que celle-ci s'avère constructive.

Côté méridional, la perception est plus franchement pessimiste, la méfiance traditionnelle des pays de la rive Sud de la Méditerranée, combinée à une réticence quant à la composition avec tout projet d'envergure amené à écorner la notion de souveraineté nationale, les poussant à voir dans l'Union méditerranéenne voulue par N. Sarkozy un seul effet d'annonce sans consistance. Quant aux arguments concrets développés par la France sur le sujet, ils demeurent extrêmement timides et donc peu à même de pousser à croire, dans l'état actuel des choses à tout le moins, à un aboutissement rapide et prometteur.

Les réticences affichées par certains des pays de la rive Sud de la Méditerranée ne sont pourtant en rien nouvelles. Ainsi, outre l'optimisme prudent d'Israël, on notera la réaction d'Abdullah Gül qui, en mai dernier, et en sa qualité de ministre turc des Affaires étrangères, qualifiait les projets développés par la France en vue de la consolidation d'une Union méditerranéenne de douteux car synonymes à son sens d'une volonté d'entraver les négociations pour l'adhésion à terme de la Turquie à l'UE ; Egemen Bagis, alors conseiller du Premier ministre Erdogan, le rejoindra d'ailleurs dans l'analyse. Côté arabe, les perceptions ne seront pas plus favorables, l'Egypte, notamment, ayant très franchement fait savoir que le principe -à ses yeux louable - d'une Union méditerranéenne demeurait à tempérer en raison de son manque de consistance. Au final, c'est ainsi au travers de seules déclarations officielles émanant du Maroc ou encore de la Tunisie que se manifestent les perceptions les plus optimistes devant les ambitions méditerranéennes de N. Sarkozy. Et, en parallèle, la situation côté européen montre que si les pays riverains septentrionaux se déclarent généralement prêts à accompagner le processus pour peu que ses contours soient clarifiés, les appréciations se révèlent cependant beaucoup plus circonspectes au fur et à mesure que l'on s'éloigne de la Méditerranée. Le degré d'enthousiasme développé par les Européens face au projet d'Union méditerranéenne donne à ce titre l'impression d'être très souvent corrélatif de la distance séparant les membres de l'UE de la Mare Nostrum.

Et pourtant, voir le projet d'Union méditerranéenne d'un mauvais oeil demeure tout aussi inapproprié que vouloir envisager le processus de Barcelone à travers ses seules failles. Si les faits sont envisagés de manière sage et réaliste, rien n'empêchera en effet à ce projet de pouvoir mener Barcelone vers l'horizon qui lui était dévolu, voire au-delà. Mais cela nécessitera la clarification d'un certain nombre de questions au préalable, pas toujours des moindres. En dépit d'erreurs de méthode qui ont pu être commises par la France, rien n'empêche celle-ci de rectifier le tir, d'ici à la fin du premier semestre 2008, en procédant à une série de concertations avec ses partenaires européens comme méditerranéens, qui prendraient notamment en compte l'avis des composantes politiques comme civiles de chacun des États concernés. Certes, les quelques mois à venir ne suffiront probablement pas à créer un climat de confiance, mais le profond reproche que l' on pourrait adresser au projet de N. Sarkozy réside, parallèlement à ses failles communicationnelles, dans sa trop facile tendance à vouloir doubler la quête d'un ascendant politique français d'une approche par trop monolithique de l'avenir de la rive Sud de la Méditerranée. Soit une vision qui, si elle n'est pas recadrée, ne pourra que continuer à susciter l'ire et le scepticisme de la Turquie comme de chacun des autres pays de la région, qui demeurent mus, pour chacun d'entre eux, par des priorités stratégiques de type national. Contrainte qui, ne l'oublions pas, reste un frein sérieux à la construction de l'UE elle-même.


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