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Les chinois craignent Sarkozy
Jean-Vincent BRISSET
par
Fabrice Aubert (Aujourd’hui la Turquie, décembre 2007)
Jean-Vincent Brisset est directeur de recherches à l'Institut de relations internationales et stratégiques, spécialiste de la Chine. Il a notamment occupé le poste d'attaché militaire à l'ambassade de France à Pékin.
Comment les Chinois ont-ils suivi le début de mandat de Sarkozy et qu'attendent-ils de son voyage ?
Cette visite d'Etat à l'un des membres du Conseil de sécurité de l'Onu est tout d'abord une étape obligée. Sarkozy connaît Brown et Bush, il est allé en Russie voir Poutine. Il ne lui restait plus que la Chine. Il s'agit donc d'une présentation mutuelle dont il ne faut pas attendre grand-chose sur le fond, sauf si Sarkozy choisit l'affrontement sur les sujets économiques comme la monnaie, les quotas ou les importations.
Sarkozy entend justement parler des "sujets qui fâchent". Est-ce que cela s'accorde à la mentalité chinoise ?
Les dirigeants chinois ne font pas trop la différence entre Sarkozy et Chirac. Mais paradoxalement, il a plus de chance d'obtenir des résultats que son prédécesseur car les Chinois ne respectent que la force. Etant donné que Sarkozy agit généralement plus dans une logique de rapport de force que de claques dans le dos, il ne risque pas de se faire rouler dans la farine comme c'était le cas avec Chirac. Vu son caractère, il supporterait ainsi mal que les Chinois continuent de tricher face à l'Europe comme c'est le cas sur plusieurs sujets, diplomatiques ou économiques - Soudan, nucléaire iranien, jouets... Les dirigeants chinois craignent notamment Sarkozy car il a à la fois permis de relancer l'Europe et qu'il a choisi de se tourner vers les Etats-Unis, contrairement à Chirac. Ils savent qu'il est influent en Europe. Ils ont peur d'une alliance avec Angela Merkel qui permettrait à l'UE de se mettre sur une seule et même ligne face à eux, puis ensuite un ralliement à la politique américaine. En fait, depuis toujours, les Chinois ont peur, à tort ou à raison, que se forme une alliance occidentale à leurs dépens.
Quels sont ces sujets qui fâchent ?
Ce sont surtout les sujets économiques. Le principal concerne la valeur du yuan. Si la visite se passe bien et qu'il n'y a pas de choc frontal, les Chinois devraient annoncer une petite réévaluation. Ensuite, il est fort probable que le problème de la contrefaçon, dont 70% provient de Chine, soit mis sur la table afin de défendre la propriété intellectuelle. Pour la forme, le Darfour et le rôle de la Chine dans la crise -et plus globalement sa présence en Afrique en général- seront évoqués via une belle déclaration de principes. C'est aujourd'hui un passage obligé, comme l'étaient les Droits de l'Homme auparavant. Pour ces derniers, le copier-coller de la déclaration est sûrement toujours disponible à l'ambassade de France. On nage sur ce point en plein dans le cynisme politique. Sarkozy devrait laisser aussi planer l'ombre de menaces sur le dossier nucléaire iranien.
L'un des thèmes de la visite est l'environnement. Les Chinois seront-ils réceptifs aux demandes de la France ?
Sarkozy aborde le sujet car la France est le bon élève, c'est donc facile d'en parler et qu'il doit le faire s'il ne veut pas être critiqué par Nicolas Hulot à son retour. Mais c'est là encore plus une figure de style qu'autre chose.
Est-ce une manière de ne pas braquer les Chinois alors que la visite doit permettre de leur vendre des contrats (ndlr : une quarantaine de patrons français accompagnent Nicolas Sarkozy) ?
En partie. Il faudra néanmoins relativiser les annonces qui vont être faites d'ici mardi. Elles sont parfois très différentes du nombre de pièces achetées ensuite dans les secteurs concurrentiels comme les avions ou la construction de centrales nucléaires. La vente de contrats doit aussi être interprétée en tenant compte de la mentalité chinoise. Généralement, quand les Chinois ont peur de vous, ils vous achètent des contrats.
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