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Bruno Carre


Démission de Lord Paul Drayson Secrétaire d’État britannique à la défense
par Bruno CARRE (IRIS, 8 novembre 2007)



À la surprise (presque) générale, le secrétaire d’État chargé des investissements et des acquisitions du ministère britannique de la défense, Lord Drayson, vient de démissionner.

La raison déclarée de la décision de ce ministre non rémunéré, milliardaire « self made man » de l’industrie pharmaceutique, anobli en 2004 après quelques donations au parti travailliste, de quitter son poste est sa passion pour … la course automobile.

Selon les termes même de sa missive de démission à Gordon Brown, Paul Drayson ne peut rater une «opportunité unique dans une vie » (sic) de participer aux éliminatoires des prochaines 24heures du Mans ! Il est vrai que Paul Drayson est effectivement passionné par la course automobile, sport dans lequel il se débrouille fort bien au volant de sa voiture « écologique » au bioéthanol.

Pour les continentaux toujours amusés par les extravagances des « Anglais », la raison invoquée peut ne pas surprendre et peut même faire amicalement sourire. En revanche, de l’autre coté de la Manche, elle est vue plus sérieusement car sans doute révélatrice de tensions entre Gordon Brown et certains des membres de son cabinet et de sa majorité, sur des sujets aussi différents que la fiscalité ou le manque de moyens affectés à la politique étrangère, de sécurité et de défense.

D’une part, en fond de toile, le débat sur les changements de l’imposition des plus-values se poursuit avec vigueur. Annoncée dans le pré-budget d’automne (1), l’augmentation de 10% à 18% du taux d’imposition, sous couvert d’une uniformisation simplificatrice du système d’imposition, a créé les conditions d’un affrontement sévère entre le patronat, notamment des PME, les agriculteurs et le gouvernement. Dans ce contexte, l’appui d’un Lord Drayson eut été le bienvenu. Or, il se trouve que Paul Drayson s’est éclipsé de la chambre des Lords à chaque fois que le sujet a été débattu et a même décliné les invitations du Trésor à venir soutenir cette réforme. De là à en déduire qu’il y a un désaccord entre l’entrepreneur ministre et le Premier Ministre il n’y a qu’un pas que la presse financière, on s’en doute, a franchi, peut-être avec raison ?

D’autre part, et plus fondamental sans doute, eu égard à sa fonction gouvernementale, Lord Drayson quitte le navire au moment où le ministère de la défense britannique (le « MOD UK ») doit présenter la version actualisée de la stratégie industrielle de défense (« Defence Industrial Strategy »). Cette DIS2 dont la publication est annoncée pour le 13 décembre (2), est censée tirer les conclusions de sa mise en application depuis deux ans maintenant mais surtout revenir à la réalité !

La version 1 de la DIS est un audit très réussi des capacités militaro-industrielles installées au Royaume-Uni. Ses conclusions sur la nécessité et la façon de mettre en œuvre une politique structurante assurant souveraineté et profitabilité satisfont naturellement les desiderata de l’industrie manufacturière locale, et en particulier de l’omniprésent, si ce n’est omnipotent, BAE Systems (3). Mais dans la mesure où tous les secteurs ou presque sont jugés prioritaires, la DIS n’est en fait au vu du budget disponible qu’une liste empirique de souhaits. Dans ces conditions chacun sait bien qu’un ou plusieurs programmes importants vont devoir être abandonnés, par exemple le Batch 2 du Typhoon, d’autres destroyers, des variantes du FRES (4), etc.

Or, c’est à ce moment précis que ce ministre, pourtant apprécié de l’industrie, décide de quitter son poste. On est dès lors tenté de conclure qu’un différent profond sur les moyens financiers nécessaires à l’application de la DIS et ceux mis à la disposition du MOD s’est développé entre Whitehall et les Nos 11 et 10 Downing Street (5).

Lord Drayson ayant malgré cela exprimé le souhait de revenir au gouvernement, peut-être le reverra-t-on après les 24 heures du Mans, mais cette fois comme ministre des sports écologiques…

En attendant, chacun reste perplexe et dans la plus grande expectative sur les décisions d’investissements du MOD et de désinvestissements qui pourraient en résulter dans l’industrie en cas de faillite de la DIS.


(1) Voir : « Le budget d’automne d’Alistair Darling: un contre-pied peu crédible » IRIS, Regards sur l’Actualité, 16/10/2007

(2) On s’accorde généralement à dire depuis plusieurs semaines maintenant que ce document ne sera pas publié avant le premier trimestre 2008.

(3) Voir « Défense britannique : une agitation fébrile » IRIS, Regards sur l’Actualité, 21 septembre 2007 & « Towards an affordable UK Defence Policy, RUSI, June 2007, Vol. 10 No1, pp 26&27 and in IRIS.

(4) « Future Rapid Effect System », concept de systèmes de forces medium intercalé entre les troupes aéroportées légères à déploiement très rapide et les matériels lourds à déploiement lent ; FRES repose sur la modularité des plateformes porteuses de systèmes d’armes. Au fil des années, FRES est devenu, à tort, l’appellation d’un programme de blindés mi-lourds.

(5) Respectivement résidences du Chancelier de l’Échiquier et du Premier Ministre


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