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Sylvie Matelly


Le G8 : et après ?
par Sylvie MATELLY (Fréquence-banque, septembre-octobre 2007)



Depuis plus de trente ans, les chefs d’Etat et de gouvernement des pays les plus industrialisés se retrouvent chaque année. Face aux nouveaux défis de la mondialisation et aux réponses communes qu’ils exigent, la formule du G8 est-elle encore adaptée ? Eléments de réponse.

Nous sommes en 1975, au sortir des Trente Glorieuses. Les pays les plus industrialisés traversent une zone de turbulences économiques : choc pétrolier, flottement des monnaies, baisse du dollar. Valéry Giscard d'Estaing pour la France et Helmut Schmidt pour l'Allemagne de l'Ouest d'alors prennent l'initiative du premier G6 qui se tient à Rambouillet. Idée fondatrice de ce premier sommet ? Réunir les chefs d'Etat de manière informelle pour qu'ils apprennent à se connaître et puissent traiter ensemble des grandes questions économiques et financières. Le Canada en 1976, puis la Fédération de Russie en 1998, rejoignent le Royaume-Uni, l'Allemagne, la France, les Etats-Unis, le Japon et l'Italie pour former le G8. En amont de ces sommets annuels, les dossiers sont préparés par le G7 Finances auquel participent les ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales des pays membres (à l'exception de la Russie). " Bien qu'il n'ait pas vocation à être un lieu de décision, le G8 s'est efforcé, avec plus ou moins de succès, de dynamiser la coopération économique des pays membres ", précise Sylvie Matelly, économiste à l'institut de relations internationales et stratégiques (Iris).

DE NOUVELLES PROBLÉMATIQUES

Mais avec le réchauffement climatique, les défis énergétiques, les menaces sanitaires, les besoins croissants de l'aide au développement des pays les plus défavorisés, la lutte contre la contrefaçon et la corruption, les thèmes abordés par le G8 sont diversifiés. Tout au long de l'année, des équipes d'experts planchent pour préparer ces dossiers complexes. Avec, parfois, des résultats mitigés, tel le dernier G8 en juin 2007 à Heiligendamm, présidé par la chancelière allemande Angela Merkel, et auquel participait, pour la première fois, la président Nicolas Sarkozy. Si une aide de 60 milliards de dollars pour lutter contre les pandémies en Afrique a été décidée, la promesse de réduction des émissions de gaz à effet de serre n'a pas valeur d'engagement contraignant. Et un désaccord s'est manifesté sur l'avenir du Kosovo. Comme à l'habitude le sommet a été l'occasion de nombreux contacts bilatéraux entre les pays membres mais aussi - c'était une première - d'un dialogue nouveau avec cinq pays émergents invités (Chine, Inde, Brésil, Afrique du Sud et Mexique) représentant 42% de la population mondiale. Une innovation qui répond d'ailleurs à une critique récurrente faite au G8.

QUEL SCÉNARIO POUR DEMAIN ?

" Est-il normal, s'interrogent en effet certains détracteurs, qu'un nombre restreint de pays décide de l'avenir de la planète toute entière ? " Au-delà de l'agitation médiatique et des manifestations altermondialistes qui accompagnent désormais les sommets, la question de la non-représentation des grands pays émergents au G8 se pose donc avec acuité. Pour y répondre, plusieurs pistes sont envisageables : l'élargissement du nombre de pays invités, l'organisation de sommets plus restreints à géométrie variable en fonction du sujet ou la création, en remplacement du G7 Finances, d'un groupe incluant les grands pays émergents pour traiter les questions financières et monétaires. Le président français a, quant à lui, appelé de ses vœux la constitution d'un G13 incluant la Chine, l'Inde, le Brésil, le Mexique et l'Afrique du Sud. Encore faut-il que les pays du G8 acceptent de partager leur leadership. " Or, si la plupart des experts reconnaissent le nécessité d'inventer de nouveaux outils supranationaux plus adaptés aux réalités de notre époque, il demeure aujourd'hui très difficile de prévoir dans quelle direction la formule du G8 va évoluer ", conclut Sylvie Matelly.


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