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Législatives anticipées au Royaume-Uni : Pas pour cette fois !
par
Bruno CARRÉ (IRIS, 8 octobre 2007)
Ainsi donc Gordon Brown a préféré le “wait and see” au “who dares wins”! Sans doute le premier ministre britannique a-t-il estimé que, tout bien pesé, le ratio de dix ans d’attente et de frustration dans l’ombre de Tony Blair pour à peine cent jours de pouvoir si les choses tournaient mal, était vraiment très peu satisfaisant.
De fait, le Premier ministre a perçu que le défi lancé la semaine dernière par un David Cameron rasséréné par l’unité (durable ?) retrouvée des Tories autour du concept « moins d’Europe politique, moins d’impôts (avec notamment la suppression de l’impôt sur l’héritage), plus de sécurité et plus d’écologie », pourrait bien lui coûter ce pouvoir tant convoité et si longtemps attendu. En fin politique qu’il est, Gordon Brown a senti que pour contrebalancer les propositions des conservateurs, il lui fallait s’assurer que sa vision de l’avenir du pays était mieux perçue, mais surtout que les politiques qui la sous-tendent soient fermement engagés.
COMME TOUT CHOIX, CE N’EST PAS SANS RISQUE.
D’abord au plan politique, il est clair que le parti travailliste et ses militants, tout d’abord galvanisés par la vue du triomphe à la romaine de leur leader au congrès du parti début septembre, digèrent mal maintenant cette vision du soufflé qui se dégonfle ! C’est à l’évidence aux yeux de Gordon Brown le moindre mal.
Ensuite, au plan économique, la conjoncture s’annonce plus délicate à gérer que naguère. En effet, les questions s’accumulent : peut-on craindre le retour de l’inflation, voire de la stagflation? Les effets de la crise des crédits hypothécaires à risques structurés vont-ils se répandre comme une gangrène et, du fait de l’importance de la City, affecter plus encore l’économie britannique que celle des autres pays ? Comment financer la énième hausse promise prioritaire et très importante du budget de la santé, mais aussi de l’éducation et de l’ensemble des services publics, tout en maintenant les dépenses d’une politique étrangère et sécuritaire ambitieuse et en promettant des allégements fiscaux, sans déroger au principe de l’équilibre budgétaire ?!
Au plan structurel et doctrinal, peut-on considérer que l’indépendance de la banque d’Angleterre a été remise en cause dans la semaine du 14 septembre, lorsque soudainement - et dit-on sous la pression des autorités -, le gouverneur de la banque centrale a décidé d’abaisser son taux directeur et d’inonder le marché monétaire de liquidités dont, au demeurant, les institutions financières n’avaient pas vraiment besoin ? Parallèlement, le Trésor a-t-il dérogé au principe d’un interventionnisme étatique minimum lorsqu’il a été décidé de renflouer la maison de crédits hypothécaires « Northern Rock » et de garantir le remboursement de l’épargne populaire en cas de dépôt de bilan de celle-ci et des autres quand de besoin? Probablement pas, tout au plus s’agissait-il de mesures pragmatiques et concertées qui ont permis d’endiguer les effets putatifs mais dramatiques d’une vague de peur largement creusée par les médias.
Il n’empêche que les effets de la lame de fonds spéculative pourraient bien contraindre l’État à prendre des mesures quasi conservatoires du droit des épargnants, pour s’assurer que les jeux spéculatifs (1&2), entre autres sur les produits dérivés et les risques dont les collatéraux sont des biens essentiels et dont la valeur représente une part grandissante des actifs de la retraite des ménages, soient plus transparents et l’objet d’une surveillance accrue.
Résolution de la quadrature d’un cercle dont le chancelier de l’échiquier, Alistair Darling, sous le regard de son Premier ministre, révélera cette après-midi à la Chambre des Communes les préliminaires dans la présentation du budget intérimaire.
Nous aussi, « Let’s wait and see » !
(1) Au sens de la théorie des jeux.
(2) Notamment par le biais des jeux de vente à la hausse et d’achat à terme à la baisse
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