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Sommet intercoréen de Pyongyang : parfums … ou illusion de paix dans la péninsule ?
par
Olivier GUILLARD (IRIS, 5 octobre 2007)
Les images en disent suffisamment long sur la tortueuse dynamique intercoréenne en cours. En accueillant dans l’austère capitale nord-coréenne début octobre sans grande émotion son homologue sud coréen le Président Roh, le « cher leader » du nord, l’énigmatique Kim Jong-Il, bien des observateurs jaugeaient a priori que cette rencontre, quoi qu’exceptionnelle (la seconde … en un demi-siècle !), accoucherait de peu de choses, qu’il serait hardi d’en attendre un tournant capital.
La proximité d’une élection présidentielle au sud (le 19 déc.) mal engagée pour le parti du Pdt Roh (1) et l’attitude notoirement plus dure de l’opposition (2) à l’endroit de Pyongyang semblaient modeler une trame politique de faible envergure.
Or, au-delà de tout regard partisan, qu’en a-t-il été de ce sommet inédit entre le nord et le sud, le 1er depuis juin 2000 ? Certes, la dimension symbolique n’a pas été oubliée, le Pdt Roh franchissant à pied, fait sans précédent, le tristement célèbre 38e parallèle et la zone démilitarisée éloignant les deux pièces naguère unies de la péninsule.
Intervenant en marge d’un processus multilatéral spécifique à l’épineux dossier nucléaire nord-coréen (les fameux « PP6 » ou Pourparlers à Six), un exercice fructueux ces jours-ci aboutissant, entre autres bénéfices, à la promesse de Pyongyang de mettre un terme (en échanges de contreparties énergétiques, économiques et financières) à son programme nucléaire d’ici la fin de l’année. A l’évidence, nonobstant les critiques ayant tôt fait de juger « bien audacieuse » cette percée diplomatique, il s’agit bien d’une avancée majeure, saluée par la communauté internationale… même si cette dernière devrait se garder d’un trop grand optimisme dans la mise en œuvre (délicate) des termes (parfois bien flous) de cet accord validé par Washington, Pékin, Séoul, Moscou et, du bout des lèvres, par Tokyo (qui parallèlement reconduisait pour six mois un volet de sanctions contre Pyongyang…).
Un an tout juste après le franchissement du seuil nucléaire par Pyongyang, le vent apaisant de l’histoire semble (enfin) souffler favorablement sur la péninsule coréenne. A Séoul, où une partie des critiques invitait le Pdt Roh à ne pas faire montre de trop de mansuétude (assimilée à une preuve faiblesse) au voisin septentrional ni proposer sans garantie de retour une assistance (économique) trop généreuse, on juge a posteriori « convenable » ce déplacement présidentiel.
En vérité, ce dernier ne déclencha pas autant de passion que son (seul) précédent de l’été 2000, lorsque le promoteur de la « sunshine policy », le Pdt sud coréen Kim Dae Jung (3) (1997-2003) força les tourments de l’histoire et se rendit à Pyongyang où déjà l’attendait Kim-Jong-Il, référence omnipotente du régime Nord-coréen depuis son accession au pouvoir en 1994, lors de la disparition de son père, le « grand leader » Kim Il Sung. Nous relèverons que lors de cette rencontre historique de juin 2000, Kim Jong-Il avait accepté l’invitation de son homologue du sud de venir à Séoul. Une intention demeurée sans suite. En octobre 2007, il semblerait que cette perspective n’ait même pas été esquissée…
L’annonce jeudi 4 octobre de la signature par les deux chefs d’Etat d’une déclaration (4) de paix et du prochain financement par Séoul d’une batterie de projets (5) à vocation économique, destinés à élever graduellement le niveau de développement du nord, donnent de la substance et de l’élan à ce que d’aucuns perçoivent comme un authentique – encore emprunté, certes -- rapprochement nord-sud.
Dans cette euphorie, le Pdt Roh a reconnu qu’une pièce cardinale de l’édifice bilatéral faisant encore cruellement défaut : la confiance. Une carence qu’il revient au sud, mais surtout au nord, de combler au plus tôt par des gestes concrets.
Il ne fut pas question de réunification, terme trop fort, trop difficile à formuler en l’état ; si une majorité de l’opinion des deux pays l’appelle de ses vœux, si les diplomaties des deux pays en défendent officiellement le principe depuis juin 2000, chacun s’accorde à penser que ce projet doit, pour moult raisons (sécuritairement, politiquement, économiquement surtout), s’étaler dans le temps, fut-ce sur plusieurs décennies, et ne surtout pas être brusqué. Un scénario notamment défendu par le voisin chinois, rétif à l’idée de composer à terme avec un voisin réunifié potentiellement puissant … et indépendant.
Quid de l’attitude de Pyongyang ? En acceptant le principe d’une « future » conclusion formelle d’un traité de paix, et en réaffirmant sa détermination à mettre en œuvre (de son côté) la neutralisation de son programme nucléaire, le régime nord-coréen semble avoir fait montre d’une certaine « bonne volonté », offrant par ces deux intentions symboliquement fortes à son hôte méridional des contreparties substantielles dont ce dernier se prévalut à son retour, 200 km plus au sud, dans la fébrile capitale Séoul. « Même une feuille de papier est plus légère si on la porte à deux », nous enseigne un proverbe coréen.
Trop de témérité desservira toutefois le lecteur candide des méandres de la péninsule. En effet, maîtresse dans l’art de laisser poindre la menace pour obtenir, fut-ce au bord du gouffre et contre l’avis de tous, concessions et contreparties diverses, la Corée du nord et ses véritables intentions demeurent encore largement insondables, et la sincérité de ses dirigeants sujette à caution.
Toujours placée dans « l’axe du mal » cher à l’administration américaine, Pyongyang l’irréductible reste, en dépit des derniers événements positifs relatés plus haut, un point d’interrogation insaisissable, insuffisamment connu, dont il serait bien imprudent de sous-estimer tant les capacités de résistance que de défiance.
(1) La constitution lui interdit de briguer un autre mandat.
(2) Jusqu’alors très en avance selon les sondeurs sud-coréens.
(3) Avant de recevoir plus tard le Prix Nobel de la Paix.
(4) Préalable à la signature d’un traité de paix, plus complexe car impliquant une participation des Etats-Unis et de la Chine, parties elles-aussi au conflit coréen entre 1950 et 1953.
(5) Relevons particulièrement la création d’une zone économique spéciale dans le port de Haeju, l’établissement d’une zone de pêche conjointe dans la zone disputée de la Mer jaune, l’accélération du développement du complexe industriel de Kaesong ou encore le financement d’une liaison ferroviaire Kaesong-Sinuiju et d’un autoroute reliant cette même Kaesong avec la capitale Pyongyang.
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