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Un véritable accord de paix sera long à aboutir
par
Jean-Vincent BRISSET par Sandrine Cochard (20 Minutes, 4 octobre 2007)
Cinquante-quatre ans après la fin de la guerre, la Corée du Nord et sa voisine du Sud ont signé un document en huit points dans lequel les deux pays s'engagent à promouvoir la paix et la prospérité sur la péninsule divisée. Jean-Vincent Brisset, directeur de recherche à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (Iris), revient sur cet accord historique.
Pourquoi un tel accord est-il signé maintenant?
Des tractations étaient en cours depuis quelque temps. Je pense que l’élément déclencheur a été la réunion de Pékin, qui s’est déroulée la semaine dernière, où plusieurs points clés ont été abordés. Cet accord est surtout symbolique: il témoigne de la volonté des deux Corées de reconquérir leur indépendance face à la Chine et les Etats-Unis, souvent perçus comme ingérants.
Ces deux pays seront pourtant nécessaires à la signature d’un accord de paix…
Oui, mais un accord de paix est complexe à mettre en place : il suppose des négociations longues sur les prisonniers et leur rapatriement, sur les conditions de la réunification et sur les sommes à verser pour réparation. Il sera long à aboutir.
Comment se traduirait une réunification, en pratique? A quels changements pouvons-nous nous attendre?
Tout d’abord, la réunification sera débattue, notamment en Corée du Sud où les jeunes générations y sont moins sensibles que les anciens. La Corée du Sud a en tête la réunification de l’Allemagne et de l’effort financier qu’elle a demandé à la RFA. Même si le pays n’est pas pauvre, il n’a pas atteint le niveau économique de Taiwan ou de Hong-Kong. Le Sud sait qu’une réunification avec le Nord, exsangue car manquant de ressources énergétiques et de nourriture, lui coûtera cher. Dans l’immédiat, cet accord va permettre des liens économiques : la Corée du Sud va proposer une aide au développement au nord, via des délocalisations notamment. Il va également permettre, en théorie, une ouverture des frontières, avec une liberté de mouvement des Coréens. La transition se fera néanmoins en douceur : la ligne de démarcation est un lieu de tensions toujours très sensible où les militaires, postés de part et d’autre, ont été maintenus dans un climat de haine et de propagande. Des incidents sont toujours possibles. Un choc culturel et émotionnel est à prévoir.
Cet accord va-t-il clore les tensions sur le nucléaire nord-coréen?
La Corée du Sud aimerait bien mais elle n’a pas de droit de regard sur les activités nord-coréennes. D’autant que la Corée du Nord a largement vécu du chantage au nucléaire qu’elle mène depuis plusieurs années. Le pays s’est néanmoins engagé à dénucléariser son principal site nucléaire, en décembre.
Peut-on faire confiance à Kim Jong-Il?
C’est un dictateur qui n’a ni le charisme ni le pouvoir de son père. De plus, il est actuellement compromis dans plusieurs affaires qui l’affaiblissent. Cela va dépendre des termes d’un accord de paix.
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