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Bruno Carré


Élections anticipées au Royaume-Uni : travaillistes galvanisés, conservateurs revigorés, libéraux timorés
par Bruno CARRÉ (IRIS, 4 octobre 2007)



L’annonce faite par Gordon Brown en visite en Irak du “retour à la maison pour Noël” de 500 soldats supplémentaires - ce qui porterait à 1000 sur 5000 le nombre de personnels appelés à quitter prochainement l’Irak - , alimente un peu plus outre-Manche les spéculations politico-médiatiques sur l’annonce imminente de la tenue des élections législatives le 1er novembre.

Certes l’appel aux urnes des Britanniques deux ans plus tôt que la date normale met la barre du vote de confiance populaire très haute. Comme le souligne un éditorial du Financial Times, une majorité de moins de 60 sièges équivaudrait à un refus de la confiance. Mais force est de constater que jamais l’environnement n’a été aussi favorable puisque tous les sondages donnent les travaillistes largement gagnants et que l’on ne connaît toujours pas à ce stade toutes les plaies laissées par la crise financière sur l’économie britannique.

Et de fait, comme le note la presse britannique, les décors comme la chorégraphie de la campagne électorale se mettent en place aussi bien chez les travaillistes que dans l’opposition, notamment chez les conservateurs, à l’occasion de leur conférence annuelle qui se tient cette semaine à Blackpool.

Au plan de la politique économique, le budget préliminaire que le Chancelier de l’échiquier, Alistair Darling, pourrait présenter lundi ou mardi prochain si les élections sont annoncées, devrait être fondé sur les principes de rigueur tels que le premier ministre les a redéfinis publiquement il y a trois jours, en présence d’Alan Greenspan, l’ancien président de la Fed, en visite à Londres à l’occasion de la sortie de son autobiographie. À cette occasion, M. Greenspan a d’ailleurs salué la politique économique de Gordon Brown depuis dix ans.

La dépense publique sera maintenue dans des limites strictes. À ce titre, il n’y aura pas d’augmentation des salaires de la fonction publique déraisonnable (c'est-à-dire supérieure au taux de l’inflation), pas de grands investissements publics qui ne soient proprement financés avec des retours sur investissements démontrés, pas de promesses (électorales) de dépenses inconsidérées. En revanche, les impôts sur les revenus comme sur les bénéfices des sociétés seront allégés.

En outre, faisant suite à la crise financière des crédits hypothécaires, Alistair Darling devrait indiquer, on peut espérer avec certitude cette fois, à quel niveau l’État garantira le remboursement de l’épargne populaire en cas d’insolvabilité des institutions financières de dépôts et crédits hypothécaires. Il est généralement admis que cette garantie s’élèvera à £35,000, contre 100% des premiers £2,000 et 90% des £33,000 suivants aujourd’hui. Il devrait également faire connaître les mesures qui pourraient être prises pour prévenir si ce n’est empêcher les effets négatifs des bulles spéculatives.

Du côté des conservateurs, son opposant, Georges Osborne, a annoncé qu’aussitôt élu, le nouveau gouvernement allégerait « réellement » - et non pas selon lui comme l’ont fait les travaillistes qui ont repris d’une main ce qu’ils avaient donné de l’autre - les charges fiscales sur les ménages et les entreprises.

Par ailleurs, l’assiette libre de tous droits de succession sera portée à £1million tandis que celle libre du timbre fiscal sur les accessions à la première propriété sera de £250.000. Ces allégements seront financés « Livre Sterling pour Livre Sterling » par les taxes sur l’environnement que l’État prélèvera au titre d’une politique de l’environnement extrêmement agressive et aussi, par exemple, par un impôt unique de £25,000 sur les étrangers fiscalement domiciliés au Royaume-Uni mais non résidents (1).

Dans le domaine de la politique étrangère, les conservateurs, par la voix de William Hague ont réaffirmé leur credo dans la liberté (politique) en général, la défense des droits de l’homme et le libéralisme économique. En ce qui concerne l’Europe, ils annoncent haut et fort qu’ils tiendront un referendum sur le nouveau traité qui n’est en fait à leurs yeux qu’une version habilement camouflée de la constitution rejetée par les Français et les Néerlandais – 240 sur 250 articles sont exactement les mêmes.

William Hague a également indiqué qu’une fois au pouvoir le nouveau gouvernement s’attacherait à faire adopter une loi requérant un référendum pour chaque modification des accords de l’Union pouvant entraîner une perte de souveraineté, c’est-à-dire du pouvoir, du parlement britannique. Le ministre des affaires étrangères du cabinet fantôme en a profité pour rappeler que les trois partis s’étaient engagés lors de la précédente campagne électorale, il y a deux ans, à organiser un référendum sur ce sujet de la constitution ou de son substitut, mais qu’en définitive seuls les conservateurs tenaient parole.

En l’état de son appartenance à l’Union, le Royaume-Uni sous un gouvernement conservateur s’emploiera avant tout à lutter pour plus de liberté économique, moins de bureaucratie inquisitive de Bruxelles et surtout moins d’intégration politique.

Dans le domaine de la sécurité et de la défense, Dame Pauline Neville-Jones, ancienne directeur du « Joint Intelligence Comittee » et putative secrétaire d’état à la sécurité nationale, s’emploiera avec son collègue Liam Fox, éventuel ministre de la défense, à redéfinir une politique globale de sécurité fondée, naturellement et avant tout, sur la relation avec les États-Unis, puis avec l’Europe et le Commonwealth. Dans ce cadre de la politique des trois cercles réaffirmée, l’OTAN reste une pièce maîtresse de la politique de sécurité et de défense britannique et la victoire en Afghanistan est à cet égard vitale.

Du point de vue pratique, Dame Pauline Neville-Jones a annoncé la création d’un conseil national de sécurité qui traitera toutes les menaces sur la nation comme un tout inséparable : « Quand les prix du gaz augmentent à Redditch parce qu’un gazoduc russe est endommagé ; quand des dessins humoristiques publiés au Danemark provoquent des violences au Pakistan ; quand l’opium du Helmland aboutit dans les rues d’Huddersfield, c’est de la folie de traiter les questions de politique étrangère et intérieure séparément ». Par ailleurs, des efforts importants seront consentis pour la mise œuvre d’une réelle politique de sécurité civile permettant un retour le plus rapide possible à la vie normale en cas d’attentat ou de catastrophe majeure, et en faveur de l’établissement d’une réelle force de contrôle des frontières et de défense du territoire national par les forces armées, et non plus seulement par la police nationale.

Taxés de 13 à 18% des voix, ce qui n’est pas négligeable (44% aux travaillistes et 30% aux conservateurs), les Libéraux Démocrates font peu de bruit. C’est une tactique qui leur est chère. Ils préfèrent en général attendre que les caméras se tournent vers eux pour faire leurs grandes annonces. Tout au plus, au cours de leur conférence annuelle à Brighton il y a deux semaines, Sir Menzies Campbell, a-t-il rappelé que s’il y avait un parti écologiste c’était le sien mais que surtout les « LibDem » sont les seuls à pouvoir, et surtout à vouloi,r ancrer le Royaume-Uni dans l’Union Européenne, seule voie possible pour le Royaume à l’aube du XXIème siècle.

Les impôts, la santé publique, l’environnement, la sécurité mais surtout la relation du Royaume-Uni avec l’Union Européenne seront donc très probablement les sujets d’affrontement les plus durs. Gordon Brown attend sans doute le discours de clôture de la conférence des conservateurs par David Cameron cet après-midi pour prendre sa décision. Le suspens ne devrait plus maintenant durer très longtemps.

(1) La menace de l’imposition des personnes “Resident in the UK for Tax Purpose but non domiciled” c’est-à-dire en français, des personnes fiscalement domiciliés au Royaume-Uni mais non résidentes, est brandie depuis longtemps par tous les gouvernements. Cette situation permet de n’être imposé que sur les revenus reçus au Royaume-Uni à l’exclusion de tous les autres hors du territoire britannique. Mais la crainte de voir s’envoler une des poules aux œufs d’or de la richesse britannique (armateurs, courtiers, banquiers etc.) a toujours fait reculer le pouvoir politique. Cette décision des conservateurs, pour surprenante qu’elle soit et très démagogique, est sans doute un moindre mal pour les personnes concernées.


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