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Olivier Guillard


Une junte militaire “autiste”
par Olivier GUILLARD (Charente libre, 26 septembre 2007)



Directeur de recherches à l'Institut de Relations internationales et stratégiques, Olivier Guillard suit depuis quinze ans le dossier birman. A ses yeux, la Chine peut avoir une influence déterminante pour éviter un nouveau bain de sang.

Comment expliquer l'augmentation phénoménale des prix des carburants à l'origine de la révolte actuelle ?

Il n’y a aucune raison valable qui expliquerait la multiplication par deux voire par cinq de produits de première nécessité à une population birmane largement paupérisée alors que ce pays jouit de richesses minérales dont un potentiel d'hydrocarbures avéré. Ces vingt dernières années le pouvoir d'achat des Birmans a été déjà divisé par deux. Et personne n'avance de justification tangible à la décision des militaires birmans. Qu'ils ne s'en soient pas eux-mêmes expliquer n'a en revanche rien d'étonnant. A leurs yeux, devoir communiquer sur une décision qui s'assimile à un décret militaire reviendrait à s'abaisser à reconnaître qu'ils ont des comptes à rendre à la population birmane. Cette mauvaise nouvelle pour les Birmans se traduit aujourd'hui par une contestation que personne n'avait anticipée et qui risque d'avoir des prolongements démocratiques intéressants.

Qu'est-ce qui pourrait amener la junte à renoncer à une répression féroce du type de celle qui avait mis fin dans le sang à la révolte de 1988 ?

Peu de choses ont changé en 20 ans. La pression de la communauté internationale et les diverses sanctions ou embargos envisagés n'ont eu aucun effet sur le régime demeuré le même qu'à l'époque. Ce qui a changé, c'est la place de Pékin sur le plan international. Seule alliée politique et commerciale importante de la junte birmane, la Chine peut peser de tout son poids pour éviter que la situation dégénère. Alors qu'elle a su récemment faire preuve de beaucoup de persuasion à l'égard de la Corée du Nord (sur le dossier nucléaire), la Chine se retrouverait discréditée dans son rôle d'acteur influent et respecté dans la région si elle n'était pas capable de calmer les militaires birmans. Et ceci particulièrement dans les perspectives des Jeux Olympiques de Pékin en 2008.

La Chine détient-elle seule la clé de la crise ?

Pas complétement. La Chine est certes un acteur très important, mais il ne faut pas minimiser l'autisme structurel dont souffre la strate supérieure de la hiérarchie militaire birmane. La pression à exercer par la Chine sur la dictature birmane doit être très forte. Toutes les actions entreprises par ailleurs depuis 20 ans, notamment par les Etats-Unis, n'on jamais empêché la junte de dormir.


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