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Indélicat « anniversaire ». En officialisant hier 20 septembre la date du prochain scrutin présidentiel « suggérée » deux jours plus tôt par le chef de l’Etat – candidat à sa propre succession --, la commission électorale met un terme (momentané) à une tragicomédie qui ferait sourire l’observateur, n’était-ce le faisceau de périls (islamisme radical, terrorisme, zones de non droit), de déséquilibres (entre les provinces; dans la répartition des pouvoirs entre l’armée et la société civile) lestant le cours de la fébrile République Islamique du Pakistan. Ainsi, au « pays des purs », les élections présidentielles se tiendront, à une semaine près, … huit ans jour pour jour … après le coup d’Etat militaire du Général-Président Pervaiz Musharraf. Les nostalgiques du modèle démocratique apprécieront…
Al Qaeda et le scrutin. Alors que les leaders de la nébuleuse terroriste Al-Qaeda (O. Ben Laden ; A. Al-Zawahri) se répandaient le jour même sur la nécessité de renverser le régime pakistanais, « pour son alliance avec les Etats-Unis d’Amérique contre les militants islamistes », et de punir son leader « infidèle », P. Musharraf, les 160 millions de Pakistanais apprenaient qu’un scrutin de première importance se déroulerait finalement… 16 jours plus tard ! Un préavis bien court. Certes, les dizaines de millions d’électeurs n’auront guère à se mobiliser ce jour-là : le scrutin ne les concerne qu’indirectement, le Président étant élu par un collège de grands électeurs composé de l’Assemblée nationale et des quatre assemblées provinciales. L’élection présidentielle au suffrage universel direct sera pour une autre fois…
Marchandage. A deux semaines de ce rendez-vous crucial, les candidats à la plus haute fonction publique ne se bousculent pas : seuls le président sortant, le général-président Musharraf, favori des « sondages » et un illustre inconnu, le Professeur Anwarul Haq, pathologiste oeuvrant au ministère de la santé, ont annoncé leurs intentions. Pour sa part, le chef de l’Etat en exercice a posé ses conditions : conformément aux vœux de l’opposition et, plus largement, d’une partie grandissante de la population, P. Musharraf acceptera de cesser ses fonctions de chef des armées (source suprême de l’autorité au Pakistan) … si les assemblées le maintienne, pour les cinq prochaines années, dans ses fonctions de Président. Un « abandon gracieux » de ses attributions martiales qui interviendrait dès le lendemain de sa nomination et dès avant sa prestation de serment.
Opposition et cohabitation. Une proposition dénoncée aussitôt par l’opposition qui n’y voit, ni plus ni moins, qu’une version policée de la main mise notoire, implacable, exercée par les militaires sur la gestion des affaires nationales. Un temps désunies, les diverses forces de l’opposition, du parti (Pakistan Muslim League) de l’ancien 1er ministre N. Sharif (dont le retour avorté au pays à galvaniser la popularité) aux ténébreux partis politico-religieux (alliance de la MMA) -- un temps très en phase avec l’administration Musharraf -- se sont regroupés pour la circonstance dans un hétéroclite All Parties Democracy Movement (APDM) … que serait sur le point de rejoindre madame Benazir Bhutto et son influent parti (Pakistan People party). Un ralliement aussi tardif que surprenant, les négociations menées par cette dernière et l’entourage de Musharraf pour composer, dès après les prochaines élections législatives (fin 2007 / début 2008), un gouvernement à plus fort affichage civil (soutenu en coulisses par les militaires), étant connues de tous depuis un bon semestre.
Annoncée un mois plus tôt comme quasiment acquise, cette atypique association semble depuis se perdre dans la difficulté, les exigences de Madame Bhutto (fin des poursuites judiciaires contre elle et son époux ; rééquilibrage des prérogatives entre le 1er Ministre, l’Assemblée Nationale et le Président ; autorisation d’un 3eme mandat pour les chefs de gouvernement ; etc.) et les réticences de Musharraf – dont on connaît le peu d’estime à l’endroit de cette dame – lestant dans l’incertitude la finalisation de ce « deal », mélange des genres aux saveurs aigres-douces.
Démission et légitimité. Sur le point d’associer ses forces à celles du PPP, l’APDM menace de faire démissionner ses parlementaires des assemblées nationale et provinciales avant le 6 octobre ; une action qui entacherait sérieusement la validité du mandat du futur Président, désavoué tout en étant élu, et minerait plus encore la légitimité intérieure (déjà significativement entamée) de P. Musharraf. D’autant plus qu’interviendront peu après (décembre 2007 ou janvier 2008) des élections législatives -- au scrutin universel cette fois – qui, selon les dernières projections, ne seront pas particulièrement favorables au Président sortant…
Chaudhry vs Musharraf. Cette possibilité de démission parlementaire en masse dans les différents hémicycles pose, entre autres, la question de la validité / légitimité de la toute prochaine échéance présidentielle. Un thème sur lequel planche (parmi d’autres pistes) la Cour Suprême du Pakistan, instance longtemps réputée inféodée au pouvoir (militaire) mais qui, par la détermination de son Président actuel, l’intraitable Iftikhar Chaudhry et ennemi intime de Musharraf (lequel l’avait démis de ses fonctions en mars … avant que la Cour Suprême ne le réintègre dans ses fonctions), brille à nouveau d’un crédit et d’une autorité considérable auprès de la population. Quelle qu’elle soit, l’inflexion que donnera cette instance sur la validité / régularité / opportunité du scrutin aura une incidence particulière sur l’évolution, chaotique ou pacifique, des prochaines semaines.
Quid en cas de non réélection ou de non tenue du scrutin ? Qu’adviendrait-il si la grande majorité des parlementaires, toutes sensibilités confondues, refusaient de prendre part au scrutin ou, mieux encore (si l’on peut dire…), si elle se prononçait en faveur d’un autre candidat ? Régulièrement évoquée dans les cercles du pouvoir à Islamabad, l’hypothèse d’une énième imposition de l’état d’urgence, du retour plus visible des hommes en uniformes dans la rue et du report sine die des élections (présidentielles et législatives) doit être sérieusement considérée. Elle profiterait un temps à Musharraf, ce dernier ayant la quasi-certitude alors de conserver les rênes du pouvoir, qui plus est dans ses dimensions militaires et politiques.
Etat d’urgence ? Il n’est naturellement pas dit qu’une telle évolution contenterait la population ; loin s’en faut. La proclamation de l’état d’urgence serait mal vécue par la majorité des Pakistanais, lassés par huit années d’une énième administration militaire, par ailleurs taxée de soumission, de « vassalisation » à la puissante Amérique. L’assurance nouvelle des partis de l’opposition, traditionnelle (PPP et PML-N) et religieuse (MMA), l’affaiblissement de l’aura du Pdt Musharraf et l’inévitable usure du pouvoir, alors que les crises se succèdent à l’intérieur (cf. affaire de la Mosquée Rouge à Islamabad ; Talibanisation des zones tribales) comme à l’extérieur des frontières (cf. scenario de guerre civile en Afghanistan) nationales, pourraient alimenter une massive contestation populaire dans les rues, dont les débordements violents ne pourraient être exclus.
Scenario. A défaut d’être idéale ni privilégiée par les principaux « soutiens » extérieurs de l’administration Musharraf (Washington, Londres), une piste préférentielle pourrait alors être explorée par l’armée, faiseuse et défaiseuse de rois depuis la création du pays en 1947 : si la contestation atteint des proportions difficilement gérables (millions de gens dans la rues, affrontements, violence, destructions, victimes, etc.) affaiblissant davantage les fondements ténus de la nation, l’armée pourrait être tentée de « répondre » par la conciliation en scellant le sort politique de son primus inter pares, le général Président Musharraf, en l’invitant à quitter sans tarder ses fonctions duales (Présidence ; armée). Pour se faire, outre le soutien de la rue, la puissante hiérarchie militaire pourrait s’appuyer sur la Cour Suprême, le Pdt Musharraf, 64 ans, ayant entre autres particularités dépassé le terme normal (60 ans) de l’exercice de ses fonctions militaires et, d’après la code électoral, dérogé à diverses règles (dont celle interdisant à un fonctionnaire candidat à la présidentielle de se présenter moins de deux ans après avoir cessé ses fonctions ; or, un militaire entre par extension dans la catégorie des fonctionnaires…). Un gouvernement technocratique intérimaire, sur le modèle prévalant (avec succès jusqu’alors) actuellement au Bangladesh (technocrates apolitiques soutenus par l’armée), serait en charge de gérer les affaires courantes jusqu’à de prochaines élections (présidentielle ; législatives), repoussées en milieu d’année prochaine. Désigné dans l’intervalle par ses pairs et répondant au « profil » minimal recherché (musulman modéré, adoubé par l’administration américaine), un autre général ferait figure de successeur à Musharraf en qualité de Chief Executive, le temps que la situation intérieure s’apaise, que la violence et le chaos refluent, et que les mirages de la démocratie aient à nouveau le loisir d’être « offerts » au bon soin de la population. Dans cette perspective, le rôle « promis » à madame Benazir Bhutto, la charismatique icône de la démocratie (inachevée) pakistanaise, adulée en Occident pour son opposition aux dérives islamisantes, prend toute sa signification.
Un peuple au quotidien (trop) tourmenté dont il serait mal à propos de surestimer, en ces périodes de rupture, la patience et le niveau de soumission.
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