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Irak : Bush prépare la transition

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L’intervention télévisée du président américain sur la stratégie en Irak le 13 septembre était particulièrement attendue, quelques jours après l’audition du général Petraeus au Congrès, et à la veille d’un énième rapport sur l’évolution de la situation en Irak. Mais la position du chef de l’Exécutif sur les conditions d’un retrait militaire en Irak, si elle frustre les camps « anti-guerre » et certains candidats démocrates aux Primaires, n’a rien de surprenant.

Un retrait « cosmétique » ? Le retrait de quelques 21.500 hommes à échéance de l’été 2008 proposé par George W. Bush ramène les effectifs américains en Irak au niveau de janvier 2007, soit avant les demandes de renforts de troupes réclamées par la Maison-Blanche. Cela n’est pas anodin, et sur ce point, le président américain suit de près les recommandations du général Petraeus. Refusant catégoriquement un retrait trop rapide, laissant derrière un chaos impossible à maîtriser par les autorités irakiennes (de l’avis des Républicains autant que des Démocrates), George W. Bush s’en remet à l’analyse du général Petraeus selon laquelle les renforts récents ont permis de sécuriser certaines zones, et qu’un retrait partiel est désormais possible. Un moyen donc de souligner que sa décision était alors la bonne, et que c’est justement grâce aux renforts de troupes que le retrait de certaines zones est désormais envisageable.

Autisme, ou passage de témoin ? Le président Bush a très nettement signifié que la fin de son mandat consisterait, sur la question irakienne, à créer les conditions les plus favorables possibles en Irak pour son successeur et qu’il appartiendrait à celui-ci de « faire sa propre évaluation », selon ces propos. En d’autres termes, ce sera au futur chef de l’Exécutif de prendre une décision difficile et radicale sur l’Irak. Une autre position du président américain aurait été surprenante. Pas de changement de stratégie donc. Pas de calendrier d’un retrait complet non plus. Pas de demande de renforts supplémentaires ! Mais plutôt un passage de témoin, une transition des responsabilités à son successeur. Le président Bush restera comme celui qui a, avec la bénédiction d’une large majorité des parlementaires (dont certains sont candidats à la fonction suprême) et le soutien de l’opinion publique (ce que certains observateurs semblent aujourd’hui oublier), autorisé l’envoi de troupes en Irak. Mais si les forces américaines devaient progressivement se retirer, pour diminuer de moitié à échéance de 2010 (comme l’annoncent de nombreux cadres du Pentagone), ce sera au prochain président américain de trancher. Et, malgré les critiques acerbes des Démocrates actuellement, on imagine difficilement un chef de l’Exécutif annoncer un retrait total et immédiat, mais plutôt opter pour un départ progressif.

Un calcul politique ? L’intervention de George W. Bush n’est pas tant un état des lieux sur la stratégie irakienne qu’un discours de politique intérieure particulièrement attendu dans un contexte pré-électoral. De nombreux élus républicains, inquiets des sondages, se désolidarisent de la Maison-Blanche et se montrent de plus en plus critiques de l’absence de stratégie en Irak. De leur côté, les Démocrates ont fait de la guerre en Irak un de leurs principaux dossiers de campagne. En lâchant du lest mais sans remettre en question sa stratégie, le président américain rassure les milieux conservateurs qui pourraient désormais voir dans l’Irak moins un fardeau qu’un sujet de politique étrangère qui concerne à égal niveau l’ensemble des Américains, et place les Démocrates dans une situation délicate : comment continuer à critiquer la politique irakienne sans s’approcher de trop près des camps « anti-guerre », et ainsi offrir au Républicains des arguments politiques solides (que l’on pourrait résumer par irresponsabilité, pacifisme déplacé, défaitisme, voire même antipatriotisme, pour n’en citer que quelques uns). Plus que jamais, c’est aux Démocrates de faire des propositions claires sur l’Irak, sans se contenter de critiquer une stratégie à laquelle ils ne souscrivent pas, mais qu’ils ne peuvent remettre en cause de façon trop brutale. En d’autres termes, c’est aux Démocrates de sortir d’une opposition permanente, et assez confortable, et de faire des propositions concrètes auxquelles les électeurs pourront ou non souscrire.

Barthélémy Courmont, chercheur à l’IRIS, vient de publier, (avec Erwan Bénézet), Hollywood-Washington. Comment l’Amérique fait son cinéma, chez Armand Colin.

Barthélémy Courmont / IRIS / 14 septembre 2007



Barthélémy Courmont
Chercheur à l'IRIS


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