Institut de Relations Internationales et Stratégiques - Accueil
english version  

 
FLUX RSS Flux RSS

 
imprimer la page  envoyer cet article à un ami   
Pascal Boniface


Il est absurde de boycotter les JO de Pékin
par Pascal BONIFACE (Challenges, 30 août 2007)



Même si la Chine est loin d'être un modèle de démocratie, snober les Jeux serait contre-productif. La mondialisation de l'événement contribue à l'ouverture du pays.

Dans moins d'un an s'ouvriront les Jeux Olympiques de Pékin. D'ores et déjà, on peut sans risque se livrer à deux pronostics: un, le débat sur leur boycott va faire rage. Deux : il n'aura aucun effet concret sur la participation des différentes délégations.

Les appels au boycott fleurissent déjà de toutes parts. Ils sont motivés par la nature répressive du régime chinois : l'application massive de la peine de mort, les atteintes aux droits de l'homme ou à la liberté de la presse, la situation au Tibet, ou, plus récemment, le soutien de Pékin au régime soudanais dans l'affaire du Darfour. Pour les partisans du boycott, aller à Pékin serait cautionner l'inacceptable. Cent sénateurs américains ont écrit au président Hu Jintao, accusant son gouvernement de subventionner un génocide. Certains vont jusqu'à faire un parallèle avec les JO de Berlin de 1936. Une imposture. Si Pékin a d'incontestables progrès à réaliser en matière des droits de l'homme, une telle comparaison est tout autant une insulte aux victimes d'Hitler qu'à la vraisemblance historique.

Certes, le régime chinois, qui attend avec impatience ses Jeux, compte bien en faire un triomphe de prestige. Pékin veut remporter deux compétition. La première concerne l'organisation même des Jeux, qui doit être sans faille. L'occasion de montrer au monde entier la modernisation du pays. La seconde concerne le décompte des médailles où la Chine espère dépasser les Etats-Unis et reprendre à la Russie son rôle de principal rival de Washington dans cet affrontement particulier. Pour Pékin, une non-participation massive à ses Jeux serait un grave revers. Mais la puissance déjà atteinte par le pays est telle que tout boycott semble impossible. Tel pays qui en prendrait le risque serait isolé, et devrait s'apprêter à subir durablement les foudres de Pékin. Il pourrait par ailleurs, être interdite de JO pour longtemps par le CIO.

Mais, au-delà, tout boycott serait contre-productif face aux objectifs proclamés. Ceux qui y appellent s'offrent une publicité à bon compte, à défaut de changer réellement la politique chinoise. Comme souvent, la posture l'emporte sur l'efficacité de l'action.

Un boycott n'améliorerait en rien la situation des droits de l'homme en Chine ou son comportement international. Sur ces deux dossiers, on peut penser que de gros progrès ont déjà été faits depuis deux ou trois décennies à mesure que la Chine s'ouvrait. L'organisation d'un événement mondialisé, qui braque les projecteurs sur un pays, ne peut qu'améliorer encore la situation. La seule attribution des Jeux a déjà constitué un facteur de modération pour la Chine. Il est notable que, à l'intérieur du pays, ceux qui luttent pour la démocratisation n'appellent pas au boycott, convaincus que ce dernier favoriserait au contraire un durcissement d'un régime marri de s'être ainsi vu refuser une place de premier rang dans le monde. Participer aux Jeux sans fermer les yeux est la meilleure façon de peser sur la Chine.


Institut de Relations Internationales et Stratégiques
2 bis, rue Mercoeur - 75011 PARIS
Tél. : 33 (0) 1 53 27 60 60 – Fax : 33 (0) 1 53 27 60 70
contact@iris-france.org