
Pascal Boniface, directeur de l'IRIS, commente pour France Soir le discours de Nicolas Sarkozy.
Comment avez-vous jugé l'intervention du chef de l'Etat ?
La campagne électorale a été pauvre en questions internationales. Il s'agissait donc du premier grand discours global de Nicolas Sarkozy sur l'Etat du monde, le rôle de la France. Si différence il y a, c'est dans le style, un volontarisme affirmé et une personnalisation des affaires internationales. Mais il n'y a pas véritablement de rupture avec la politique gaulliste. D'autant que c'est le général de Gaulle lui-même qui avait introduit cette rupture. Certains craignaient un alignement de la politique française sur celle des Etats-Unis. Le président français a certes mis en avant l'amitié franco-américaine, mais il a aussi rappelé l'indépendance de Paris à l'égard de Washington. Quant à l'Irak, il a une nouvelle fois condamné le recours à la force et le bourbier dans lequel se trouvent les Etats-Unis, preuve qu'il n'y a aucune remise en question de la politique de Jacques Chirac en 2003.
Nicolas Sarkozy semble malgré tout plus proche de Washington que ne l'étaient ses prédécesseurs…
C'est davantage une affaire de dates. C'est sûr qu'en mars 2003, au moment du déclenchement de la guerre en Irak, la brouille a été très profonde entre la France et les Etats-Unis, ce qui était en partie dû aux relations personnelles de Jacques Chirac et George W. Bush. Mais après le 11 septembre 2001, le président française avait souhaité un véritable rapprochement avec les Etats-Unis. Finalement, au cours de l'histoire, on s'aperçoit que la France a été le plus solide allié des Etats-Unis en Europe, au travers de crises comme les missiles de Cuba, le mur de Berlin… Ce qui ne l'empêche pas d'être aussi le plus trublion. La France estime nécessaire d'exprimer sa voix, même si elle est discordante. Ce que Nicolas Sarkozy a d'ailleurs fait hier, sur les questions climatiques, en déclarant que les Etats-Unis faisaient fausse route.
Pour symboliser la réconciliation, il y a eu la rencontre Bush-Sarkozy, puis la visite de Bernard Kouchner en Irak. Celle-ci a d'ailleurs provoqué un incident. La France a-t-elle un rôle à jouer dans cette région ?
Le couac Maliki affaiblit très certainement la position de la France, mais Nicolas Sarkozy n'a pas semblé en tenir rigueur à son ministre. Il est de toute façon prématuré pour la France de jouer un rôle en Irak. La position de la France est donc la suivante : la guerre de 2003 était un erreur, mais une situation existe aujourd'hui, qui s'impose à tous, et de laquelle il faut sortir par tous les moyens. Paris affirme sa disponibilité pour aider l'Irak à retrouver la stabilité. Il n'est bien entendu pas du tout question d'une présence militaire française dans ce pays.
L'autre dossier important, c'est l'Iran, sur lequel Nicolas Sarkozy a affirmé une position plus stricte semble-t-il que Jacques Chirac…
Comme sur les autres points, Nicolas Sarkozy a fixé clairement l'alternative : autorisation d'un nucléaire civil, interdiction du nucléaire militaire. Sur ce point, il a d'ailleurs tenu à affirmer au monde entier qu'il n'était pas question de priver les autres pays de cette énergie.
Reste l'Afrique, où Nicolas Sarkozy n'a pas vraiment convaincu lors de sa récente tournée et son discours à Dakar. Assisterons-nous, sous sa présidence, à un retrait de la France de ce continent ?
Nicolas Sarkozy affirme que l'Afrique reste l'une de ses priorités. Hier, il a d'ailleurs tenu à corriger son intervention à Dakar, avec un discours optimiste qui mettait en avant les réussites africaines. Evoquant une franche amitié avec le continent, il semble envisager prochainement une nouvelle tournée en Afrique, une sorte de rattrapage pour convaincre les jeunesses africaines de sa bonne disposition. Mais il est sûr qu'avec l'arrivée de pays tels que la Chine, l'Inde et même les Etats-Unis, l'Afrique n'est plus, comme autrefois, la chasse gardée de la France.
Pascal Boniface par Thomas de Rochechouart / France Soir / 28 août 2007
 Pascal Boniface
Directeur de l'IRIS
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