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Le Quai d’Orsay n’est plus ce qu’il était

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Un Conseil national de sécurité à l’Elysée, un ministère de l’Immigration et du Codéveloppement gérant les visas et l’asile... Le rayon d’action du médiatique Bernard Kouchner est limité.

La présence au poste de ministre des Affaires étrangères de Bernard Kouchner est un des faits les plus marquants dans la composition du gouvernement Fillon. Preuve d'une volonté d'ouverture selon l'UMP, de trahison selon les socialistes, cette arrivée est considérée comme un succès pour la nouvelle équipe gouvernementale.

Kouchner s'était distingué de ses camarades socialistes pendant la guerre d'Irak, qu'il n'a pas voulu condamner au nom de la lutte contre la dictature de Saddam Hussein et du droit d'ingérence. Il est bien vu aux Etats-Unis et en Israël. Il est, en revanche, très critique vis-à-vis de la Chine ou de la Russie. On retrouve là plusieurs points communs avec les conceptions défendues par Nicolas Sarkozy lorsqu'il était à la tête de l'UMP.

Curieusement, le nouveau président avait en premier lieu proposé ce poste à Hubert Védrine. Si Védrine comme Kouchner sont politiquement liés à la gauche, ils diffèrent largement sur les questions internationales. Hubert Védrine, estime que le rôle des Etats-Nations reste essentiel et que les émotions ne conduisent pas forcément à des bonnes politiques. Il est plus attentif à consolider les marges de manœuvre de la France.

Mais au-delà du débat sur les orientations, un différend sur les structures explique que Védrine n'ait pas retrouvé les Affaires étrangères. Les pouvoirs de ce ministère vont diminuer. Il est en effet prévu de créer à l'Elysée l'équivalent d'un Conseil national de Sécurité qui sera dirigé par un ancien conseiller diplomatique de Chirac et ambassadeur à Washington, Jean-David Levitte. Outre les questions diplomatiques, ce CNS devrait couvrir les affaires militaires et les affaires africaines. C'est dire que le contrôle de l'Elysée sur l'appareil diplomatique et la politique étrangère sera encore plus fort qu'auparavant.

Parallèlement, le Quai d'Orsay va pâtir de la création d'un Ministère de l'Ecologie, du Développement et de l'Aménagement durables, et de celui de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Codéveloppement. C'est ce dernier Ministère qui devrait gérer le service des visas et de l'asile, ainsi qu'une partie des services de coopération. La francophonie aussi devrait quitter le Quai.

La présence de Kouchner va-t-elle amener un changement radical de politique étrangère ? Le nouveau ministre, qui a un grand sens des médias, aura son style personnel. Mais si, par exemple, il a mis le Darfour au rang de ses priorités, les solutions recherchées ne seront pas celles d'une ingérence caractérisée avec livraison d'armes aux mouvements d'opposition. C'est ce que réclamaient certains membres du collectif Urgence Darfour, contre l'avis des ONG. Kouchner préfère une solution diplomatique faite de pressions sur le Soudan et de forces multinationales de protection. Ce qui montre qu'il est capable de réalisme.

Pascal Boniface / Challenges / 31 mai 2007



Pascal Boniface
Directeur de l'IRIS


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