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Démocratie renforcée, paix confortée et dissuasion confirmées au Royaume-Uni

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Trois événements sont survenus la semaine dernière au Royaume-Uni, qui méritent attention. Deux d’entre eux ont fait la une des quotidiens, le 3éme reste plus « confidentiel ».

Il s’agit tout d’abord du vote de la Chambre des Communes en faveur du projet d’abolition du pairage à vie ou nommé, comme c’est le cas depuis 2000, des Lords et de leur élection dans une chambre haute revisitée. La proposition d’une élection de 100% de ses membres l’a emporté sur celles qui proposaient l’élection d’une partie seulement de ses membres avec une majorité de 108 voix sur 646 députés, contre une majorité de 38 voix au projet de renouvellement de 80% de la chambre. Beaucoup reste à faire avant que ce projet ne devienne réalité puisque nul ne sait aujourd’hui comment les prétendants seront élus et par qui, ni quels seront leur pouvoir par rapport aux députés de la chambre des communes, ni comment la nouvelle chambre fonctionnera. La plupart des députés travaillistes estiment que dès lors que le principe est acquis il est urgent de ne pas se presser dans la mesure où il ne s’agit pas d’une réformette mais bien d’une évolution historique de la démocratie parlementaire britannique.

Deuxième sujet d’actualité, le vote non moins historique des Irlandais de l’Ulster pour élire leurs députés à la chambre de Stormont. Les grands gagnants de ces élections sont le parti Unioniste Démocratique (Democratic Unionist Party) du Pasteur presbytérien Ian Paisley, figure haute en couleur du nationalisme anglais et protestant en Irlande du Nord (30,1% des voix) et le Sinn Fein, parti des républicains catholiques de Gerry Adams (26,6% des votes). Le grand perdant est le parti ultra protestant de Bob McCartney (Ulster Unionist Party) qui régnait sans partage sur l’Ulster depuis un demi-siècle et qui s’opposait au partage du pouvoir avec les Catholiques.

Tony Blair et Bertie Ahern se sont félicités de ce succès de la démocratie et ont formulé le souhait que l’Ulster ne laisse pas passer cette chance d’instaurer une paix équitable et durable.

De son côté, le Secrétaire d’État à l’Irlande du Nord a fermement rappelé qu’aux termes des accords dits de St Andrew d’octobre 2006, les protagonistes doivent maintenant former un gouvernement avant le 26 mars prochain, date à laquelle si aucun gouvernement autonome n’est constitué, le Royaume-Uni et la République d’Irlande reprendront les rênes du pouvoir, dissoudront les institutions et aboliront le cadre légal ayant permis la dévolution, tels que définis dans les accords de 1998 dits du Vendredi Saint. À dire vrai, les divers partis en présence ayant refusé de siéger dans la même assemblée, ces institutions ont jusqu’à présent à peine servi !

C’est donc maintenant une partie de bras de fer qui s’engage entre les deux principaux partis sur la répartition du pouvoir et la définition d’une vision commune de l’avenir de l’Ulster. Le Révérend Pasteur devrait devenir premier ministre, tandis que Martin McGuiness, représentant du Sinn Fein serait le vice premier ministre. Cependant, rien n’est fait et tant s’en faut, puisque Ian Paisley a clairement déclaré qu’aucun accord ne peut être finalisé tant que le Sinn Fein n’était pas de facto et de jure un parti démocratique déclaré, c'est-à-dire un parti formellement engagé à reconnaitre les institutions judiciaires de la province et à soutenir les enquêtes et les actions de la police, in extenso. À cet égard la réaction à l’arrestation jeudi soir, dans le Comté d’Omagh, d’un militant dissident de l’IRA, recherché pour le meurtre en 1981 d’un agent de la force militaire de l’Ulster, pourrait bien être un test de la bonne volonté du Sinn Fein sur ce sujet. Or, Gerry Adams a déjà condamné cette arrestation.

Il y a au moins un sujet de convergence et c’est celui des « dividendes de la paix » que le Royaume-Uni et l’Eire doivent verser à la province si elle devient autonome. On parle de £10 milliards, somme que Gordon Brown, l’actuel Chancelier de l’Échiquier et vraisemblable successeur de Tony Blair qui participera aux négociations, doit approuver. Les deux partis sont également d’accord pour obtenir les meilleurs prix possibles pour l’approvisionnement en eau douce en provenance de la République d’Irlande.

Une chose est sûre c’est que l’électorat a envoyé un message clair aux chefs de partis sur son désir de paix. Un sondage réalisé par la BBC montre en effet que 80% de la population souhaite qu’un accord soit trouvé et que la chambre puisse siéger le 27 mars pour le bien-être général.

Le troisième événement, plus géopolitique, est passé quasi inaperçu bien qu’il commence à provoquer quelques remous dans les eaux encore calmes du débat sur la modernisation de la force de frappe nucléaire britannique. Il s’agit d’une lettre adressée au Times par Mikhaïl Gorbatchev dans laquelle il exprime sa surprise et son profond regret de voir le Royaume-Uni décider de renouveler son arsenal nucléaire aussi promptement à un moment où le processus de réductions des armes nucléaires russes et américaines est gelé et où le mouvement de prolifération s’accélère dangereusement.

Mr Gorbatchev rappelle que plusieurs personnalités éminentes dont George Shultz, Henry Kissinger, William Perry and Sam Nunn, inquiets de cette prolifération ont fait des propositions pour que le monde se débarrasse des armes atomiques tandis que le président Poutine a proposé à Georges Bush de négocier un nouvel accord START.

Il fait valoir que la décision britannique est en opposition si ce n’est avec la lettre stricto sensu des accords de non prolifération mais certainement avec l’esprit qui a présidé au désarmement et qui a conduit à la fin de la guerre froide. Plus spécifiquement, cette décision est en complète contradiction avec ce que le Président Reagan suggérait en 1985, quand il déclarait qu’une guerre nucléaire ne peut être gagnée, qu’elle ne doit jamais avoir lieu, ce qui revenait à dire que l’humanité devait s’en débarrasser.

L’ancien Premier secrétaire du parti communiste d’URSS estime que le plus tôt les armements nucléaires seront détruits, le mieux ce sera. Selon lui, tandis que ces armes ne répondent plus aux besoins sécuritaires des États-Nations, jamais les dangers d’extermination massive qu’elles présentent n’ont été aussi grands. Quelles que soient les mesures de sécurité prises, techniques ou militaires, elles peuvent tomber entre les mains de terroristes ou être utilisées sans vergogne par des états voyous.

Mr Gorbatchev suggère pour terminer que le Royaume-Uni fasse preuve de responsabilité et attende au moins 2010, année de la conférence sur la révision du Traité de Non Prolifération.

Répondant à Monsieur Gorbatchev, toujours par l’intermédiaire du courrier des lecteurs du Times, Madame Beckett, Ministre britannique des affaires étrangères fait valoir que le Royaume-Uni ne renouvelle pas son armement nucléaire mais ne fait qu’en prolonger la durée de vie, que le nombre de têtes, voire de porteurs, sera encore diminué et qu’à cet égard la Grande-Bretagne a réduit son stock d’armes nucléaires de 75% depuis la fin de la guerre froide. Ainsi le stock britannique ne représente plus que 1% du stock mondial, ce qui le qualifie difficilement pour être inclus dans de futures négociations de réductions. Enfin Margaret Beckett souligne qu’il n’est pas possible d’attendre 2010 pour prendre cette décision sans compromettre de façon irréversible la crédibilité de la force de dissuasion britannique. À l’évidence Madame Beckett n’a pas voulu comprendre l’esprit de la lettre du président de la croix verte. À suivre !

Les élections en Irlande du Nord montrent qu’aucune négociation n’est jamais vouée nécessairement à l’échec, même dans les pires environnements. Or, il faut bien admettre que celui de ces deux communautés qu’un même Dieu, beaucoup d’inégalités socio-économiques, des taux de croissance démographiques en fonction des confessions et que des aspirations comme des obédiences géopolitiques séparent violemment depuis plus d’un demi-siècle, est un cas d’école. Un savant dosage de rationalisme, de réalisme et d’idéalisme des décideurs britanniques et irlandais tel que celui qui a présidé depuis dix ans dans les jeux stratégiques anglo-irlandais et de pouvoirs entre les protestants et les catholiques semble devoir venir à bout d’un conflit surréaliste dans l’Europe du XXIème siècle.

L’abolition du statut pérenne des pairs du Royaume et la création maintenant très probable d’une nouvelle chambre haute suscite à la fois admiration et interrogation. Admiration parce que la suppression de cet anachronisme non démocratique au sein d’un des pays les plus démocratiques au monde était sans doute nécessaire et voulu, au moins par les parlementaires, mais encore fallait-il le faire. Interrogation car entre la dévolution et la suppression des Lords, on peut se demander vers quel statut politique le Royaume-Uni se dirige, notamment quand arrivera la fin du règne de sa très gracieuse Majesté la Reine Elizabeth II.

Enfin, la lettre de Mr Gorbatchev devrait déclencher un vrai débat de fond sur l’armement nucléaire dans le monde et sa raison d’être sur une planète dont la pérennité est déjà gravement menacée par les simples activités civiles.

Il y a deux ans à peine, des scientifiques britanniques ont d’ailleurs appelé la France et le Royaume-Uni à ouvrir conjointement la voie du désarmement nucléaire. La question ne se pose pas seulement du point de vue de la stricte philosophie idéaliste. Il conviendrait en effet de s’attaquer réellement à l’évaluation du coût d’opportunité de l’armement nucléaire comme réponse rationnelle aux besoins sécuritaires dans le cadre de la recherche de l’équilibre des jeux stratégiques, au sens de Nash, comme d’un optimum économique d’allocation des ressources, au sens de Pareto. Pour ce faire encore faudrait-il que l’homo sapiens economicus prime sur les volontés de puissance, les pouvoirs et leurs intérêts. Ma foi et Dieu merci il est encore permis de rêver !

Bruno LG CARRE pour l’Iris / 11 mars 2007



Bruno LG CARRE
Chercheur associé


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