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Pascal Boniface


Le retour en force de la Russie
par Pascal BONIFACE (Témoignage Chrétien, 1er mars 2007)



Lors de la Conférence de la Werkhunde à Munich en février 2007 - une sorte de Davos pour les questions stratégiques -, Poutine a jeté un froid dans l’assistance. Il a affirmé que les Etats-Unis avaient débordé de leurs frontières de multiples façons et qu’ils démontraient un mépris de plus en plus accentué du droit international.

Poutine, dont le mandat va s’achever en 2008, veut prouver que sous sa direction, la Russie est redevenue l’acteur global qu’elle avait cessé d’être dans les années 90. La guerre du Kosovo menée par l’OTAN en 1999 en fut le symbole le plus éclatant. L’avis de la Russie n’a jamais compté dans cette affaire. La Russie n’était plus considérée comme un acteur majeur sur le plan stratégique. Après le 11 septembre, l’installation des Etats-Unis sur des bases militaires en Asie centrale, l’élargissement continu de l’OTAN malgré les mises en garde répétées de Moscou, l’affaiblissement de son influence, y compris en Georgie et en Ukraine, étaient devenus inacceptables et humiliants.

C’est un véritable retour en force de la Russie auquel on assiste.

L’augmentation importante du prix des matières premières énergétiques (il est loin le temps où le baril de pétrole valait 14 dollars, comme en 1999) a redonné un crédit politique et économique à la Russie. Les menaces de couper le robinet du gaz à l’Ukraine et à la Georgie ont eu un impact bien au-delà de ces deux pays. Poutine revient du Golfe où il a évoqué avec les dirigeants du Qatar et d’Arabie Saoudite la création d’une « OPEP du gaz ». La création de ce nouveau cartel suggérée il y a peu par l’Iran revient à agiter le chiffon rouge de forme énergétique face à un Occident de plus en plus dépendant.

Moscou a ainsi fait un retour en force au Proche-Orient, où les Américains sont obligés de tenir compte de son avis notamment sur le dossier iranien. La Russie défend ses intérêts en Iran lui fournissant matériel militaire et nucléaire civil. Elle se présente désormais comme un intermédiaire indispensable, un médiateur face aux initiatives occidentales.

Elle peut établir des relations avec le nouveau gouvernement du Hamas, contrairement aux pays occidentaux, tout en maintenant de bonnes relations avec Israël, où un million de citoyens d’origine russe sont établis et fortement représenté politiquement. Moscou n’hésite même pas à menacer la Pologne et la République tchèque de voir les futures bases antimissiles, que les Etats-Unis veulent y installer, servir de cible potentielle.

La croissance économique et la fierté rendue à la Russie confortent la popularité de Poutine (70% d’opinions favorables). Elles comptent plus aux yeux des Russes que le retour à un autoritarisme qui n’est d’ailleurs pas pour leur déplaire. Les Etats-Unis, embourbés en Irak, souffrent d’un déficit énorme de popularité, tout en paraissant affaiblis et donc moins effrayants. Poutine, qui a fait le dos rond au début de sa présidence attendant des jours meilleurs, en profite pour faire revenir son pays au premier plan. Comme le bon judoka qu’il est, il a attendu le moment de faiblesse de son adversaire pour porter son attaque. La Russie est de retour, il faut de nouveau compter avec elle et ce message s’adresse aussi bien à ses amis qu’à ceux qui ne le sont pas.


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